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Encyclo: Soufisme

Une des grandes réactions des religions locales à l’islam conquérant du Khalifat fut le soufisme. Les conquêtes et les chamboulements sociaux qui en suivirent donnent lieu à des crises sociales tragiques, à des crises politiques et des crises religieuses. Les hommes sont alors plus sensibles aux grandes interrogations métaphysiques qui conditionnent la destinée humaine. Les Maîtres d’hier sont esclaves aujourd’hui, les Dieux d’hier sont ignorés ou délaissés aujourd’hui. Tout cela traduit et alimente l’angoisse existentielle profonde et conduis vers une confrontation intense. Après la confrontation militaire et son échec, les peuples conquis par l’Islam inaugurèrent une ère d’apprentissage et d’assimilation de la nouvelle religion venue avec les étriers d’Allah. La réponse militaire à l’Islam conquérant s’inscrit dans la légitime défense d’une communauté menacée dans son existence. C’était la mission ultime mène par Kusayla et Dihya? de défendre l’intégrité du territoire des Amazighes depuis la Cyrénaïque jusqu’au Souss. A l’échec de cette réaction collective menée par Kusayla et Dihya? suivaient les réactions individuelles qu’en Afrique du Nord va prendre deux types. .

Le premier type est fondé sur l’alliance qu’offraient les Arabes à ceux qui veulent s’associer à leur cause. Les associés étrangers (ajam) sont appelés « mawali, pluriel de wali » signifiant celui qui apporte l’aide militaire en temps de guerre et des relations paisibles avec les Arabes. Ce mot « mawali » désigne lors de la conquête arabe d’Afrique du nord l’ensemble des amazighes qui furent vaincus mais qui ont manifesté le désir d’adhérer à l’Islam. L’adhésion à l’Islam même superficielle procède de l’application même du verset coranique réservée à ce type d’alliance. Les différentes tentatives sans succès des armées omeyyades pour subjuguer les Amazighes obligèrent les Arabes à recourir à cette alliance pour déléguer les pouvoirs aux Amazighes eux-mêmes afin de mener la conquête en leur nom. Au cours du khalifat omeyyade les « mawalis » aussi bien en Afrique du Nord qu’en Irak ne furent pas traités conformément aux dispositions coraniques qui prévoient l’égalité entre les fidèles de l’Islam quelle que soit leur race et leur origine; ce qui a été à l’origine des contestations kharadjites? menées avec succès à Tanger par Maysara?.

Le deuxième type de réactions amazighes fut d’initier des religions similaires à l’Islam avec un prophète et un coran. Il va sans dire que le prophète est d’origine amazighe et la langue de son coran est aussi l’amazighe. Les cas ne manquent pas notamment chez les Barghwata et les Ghomara. Salih fut le prophète des Barghwata, et Hammim? fut le prophète des Ghomara. Dans la profession de foi des Ghomara il faut en plus de l’attestation de la prophétie de Hammim? attester aussi celle de Tanfite? qui fut sa tante. A noter que la sœur du prophète Hammim? s’appelait Dajjo? chez Al bakri et Dabo? chez Ibn Khaldoun dont la fonction sociale était celle d’une Prêtresse (Kahina) et sorcière (Sahira) au service de la cause familiale.

Curieusement Ibn Hazm dans sa Jamhara signale un Idrisside? qui s’était fait proclamé prophète à Taydla (Tadla ; chez les Barghwata). Ce prophète s’appelait Al Hasan Ben Guennoun Al Asghar ,et sans doute se prennant pour un amazighe il leur empoita le pas dans la prophetie .

Du VIIe siècle jusqu’au XIe siècle quand les Almoravides tentèrent de soumettre tous les Amazighes et de les islamiser selon leur vision fondamentaliste, la spiritualité amazighe n’était pas affectée profondément par l’Islam. Les Amazighes avaient une espèce de noblesse spirituelle à laquelle sont admis les Amazighes qui ont su convaincre par leurs œuvres et leur dévotion et répondre aux interrogations de la collectivité à laquelle ils appartiennent .C’est dans ce contexte qu’il faut voir l’apparition du saint amazighe sans aucune ascendance chérifienne et qui ne parle pas arabe à savoir Abu Ya’za? ou Moulay Bouazza pour la dévotion populaire. Il est légitime de penser que la spiritualité amazighe n’a pas été contaminée ou influencée par les chaînes initiatiques du soufisme que tentèrent les hagiographes de retrojeter a partir du Xe siècle en Orient. L’on peut aussi affirmer que la spiritualité amazighe fondée sur ses propres traditions antiques avait constitué une seconde ligne défense contre l’islamisation du fond amazighe.

