Vocabulaire berbère ancien

Publié et traduit de l'arabe par A. Bossoutrot, interprète principal. (Dialecte du Mont Nefoussa)

Avant-propos

Le petit vocabulaire berbère-arabe dont je donne aujourd'hui le texte et la traduction a été communiqué en 1895 par le khalifa de Djerba, Si Ali ben Brahim el Djemni, à M. le colonel Rebillet, qui était à cette époque attaché militaire à la Résidence générale de France à Tunis.

Ce document, que j'ai été appelé à examiner et dont j'ai pris copie, se composait de cinq pages sur papier arabe. L'écriture en était lisible, bien que peu élégante, et le copiste avait eu le soin d'enjoliver à l'encre rouge le mot bab (paragraphe, cha- pitre),ainsi que le nom du Prophète; chaque page était également encadrée d'un double filet rouge.

Ce petit vocabulaire, ou pour mieux dire ce memento renferme l'explication en arabe d'un certain nombre de mots berbères em- ployés dans le commentaire de la Medawana d'Ibn Ghanem par le cheikh Abou Zakarya d'Ifren,explication recueillie et transmise à ses disciples par le cheikh Messaoud ben Salah ben Abd el Ala. Bien que rédigé par une personne manquant absolument de sens critique et complètement étrangère aux principes élémentaires de la grammaire générale, ce petit opuscule n'eut mérité pas moins à un double point de vue de retenir un instant l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux études berbères.

D'abord, il donne un certain nombre de mots abstraits remplacés aujourd'hui par leurs équivalents arabes dans le berbère moderne. Ensuite, il démontre que la langue employée par l'auteur du commentaire de la Medawana un peu avant le IXème siècle de l'hégire avait, à une époque assez rapprochée de la nôtre,subi une évolution telle qu'il était nécessaire pour la bien comprendre de se remémorer les significations transmises de bouche en bouche par la tradition.

A ces deux titres, j'ai cru utile de le publier. Pour la transcription en caractères français des mots berbères du texte, j'ai employé le système indiqué par M. René Basset, le distin- gué directeur de l'Ecole des lettres d'Alger, dans son Manuel de langue kabyle.

Néanmoins, et pour tenir compte de la prononciation spéciale usitée tant en Tunisie qu'en Tripolitaine, ainsi qne du système em- ployé par les Berbères de Djerba et du Mont Nefoussa lorsrqu'ils transcrivent en caractères arabes les mots de leur dialecte, j'ai dû apporter à ce mode de transcription certains changements [...]

Texte en français

Au nom de Dieu Clément ! Miséricordieux ! Qu'il accorde miséricorde et paix à Notre Seigneur Mohammed, à sa famille et à ses compagnons!

Lexique el Hojria (ndlr. signification inconnue)traitant de la connaissance de la langue berbère, extrait du commentaire de la Medawanah d'Ibn Ghanem Becher el Khoraçani par le cheikh Abou Zakarya d'Ifren d'après les significations indiquées par notre cheikh, lumière de notre secte, Messaoud ben Salah ben Abd el Aala (que Dieu le couvre de sa miséricorde !).

Il renferme un certain nombre de mots en langue berbère accompagnés de leur explication en langue arabe. Je les ai rangés sous dix-neuf lettres, après avoir cependant indiqué la signification de quatre mots que j'ai placés en tête à cause du soin tout particulier que nous devons avoir d'eux. De plus, j'en ai ajouté un cinquième.

  • Le premier de ces mots est Iouch qui signifie Dieu (que sa louange soit proclamée et qu'il soit exalté !) (ndlr. D'arpès un Mozabite de passage à Tunis, le mot Iouch serait encore employé au Mzab de la façon suivante : après chaque récitation d'un chapitre du Coran, le maître fait répéter aux élèves "Amin a Iouch" c'est-à-dire "Ainsi soit-il, ô mon Dieu").
  • Le second est anejlousen qui signifie les anges (que le salut soit sur eux). (ndlr. du grec angelos et du latin angelus. Le mot anglous existe encore dans le dialecte berbère des gens de Tamezert - montagnards du Sud tunisien - mais avec la signification de fils, enfant. Il fait au féminin tangloust).
  • Le troisième est Ouiser qui désigne notre prophète Mohammed (que Dieu répande sur lui la miséricorde et la paix!). (ndlr. Ce mot existe encore avec cette signification dans le dialecte du Mont Nefoussa).
  • Le quatrième est isaren qui désigne les prophètes (que le salut soit sur eux!).
  • Le cinquième est jaloun qui signifie "quelque" et qui est quelquefois employé avec la signification de "reste, restant".

[...]

Paragraphe de l'alif accompagné du lam

  • ennouqqert : l'argent.
  • alouchtou : les vêtements.
  • el aoureth : la femme.
  • almendad' : s'emploie quelquefois avec le sens de "égal, pareil".
  • ennefketh : nous l'avons donné.
  • alemmoud : l'action d'instruire, d'enseigner, l'enseignement.(ndlr. du verbe lmed qui signifie maintenant "s'habituer" dans le Nefoussa).
  • ichcharaou : la ressemblance, l'image (ou semblable, pareil à...).
  • alammoun : la grâce, la bonté, la faveur (de Dieu).
  • echcheffi : le gain.
  • alammardel : la compensation pécuniaire pour meurtre ou blessure.
  • ala'âdour : les menstrues ou l'état de la femme qui vient d'accoucher, ou bien encore l'hémorragie qui suit l'accouchement.

Paragraphe de l'alif seul

  • oujjid : l'homme (cfr. Ghadamès : oudjijd, pl. oudjidan, l'homme).
  • ir oujjid : l'homme qui n'a pas la crainte de Dieu.
  • amaïtar : la bête de somme.
  • amakasou : l'héritier.
  • imakousa : les héritiers.
  • iblem : le nuage (ndlr. encore emlpoyé à Douiret).
  • iyan : les hommes.
  • asersour : la preuve, l'argument.
  • amenkouche : le dinar légal.
  • amerkidou : récompense, rétribution (par Dieu) des bonnes oeuvres.
  • ad'rim : le dirham légal.
  • isan : la viande
  • iselman : les poissons.
  • azouar : vice, défaut (ndlr. se dit en berbère al-zour, Chenini, Mont Nefoussa).