From Wikimazigh

Encyclo: Spiritualite-Antique-chez-les-Amazighes

Spiritualité Antique chez les Amazighes

Le but de ce travail est de montrer que, à l’arrivée des conquérants arabes, les Amazighes avaient une spiritualité en mesure d’adopter les principes simples de l’Islam, ce qui signifie que l’Afrique du Nord n’était pas une Terra Nullus en matière de spiritualité quand les armées arabes avaient lancé les raids pour assouvir leur appétit de pillage.

L’image que l’historiographie musulmane a faite du monde non-islamique, qui consiste en la qualification de tout ce qui n’est pas sous la bannière de l’Islam comme sans valeur aucune, devrait être remise en cause. L’Afrique du Nord a brillé par sa civilisation sous les Rois Numides? et Maures et elle a subi un déclin notable quand l’Islam s’y installa au bout de quatre siècles de résistance acharnée jusqu’au passage du tsunami amazighe, Almoravide et Almohade.

L’Islam étant une religion qui ne fonctionne pas avec des doctrines comme le christianisme, se présente comme une orthopraxie que les Amazighes avaient aisément adoptée sans se soucier des constructions théologiques souvent déchirantes et mortelles qu’a connues le Levant. Devenue impériale, l’Église excommunia toutes les sectes qu’elle labélise d’hérétiques et, ainsi de persécutée, elle se transforma en persécutante. Tout ceci a laissé des traces dans l’histoire de l’Afrique du Nord.

Avant l’arrivée des armées arabes, la mémoire des Amazighes encore fraîche se rappelait les troubles des Manichéens, des Montanistes, des Arianistes et, surtout la longue et tenace opposition donatiste à l’Église romaine. L’opposition donatiste issue de la fierté amazighe d’opposer le pouvoir impérial romain était même l’une des causes pour laquelle l’Empereur Constantin avait convoqué le Concile de Nicée en l’an 325. En effet, les Donatistes amazighes avaient obligé l’Empereur à trancher dans une affaire ecclésiastique pour laquelle il n’avait aucune autorité. Il remet la plainte à des conciles qu’il convoqua (Concile de Rome en l’an 313, Concile d’Arles en 314, l’un des plus grands conciles jamais réuni jusqu’alors et le Concile de Milan en l’an 316), mais ces derniers émettaient des jugements biaisés en faveur de l’Église romaine que les Donatistes récusaient depuis le début du IVe siècle jusqu’à la fin du Ve siècle. En l’an 330, le schisme est consommé : l’Église donatiste amazighe rejeta l’Église impériale de Rome.

Même le grand Saint-Augustin a été rejeté par les Amazighes donatistes qui voyaient en lui un traître au service de l’Église de Rome, notamment quand il a rédigé la doctrine de la guerre juste pour justifier la guerre contre eux, dans une religion qui se réclame ouvertement contre la violence. Le mouvement donatiste du IVe et Ve siècle s’apparente à un mouvement de contestation et de rejet de la domination étrangère fut-elle temporelle comme l’Empire ou spirituelle comme l’Église de Rome. Ainsi, dès le début du IVe siècle, les Donatistes amazighes s’étaient séparés de l’Église de Rome en la considérant comme impure. Ils élisent leur propre clergé, assumèrent leur propre culte et canonisèrent leurs propres saints.

La spiritualité amazighe constitua un moyen idéologique pour s’opposer à la domination étrangère. Quand les sectes chrétiennes étaient opposées à l’Empire romain, les Amazighes s’enrôlèrent sous la bannière du Christ pour résister à l’Empire. Quand ce dernier sous Constantin intégra les sectes chrétiennes en les tolérant à opérer ouvertement, les Amazighes se révoltèrent contre l’Église de Rome au sein du mouvement donatiste. L’Église romaine, en s’associant avec l’Empire et en fermant les yeux sur les comportements scandaleux des évêques élus à Carthage, devint un double ennemi aux Amazighes.

Un évêque, qui a renié son appartenance au christianisme soit en remettant les objets du culte, soit en produisant de faux documents pour échapper à la persécution de l’Empire, notamment durant les premières années du IVe siècle, ne pouvait pas aux yeux des Amazighes donatistes imprégnés des idées rigoristes de Tertullien rester chrétien et a fortiori occuper un poste ecclésiastique important, car il a menti devant Dieu pour sauver sa peau. C’est aussi, selon les Amazighes donatistes, un manque de respect aux Martyrs chrétiens amazighes qui ont sacrifié leur vie à la cause du Christ. L’Église de Rome compatissait avec les Évêques coupables de crimes que leur reprochent les Donatistes, ce qui la rendait aux yeux de ces derniers impure et corrompue comme l’est l’Empire lui-même et ses fonctionnaires.