Un aperçu de l’historique du mouvement soufi parait utile pour faciliter la lecture des événements qui vont bouleverser le monde islamique par le culte des saints quand le Khalifat abbasside toucha à ça fin tragique aux mains des turco-mongoles.

Le Dieu de la révélation judéo coranique s’adresse à des individus, prophètes, spécialement choisis pour les charger d’une mission auprès de leur peuple respectif. Le prophète avec le support de son Dieu va affronter son peuple en lui rappelant la voie divine de laquelle il s’était écarté. La réaction individuelle qui est apparue historiquement dans l’aire conquise par l’Islam est tout à fait à l’opposé de ce qui vient d’être dit à propos du Dieu de la Révélation.

L’individu confronté à des problèmes existentiels se met à la recherche de Dieu. Ce Dieu caché qu’il faut retrouver est le Dieu des soufis et du soufisme. Les soufis ne constituent pas un ensemble cohérent d'individus, au contraire ils sont issus de différents pays et peuples et souvent ne parlant pas la même langue qui n'ont comme dénominateur commun que la recherche de Dieu,le Dieu cache , ou sa présence par la contemplation, le développement spirituel et la maîtrise de l'âme selon des pratiques fort disparates ésotériques transmises de Maître à disciple par initiation. Le soufisme ne donne pas le primat ni à l'action religieuse, ni au légalisme religieux et encore moins aux interactions sociales, qui sont des préoccupations humaines nécessitant la raison comme moyen de jugement. Par contre il se fonde sur l'émotion et l’imagination pour explorer les relations entre Dieu et l'homme. Pour parvenir à son but le soufi doit reconstituer autour de lui l'environnement premier rappelant celui d'Adam à sa chute, en fuyant la cité et les hommes et s'isoler pour mieux réussir dans sa quête de Dieu. Dans le soufisme de tradition islamique usant du vocabulaire coranique la tradition fait remonter le soufisme au Messager d'Allah lui-même qui aurait initié la chaîne de transmission en initiant Ali Bnou Abi Talib, lequel aurait initié ses deux fils Hasan et Husayn. La chaîne continue à se ramifier pour s'étendre à Hasan Basri, le 5eme Imam shiite Jaafar Essadiq, Rabia Al adawiya, Junayd, Al hallaj jusqu'à Jilani Abdelkader avec des ramifications de plus en plus étendues,une espece de ramification dendritique ou pyramidale. Mais à cette généalogie officielle, orthodoxe sans doute obenue par retrojection, il existe des soufismes locaux développés à partir d'autres cultures et influencés notamment en Perse et Afghanistan sur une toile de fond manichéenne, bouddhiste ou mazdéenne, en Inde sur une toile de fond hindoue, en Afrique sur une toile de fond gnostique notamment en Egypte et Afrique du nord qui ont fait coalescence avec celui attribue a une origine islamique.

La répression de l'Eglise impériale à l'encontre des hérésies de toute sorte à obligé ces dernières à se réfugier dans des contrées, hors de sa portée de sa main seculiere. La fermeture de l'Académie de Platon à Athènes par Justinien en 529 et la régression culturelle d'Alexandrie sont autant d'événements qui obligent les gnostiques et les hérétiques de tout bord à chercher un refuge sur. Il est probable qu'une fois l'Islam ayant conquis les provinces byzantines, gnostiques et hérétiques imbibés de l'Islam vont refaire surface et ce n'est pas par hasard que les Ismaéliens fatimides apparaissent en Tunisie? au IXe siècle suivis par les Alawis, qui se réclament aussi du shiisme ismailien et de la gnose. L'émergence de personnages saints rattachés au soufisme parmi les Amazighes qui n'avaient jamais été en rapport avec le soufisme islamique comme le cas de Abu Ya’za? dont la barriere etait langagiere montrent qu'il y avait aussi une quête de la divinité dans les sociétés non islamisées ou superficiellement islamisees. En effet le soufisme se situe au-delà du schisme Sunnite/Shiite, au-delà des écoles de jurisprudence sunnites, au-delà de la géographie, des ethnies et des strates sociales. C'est quand Al Ghazzali a tenté de récupérer une fraction importante des voies soufies en définissant les pratiques modérées et tolérées par la Sunna (Charia) en prenant le paradigme defini par Al Jounayd et en rejetant les chamanismes turco-mongoles et pratiques bouddhiste, mazdéenne et hindoue qui avaient pullulé à son époque que le soufisme allait s'ériger en véritables voies en mesure de jouer des rôles politico-religieux des plus importants à partir du XIIe siècle.

