Yacoub Al-Mansour


Ou Abû Yûsuf Ya'qûb al-Mansûr, il était troisième calife de la dynastie amazigh des Almohades. Né en 1160, il succéda à son père Abu Yacoub Youssouf comme calife Almohade en 1184. Il règnera jusqu’en 1199, année où il abdiqua en faveur de son fils Mohammed An-Nasr. Sa mort à Marrakech semble avoir suivit de près cette décision. Sous son règne l’empire almohade atteint son apogée.

Les Banu Ghaniya

Yacoub Al-Mansour réussit à maintenir cet Empire qui embrassait l'ensemble de l'Afrique du Nord et de l'Espagne musulmane, il était également un homme de grande culture, mais il dû lutter sur deux fronts. En Afrique du Nord, l'année même de son avènement, se produisit un soulèvement important, déclenché par le débarquement de forces Almoravides venues des Baléares où s'étaient réfugiés les derniers représentants de ce régime, les Banu Ghaniya, qui y avaient organisé un petit émirat indépendant. S'appuyant sur les tribus arabes mal soumises et sur les nombreux mécontents qu'avait suscités en Ifriqiya la domination assez dure des Almohades, qui avaient traité la région comme un pays conquis, les Banu Ghaniya allaient entretenir pendant des décennies une situation de dissidence ; celle-ci sera plus ou moins étendue selon les succès militaires remportés par les gouverneurs installés désormais à Tunis, qui parvinrent à certains moments à refouler les rebelles aux marges du désert, mais restera sans cesse renaissante et toujours dangereuse.

Alarcos

L'Espagne fut au contraire le théâtre de succès éclatants. La situation était rétablie face aux Portugais ; les espagnoles avaient profités de son absence pour réunir la plus grande armée de l'époque plus de 300,000 hommes afin de le défaire. La rencontre décisive eut lieu près de Calatrava, un peu au sud de Tolède. Le calife, avec une armée considérable et bien tenue en main, remporta en 1195 une très grande victoire lors de la bataille d'Alarcos sur le roi Alphonse VIII de Castille, où celui-ci en plus de perdre selon les sources plus de 150,000 hommes, y perdit une fortune, que le Calife rapporta à Marrakech. Du point de vue stratégique la victoire d'Alarcos permit aux almohades de reprendre des places frontières passées aux mains des chrétiens, comme Calatrava, et de les réorganisées ; l'archéologie y témoigne de l'importance de l'occupation almohade, de même que dans d'autres places exposées sur la ligne du Guadiana comme Badajoz, dont le système fortifié fut intégralement reconstruit. Des raids furent même lancés très avant en pays chrétien, au nord de Tolède, où les armées musulmanes ne s'étaient plus aventurées depuis plus d'un quart de siècle, mais sans résultats territoriaux.

Le Victorieux

À ces succès, le plus prestigieux des souverains almohades devait le surnom mérité d'Al-Mansour, « le Victorieux ». Il avait ambitionné de construire une ville nouvelle, Rabat, point de départ des expéditions victorieuses vers l'Espagne, dont la mosquée aurait dû être la plus vaste de tout le monde musulman, capable d'accueillir selon la légende une armée à la prière. On n'en conserve que le plan – visible sur la vaste esplanade où a été construit à l'époque contemporaine le tombeau du roi Mohammed V – et le minaret inachevé, la fameuse « Tour Hassan », la plus parfaite expression du style décoratif spécifique de l'art officiel almohade.


La Tour Hassan

Dans l'ordre intellectuel, cependant, le règne d'Al-Mansour marqua une certaine réaction traditionaliste par rapport à l'époque précédente. Elle était moins le fait du calife lui-même que de la pression qu'exerçait les hommes de droit et de religion, principalement andalous, peu favorables à une doctrine almohade proche de l'hétérodoxie, et opposés aux innovations intellectuelles qui avaient pu se développer à l'abri du pouvoir. À la fin du règne, ils obtinrent la condamnation d'un certain nombre de docteurs qui pratiquaient les sciences des Anciens, c'est-à-dire étaient ouverts à la philosophie aristotélicienne. Le plus illustre fut Averroès, disgracié durant quelques mois peu avant son décès en 1199.

Le Constructeur

Yacoub Al-Mansour avait marqué la civilisation de son époque par la cour brillante qui l'entourait à Marrakech où affluaient savants, philosophes, poètes et artisans, et par l’élaboration de projets architecturaux grandioses. En effet, il laissa derrière lui une imposante œuvre architecturale. La fin du règne fut plus pacifique et marquée par d’importantes constructions dans les principales villes, particulièrement à Marrakech, Abd el-Moumen, son grand-père avait fait édifier la Koutoubia sur l'emplacement d'un palais almoravide, ce fut Al-Mansour qui qui acheva la construction de cette mosquée. Le minaret, haut de 69 m, est surmonté de quatre boules dorées, la plus grande ayant 2 m de diamètre. Son règne qui coïncidait avec l’apogée de la dynastie. On dit qu'avant de s'éteindre il se reprocha les trois fautes : d'avoir introduit les Arabes d'Ifrikia dans le Maroc, d'avoir bâti la ville de Rabat pour laquelle il avait épuisé le trésor, et enfin d'avoir rendu la liberté aux prisonniers d'Alarcos qui devaient plus tard reprendre les armes. La personnalité d’Al Mansour reste peu connue mais il semble s’être détaché progressivement de la pure doctrine almohade. Il n’est pas impossible que son abdication soit en relation avec le malaise alors décelable à la cour de Marrakech en raison de ces variations doctrinales.

La ville thermale de Moulay Yacoub, dans les environs de Fès, a été baptisé d'après son nom.

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Abu Yaqoub YoussoufCalife 1184-1199Mohammed An-Nasr

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