Le combat donatiste avait des appuis dans les zones rurales de la [[Numidie]]]], tout autour de la Côte méditerranéenne et sur le versant atlantique de la Maurétanie tingitane où deux évêques donatistes (Donatus Subaritus, évêque de Sebou et Félix Rusubitanus, évêque de Zemmour) au Ve siècle ont été pris par certains auteurs du XXe siècle comme précurseurs du nationalisme amazighe. Le mouvement spirituel donatiste s’inscrit dans cette prise de conscience collective des Amazighes qui rejetèrent la domination romaine en raison de la colonisation entamée des siècles auparavant et qui les a poussés à céder les terres fertiles et à se réfugier dans les versants de montagne moins riches mais saufs. Encore ne faut-il pas généraliser dans une société orale, les Amazighes ruraux, contrairement aux Amazighes citadins, pouvaient être plus intéressés par une pratique religieuse simple qu’une pratique religieuse compliquée qui dérangerait leur attitude vis-à-vis des Dieux de la collectivité.

La [[Numidie]]]], étant un haut-lieu du christianisme naissant, n’était pas uniquement peuplée d’Amazighes chrétiens, mais par d’autres Amazighes qui avaient opté pour diverses divinités locales suivant en cela la tradition de leurs ancêtres. Les témoignages de Tertullien, de Saint-Augustin et d’Apulée sont significatifs à ce sujet. Cependant, ce témoignage sera remis à sa juste valeur une fois comparé avec les résultats des fouilles. Les temples païens étaient bien entretenus au cours du IVe et Ve siècle et les témoignages de Saint-Augustin supportent la prédominance du paganisme. Ce n’est qu’une fois Saint-Augustin eut justifié la guerre dans le christianisme que la lutte contre le paganisme amazighe devint l’œuvre des chrétiens soutenus par l’armée de l’Empire. Alors, les temples païens amazighes vont être brûlés et détruits par les Amazighes chrétiens dans un mouvement de zèle similaire à ce qui se passa à la même époque à Alexandrie et au Levant. De persécutée, l’Église, une fois impériale, devint persécutante.

Une spiritualité à une époque donnée pour une communauté donnée suppose l’existence d’une espèce de théologie. Toutefois, comme les Amazighes n’avaient nullement laissé d’écrits, nous nous contentions de la seule moisson épigraphique que l’archéologie a mise en évidence pour décrire les contours de cette spiritualité amazighe antique. Chaque communauté a sans doute tendu à organiser son culte autour de quelques divinités au nombre fort limité. Cet ensemble de dieux était censé protéger la dynastie régnante des Agellid, la Cité, la caverne, la source ou la montagne ainsi que tous les habitants. Ces dieux, en plus de ce rôle protecteur en mettant à l’abri des ennemis et des maladies, pouvaient frapper l’adversaire et sauver ou guérir des maux et des intempéries, notamment la sécheresse.

Cet ensemble des dieux (pas forcément un Panthéon qui suppose une mythologie assignant le rôle de chacun) n’était pas un ensemble ferme et clos, il était ouvert à l’assimilation d’autres dieux, étrangers furent-ils. L’exemple de Déméter et Koré introduites à Carthage illustre ces propos. Ces déesses thesmophores ont été introduites au IVe siècle avant J.-C., à partir de la Sicile pour réparer l’offense faite aux déesses en 396 avant J.-C., lors du pillage de leur temple de Syracuse par Himilcon. Cela prouve aussi que, dans l’Antiquité, les Dieux, en général, avaient le respect de tous les humains et pouvaient être assimilés selon les choix opérés par la dévotion populaire. À Carthage, les Dieux Baal, Hamon et Tanit semblent occuper la première place alors que leur rôle au Levant paraît plutôt effacé. D’après Tertullien, la Caelestis était la déesse de la pluie et les Amazighes considéraient que l’arc-en-ciel était la fiancée de « Ouanzar » qui est légitimement assimilable à un dieu de la pluie

Extrait de la spiritualité chez les amazighes Tome I de LallaYetto Kushel

|Cet article fait partie de la page principale consacré à la spiritualité chez les Amazighs
Récupéré sur http://www.wikimazigh.com/wiki/Encyclopedie-Amazighe/Encyclo/Spiritualite-Antique-chez-les-Amazighes
Page mise à jour le 06 juin 2008 à 17h43