C'est à la même époque que des figures du soufisme marocain apparaissent à la fois en Afrique du Nord et surtout en Orient. C'étaient des Amazighes comme Shadili (mort en 1258) et Badawi (mort en 1276) qui ont fait rayonné à travers le monde leur propre ordre soufi, le Shadili pour le premier et le Ahmadi pour le second. Les sultans musulmans à l'image de l'Empereur byzantin Constantin recupérant les sectes chrétiennes et les organisant au sein d' une Eglise impériale vont aussi récupérer les Toroq (voies) pour les aider à consolider l'assise de leur pouvoir et à islamiser les sujets qui ne le sont pas encore. Il en va de même que les Toroq hostiles aux sultans vont être bannies et leurs fidèles pourchassés.

Sans chercher à savoir si le soufisme tire ses racines de l'Islam ou des autres pratiques religieuses, il faut signaler que le phénomène s'était manifesté dans l'ensemble des territoires conquis par l'Islam et utilise une terminologie coranique. Dans une vision rétrospective par les hagiographes du soufisme des noyaux de soufisme distants géographiquement ont vu le jour, sans pour autant qu'ils se situent le long d'une chaîne initiatique humaine notamment du VIIe au IXe siècles. Au cours de cette période l'Islam est venu en contact avec des pratiques antérieures des peuples conquis : les perses, les Hindous et autres asiates qui avaient pour religions l'hindouisme, le mazdéisme et les chamanismes des peuples turkmènes. Il est aussi entré en contact avec l'Egypte où la survivance des gnosticismes grec, hébraïque, gréco-romain, alexandrin, kabbaliste aurait permis de maintenir certaines formes spirituelles antiques actives. Les auteurs musulmans médiévaux auraient été sans doute à l'origine des chaînes initiatiques remontant au Messager d'Allah et se continuant par Ali Bnou Abi Talib ses enfants Hasan et Housayn et les Imams shiites, mais aussi par des figures comme Abu Ddhra Al Ghifari ,Hasan Basri, Ibrahim ibn Adham, daud Attayy, Fodayl Iyadi, Maarouf Al karkhi, Dhu Nnoun Almasri, Rabea Al Adawiyya, Al Bistami, AlJunayd, Alshibli Al khorasani, Alhallaj.

Mais cette chaîne et celles qui en dérivent en raison de la langue arabe ou Farsi n'étaient pas en mesure d'influencer la dévotion populaire amazighe centrée depuis toujours autour de ses prophètes et ses saints et de ses saintes. La seule chaîne que l'on peut reconstituer chez les Amazighes ne va pas au-delà des Almoravides, c'est à dire le milieu du XIe siècle. Si l'on croit qu'Abu Ya’za? décéda à l'age de 130 ans cela fait de lui le premier saint amazighe qui fonda une chaîne initiatique des plus importante. Les soufis et les saints actifs en Afrique du Nord avant l an 1000 sont rares a l exception d un idrisside signale par AlBakri qui fut depose comme Imam et qui avait porte la "laine" pour se rendre a la Mecque.L expression "porter la laine "en arabe de l epoque signifie tout simplement renoncer aux affaires temporelles.

En effet c'était Abou Ya'za qui initia Abou Madyane, patron de Tlemcen, lequel initia Ibn Machich al- Alami?, lequel initia Shadili d'où sortirent les ordres soufis des Aisaoua, Zyaniyine, Naseriyine, Cheikhiyine,Kerzazine, Kittaniyine, Derqawiyine, Zerrouqyine (en Libye), …etc. Au cours des deux premiers siècles de l'Islam, il apparaît difficile de faire le lien entre ces chaînes peu ramifiées d'Irak et l'émergence de foyers de soufisme à l'époque sans dénomination en Andalousie musulmane, en Afrique du nord et en Egypte et ailleurs en Asie.

