Tunisie, les Amazighs en voie de disparition

A l’occasion du scrutin présidentiel du 24 octobre 2004, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) alerte les organisations inter-gouvernementales, les ONG, les amis du peuple amazigh et l’opinion publique en général sur les graves atteintes aux libertés et aux droits fondamentaux des amazighs de Tunisie.

Dans ce pays où les amazighophones représentent environ 10% de la population totale, l’identité amazighe est totalement niée et la terreur policière dissuade toute tentative de la vivre collectivement et de s’en revendiquer. Le terme amazigh est totalement prohibé et le mot « berbère » - prononcé « barbare » en arabe - n’a droit de cité que dans les musées, les dépliants publicitaires et le folklore, destinés aux touristes étrangers. Les amazighs n’ont pas le droit de s’exprimer publiquement en langue amazighe, ni de se réunir, ni de créer des associations ou des médias dans leur langue. En somme, ils n’ont pas droit à l’existence.

Selon la Constitution, l’identité tunisienne n’est fondée que sur l’arabité et l’islam. Toute autre affirmation ou revendication, peut être qualifiée par les autorités comme un acte de trahison. Grâce aux intimidations et à la répression policières exercées à titre « préventif », les autorités tunisiennes pratiquent au quotidien un véritable ethnocide à l’encontre des populations amazighes contraintes au silence et au refoulement identitaire.

Cette situation particulièrement préoccupante n’a pas échappé à la vigilance du Comité des Nations Unies pour l’Elimination de toutes formes de Discrimination Raciale (CERD), qui a noté lors de sa 62ème session en 2003 à Genève, que l’Etat tunisien « n’a pas fourni de renseignements sur la population berbère (ou amazighe), ni sur les mesures prises aux fins de la protection et de la promotion de la culture et de la langue berbères. Etant donné l’absence de toute mention de ce groupe, le Comité souhaite recevoir des informations concrètes à ce sujet et recommande que davantage d’attention soit donnée à la situation des Berbères en tant que composante spécifique de la population tunisienne ».

En conséquence de quoi, le Congrès Mondial Amazigh interpelle les 4 candidats à l’élection présidentielle en Tunisie sur leurs positions concernant particulièrement les points suivants :

La reconnaissance officielle de l’identité amazighe, comme une des composantes essentielles de l’identité tunisienne ; La cessation immédiate des interdits et des discriminations qui frappent les amazighs de ce pays, dans les domaines politique, économique, social et culturel ; La restauration et la promotion de l’identité amazighe (histoire, langue et culture) dans l’enseignement, les médias et l’administration publics.

Devant les électeurs, l’opinion publique nationale et internationale, le CMA prendra ainsi la mesure effective de la responsabilité et de la volonté de chacun de construire un Etat tunisien sur les valeurs de liberté, de démocratie, de tolérance et de respect des droits de la personne humaine.

Paris, le 20 octobre 2004 Le Bureau du CMA.

Extrait de l'article publié sur afrique du nord.com