Tachelhit en Al-Andalus

Quelle(s) variété(s) de berbère est enregistrée dans les sources médiévales ? Quelques brèves remarques peuvent être faites à ce sujet.

Les sources les plus substantielles présentent une variété de berbère qui est reliée le plus étroitement au Tachelhit moderne, comme il apparait lors d’une comparaison du lexique et de la morphologie. Ces sources sont : Ibn Toumert (Kitab al-Asma), le Fragment de Leiden, le Kitab al-Ansab et les mémoires de al-Baidhaq. Ces sources partagent aussi quelques caractéristiques spéciales (exemple : la réduction du a en e avant un r, le schwa dans les syllabes ouvertes, des pluriels avec préfixe en u-, tu- qui montrent qu’elles contiennent toutes la même variété de berbère. Le « Tachelhit-Ancien » peut être un nom approprié pour cette langue.

La majorité de ces documents fut écrite en al-Andalous (az-Zahrawi, Ibn Beklaresh, Ibn Abden) ou par des auteurs nés en al-Andalous et travaillant au Moyen-Orient (Maimonide, Ibn al-Baitar).

Il est probable qu’un nombre substantiel de locuteurs d’une variété de berbère proche du Tachelhit vivait en al-Andalous et que al-Andalous fut l’endroit où cette langue fut destinée à être écrite la première fois.

Qu’il y ait eu effectivement des Berbères en Espagne qui parlaient une langue proche du Tachelhit est mis en évidence par le fait qu’à la fin du 15ème siècle, comme conséquence de la Reconquista, un groupe ou des groupes de berbérophones ont immigré d’Espagne vers le Souss au Sud du Maroc : ils furent connus comme les « gens du bateau » (ayt ugherrabu).

L’un d’eux est Said al-Kurrami (Said Akwerramu, 1477) qui est réputé pour être le dernier scientifique berbère à avoir reçu son enseignement à Grenade.

Les racines de mots arabes qui sont encore visibles en Tachelhit, comme « lmri : miroir », « lkighd : papier », « lixrt : au-delà », « ccicit : bonnet », etc. indiquent aussi une connection entre le Tachelhit et al-Andalous.

Il est remarquable que dans le Kitab al-Ansab et les mémoires d’al-Baidhaq, qui naquit certainement dans le Sud du Maroc, les phrases berbères sont, de façon récurrente, présentées comme être « dans le langage du Gharb » (lisan al-gharb). Cette zone côtière du Maroc est maintenant habitée par des arabophones.

Les berbérophones Ghomara, dans le Nord du Maroc, pourraient être un vestige isolé de la langue berbère originale parlée dans cette région.

Le botaniste Abdallah ibn Salih al-Kutami appartenait à la tribu des Kottama ou Iketamen. Les membres de cette tribu étaient implantés dans différentes parties de l’Afrique du Nord et d’al-Andalous. Al-Kutami avait une échoppe de droguiste à Marrakech. Il fut l’un des professeurs de Ibn al-Baitar.

Ibn al-Hassha peut avoir parlé un berbère proche du Tachelhit vu qu’il travailla au service du premier sultan de la dynastie Hafside en Tunise. Les Hafsides étaient les descendants de Abu Hafs Umar (Umar Inti, 1176), un Berbère du Sud du Maroc, de la tribu des Hintata et l’un des compagnons les plus proches de Ibn Toumert.

L’expulsion progressive des Musulmans de l’Espagne dans le cours du 15ème siècle mit probablement fin au Tachelhit-Ancien comme langue écrite. Un siècle plus tard, le pré-moderne Tachelhit émergea en tant que langue littéraire sous la forme d’une nouvelle orthographe.

Article de Nico Van den Boogaert paru sous le titre : Orthographe du Berbère médiéval.

Voir aussi thème lié