A la fondation de la ville de Fès, l'auteur de Rawd al Qirtas fait mention d'un anachorète en l'an 807 qui professait la religion des MAGUS sur les rives du Sebou. Cet anachorète avait toutes les caractéristiques des soufis que connaitra Fès quelques siècles plus tard. C'est tardivement que la tradition islamique retint la chaine initiatique soufie qui commence avec le Messager d'Allah, son gendre Ali et ses petit-fils Hassan et Housayn. Il est certain que les Compagnons du Messager d'Allah, les Suivants et les Suivants des Suivants qu'on appelle communément le « Salaf » avaient opté pour la pauvreté et la modestie de la vie du Messager d'Allah.

 Ce groupe aurait sans doute initié cette dévotion au reste de la communauté et que 

l'on peut interpréter comme une protestation de la richesse accumulée et affichée par

 le khalifat omeyyade notamment par une grande figure de cet ascétisme et cette piété
 première qu'était Hasan Al Basri.

C'est aussi la figure de Daoud Tayyi (mort en 165) qui offre l'image du dévot pauvre au point de ne posséder qu'une natte, une brique pour oreillée et une outre pour l'eau. La pauvreté devient le cheval de bataille visible à opposer aux Arabes qui s'étaient enrichis par les conquêtes omeyyades et par l'oppression des Mawali, les alliés d'origine non arabe des musulmans. D'autres ajoutent à la pauvreté la mendicité pour se désintéresser complètement des biens d'ici-bas. Le terme pauvre « faqir » devient même synonyme de soufi. Ce type de soufisme ne conteste nullement la loi islamique, au contraire il la considéré comme centrale à la pratique de la dévotion.

Mais cette contestation fondée sur la piété et l'ascétisme trouvait un écho chez la piété des Imams shiites qui eux contestaient la légitimité du khalifat omeyyade. Et évitant d'inclure les Imams shiites à l'exception des grandes figures comme celle de Jaafar Al-Sadiq (mort en 765). Pourtant c'est à Koufa, centre shiite actif au VIIIe siècle, qu'un groupe fut désigné pour la première fois par le terme de « SOUFI » et dont le dernier maître s'appelait Abdak ( mort vers 825).

Il faut noter qu'avec l'époque abbasside, les Mawalis retrouvèrent une place de choix dans l'administration et l armee du khalifat d'un coté, et les Dhimmis trouvèrent une occupation administrative et culturelle pour gerer et promouvoir la traduction des œuvres grecques et indiennes.

L'éruption de la pensée grecque et indienne allait influencer la pensée islamique aussi bien philosophique que théologique ou mystique. La naissance de l' école du « kalam » et son développement autour de sept grandes problématiques allant du concept de Dieu, les preuves ontologiques et cosmologiques de son existence, la cosmologie et les relations entre Dieu et le Monde, l'éthique de la théodicée et des ordres divins englobant le libre arbitre, le déterminisme, le bien et le mal, récompenses et punitions; le pragmatisme du langage religieux et la fonction de l'imagination qui est spécifique aux prophètes, aux mystiques et aux prophète chef d'Etat, la relation entre la raison et la révélation, et finissant avec les politiques d'application de la loi divine au sein d'une communauté. La pensée grecque traduite en arabe se répercutait sur les discours de toutes les catégories sociales y compris celui des soufis.

Le néoplatonisme notamment sa mystique philosophique va être traduite en une mystique théologique à partir de l'œuvre appelée Pseudo-Dionysius vulgarisée en syriaque au cours du VIe siècle après J-C par un prêtre syrien Stephen Bar Sudaili qui écrivait sous le pseudonyme Hierotheus.

La chaîne des Imam shiites dont la fonction rappelle certains aspects certaines figures du soufisme va être à l'origine de sectes subversives disputant la légitimité du Khalifat aux Abbassides. L'ismaélisme fit son apparition pour la première fois en Tunisie avant d eclore en Egypte. Or, l'Egypte fut un terreau fertile de toutes les gnoses. La théologie ismaélienne comporte des éléments importants du néo-platonisme et du Cabalisme. Elle emprunte à Plotin les étapes intermédiaires entre l'homme et Allah : L'âme universelle, la matière, l'espace, le temps et la raison.

