Synésios de Cyrène

Synésios de Cyrene

Il y a un amazigh parmi les premiers qui ont voulu se faire une généalogie les remontant à un ancêtre éponyme glorieux ce fut Synésios. Il fut considéré comme appartenant à une famille grecque qui a été à l’origine de la fondation de Cyrène. Hérodote dans son Histoire avait donné des détails sur la fondation de Cyrène par les Grecs par des prêtres ou des guides égyptiens que la plupart des chercheurs d’aujourd’hui considèrent comme n’étant pas de haut rang. De toute façon l’archéologie a démenti la narration d’Hérodote car aucune trace grecque n’a été révélée. Seules les traces carthaginoises et égyptiennes de l’époque des Ptolémée nous donnent une idée sur son occupation antique.

Prétendre descendre d’une famille prestigieuse grecque qui aurait fondée Cyrène n’est qu’un exercice social pour s’arroger et valoriser son propre statut. L’astuce des généalogies va se généralisé et atteindre son paroxysme chez les Amazighes quand l’almoravide Youssef ben Tachfine identifia la tombe d’Idriss II à Fès et sur laquelle il ordonna la construction d’un mausolée. Cela coïncide aussi en Afrique du Nord avec l’émergence des saints amazighes (Ba Ya'za alias Moulay Bouazza). D’autres vont exploiter les liens de l’alliance militaire d’aide et de soutien (Wilaya) passés jadis avec quelques chefs Amazighes et des Arabes conquérants pour s’arroger la généalogie arabe et l’exploiter socialement à des fins personnelles.

L’archéologie pour Cyrène a révélé que la ville était amazighe depuis la nuit des temps et que seules les traces carthaginoises attestent des rapports avec le reste de l’Afrique du nord. Synésios serait donc un amazighe descendant d’une famille qui fut peut être à l’origine de la fondation de la ville.

Sa date de naissance est incertaine mais il naquit probablement en l’an 370. Il avait servi dans l’armée avant de s’établir chez lui à Cyrène pour étudier la philosophie, l’astronomie et se livrer à n’importe quelle activité y compris l’agriculture la chasse et même jusqu’à soutenir la cause de ceux tombés dans la difficulté. Il a connu au cours de ses études à Alexandrie la fameuse Hypatia avec qui il a entretenu des relations épistolaires et une dévotion toute au long de sa vie.

La vie libre qu’il menait à Cyrène fut interrompue par la mission qu’il devait faire à Constantinople pour remettre une couronne à l’empereur Arcadius et lui demander un dégrèvement fiscal. Synésios attendit 3 ans pour être reçu par l’Empereur, car Eutropius qui exerçait le vrai pouvoir ne voulait pas permettre à un africain de rencontrer l’empereur pour se plaindre de la pression fiscale. Le plus important est que malgré ses positions philosophiques néoplatonicienne et sa relation spatiale avec Hapathie qui fut lynchée sur ordre de l’archevêque d’Alexandrie en 415, Synésios fut nommé évêque de Ptolémaïs (c’est à dire Akka ou Saint Jean d’Acre actuelle sur la cote phénicienne). Dans son système philosophique néoplatonicien, Synésios introduisait des éléments chrétiens, mithriacistes et montanistes (comme ceux défendus par Tertullien). Il composa différents livres dont un consacré à l’élevage et la reproduction des chiens (Cynogetics), de l’interprétation des rêves, sur l’astrolabe, sur la divination etc.

Il fut heurté par la mort de ses trois enfants et décéda en l’an 413. Son influence fut importante à la fois pendant sa vie et après sa mort. Sa vie illustre l’état de la spiritualité des Amazighes en Cyrénaïque et en Afrique du nord en général. Elle permet aussi de comprendre pourquoi l’arianisme va s’implanter rapidement en Afrique du nord et préparer le terrain à l’islamisation. Elle renseigne aussi sur la résurgence de la gnose en Afrique du nord avec les shiites Fatimides instrumentalises par les Kottama.

Extrait de la " spiritualité amazighe" de LallaYetto Kushel