Les grands prophètes de l'Islam seraient la manifestation de la raison : Nouh (Noe) Ibrahim (Abraham), Mousa (Moise), Isa (Jésus), Mohammed, Ali et Mohammed Ben Ismaël (le VIe Imam Shiite). La secte shiite porte le nom d' Ismail, le père de celui qu'elle considère comme l'un des grands prophètes, mais aussi celui des Assassins. Au Cabalisme les ismaéliens empruntent les 4 sens de l'interprétation : le sens littéral, le sens guématrique, le sens ésotérique et le sens secret. Comme les cabalistes les Ismaéliens font des spéculations sur les noms de Dieu (72 pour les cabalistes et 99 pour les Ismaéliens en plus du Ism : Nom de Dieu). Les Ismaéliens empruntent aux Sethiens (la communauté qui a laisse la bibliotheque de Nag Hammadi) notamment la réincarnation de Seth ( le 3eme fils d'Adam) qui après s'être réincarné en Melkisedek, puis en Jésus se serait incarné en Mohammed le Messager d'Allah puis en Mohammed Ben Ismail. L'Imam shiite Ali-Rida (mort en 818) sera le dernier Imam shiite à apparaître dans les chaines initiatiques soufies. Mais la chaîne soufie place Maruf Al Karkhi (mort en 815) comme le disciple de ce 8eme Imam et le crédite d'avoir été le premier à enseigner l'ésotérisme de la doctrine de l'Unité «tawhid » à Baghdad.

La chaîne continue par la figure d'Al Junayd (mort en 910) qui prône la sobriété (sahw) et le respect de la discipline du secret (Taqya,kitman) dans l'enseignement ésotérique mais surtout il definit le paradigme du soufisme qui doit rester dans le cadre defini par la Loi islamique(Chria). C'est le Khorasan qui devient un grand foyer de dissémination du soufisme après avoir supplanté le bouddhisme et le mazdéisme ou se combinant à leurs variantes locales pour créer le mouvement soufi du « Karamisme ». Emboîtant le pas aux prêtres bouddhistes qui produisent des miracles, les soufis s'embarquent aussi dans la performance miraculeuse qui trahit la discipline du secret, ce qui amène une réaction tout à fait flagrante d'un autre groupe de soufis que l'on appelle « Malamatiyya » au comportement choquant la dévotion populaire. Une autre catégorie de soufis appelée « futuwwa » se caractérise par une spiritualité dépouillée vécue sans se séparer de la communauté et de ses règles et même sans s'y distinguer extérieurement. Ibn Battouta donne une description de cet ordre de soufis et loue leur dévotion.

Les grandes figures du IXe siècle à commencé par Rabea Al adawiya (mort vers 801), Ali Rida (mort vers 818), Maruf Al Karkhi (mort en 815), Al Bistami (mort en 875), Aljunayd (mort en 910) et en finissant par celle d'Alhallaj (exécuté et incinéré en 922) annonce une période de troubles dans laquelle les soufis vont être des agitateurs quand ils ne contestent pas ouvertement le khalifat. En dehors des menées ismaéliennes Fatimides en Afrique du nord grace aux Amazighes Kotama et les Karmates à Bahreïn, le soufisme malgré sa prudence et sa réserve attend que le courant sunnite lui reconnaisse un statut de composante légale et légitime fondée sur l'unicité de Dieu et le respect du droit musulman (charia). Il fallait convaincre le courant spéculatif des Ascharites qui était en phase ascendante après la démission du courant mutazilite et pour se faire les auteurs soufis ne vont pas manquer ni de zèle ni de verve pour exposer en arabe dans des traités qui sont restés célèbres à partir du Xe siècle les principales doctrines et voies mystiques. C'est aussi en ce siècle qu'apparaissent les premiers historiens et hagiographes du soufisme. C'est Abu Hamid al Ghazali (mort en 1111) qui finit par admettre au sein de la communauté sunnite le soufisme qui poursuit l'harmonie entre la Voie spirituelle et la Loi (charia)telle qu elle est definie par Al Junayd , en optant pour les seules méthodes et pratiques éprouvées et en prêchant la purification morale. C' est ce courant modéré du soufisme qui sera admis dans le sunnisme et qui se transforma bientôt en voies(Toroq, pluriel de Tariqa) grâce aux grands Maîtres soufis du XIIe et XIIIe siècle: tels que Ahmed al Ghazali, le frère cadet du précédant, Abdelkader Jilani (mort en 1166). Jalal al-Din Rumi (mort en 1273) et surtout les amazighes comme Shadili et Badawi.

L'école ishraqi de Suhrawardi: théosophie illuminatrice vint ajouter du sien dans ce grand bouillon de culture soufi, théologique et philosophique. Shihab al-Din Yahya Suhrawardi est de formation philosophe et sa tentative de synthétiser le mysticisme avec la philosophie est à l'origine de l’école Ishraqi c'est à dire de l'illumination. Se fondant sur le néo-platonisme, le mazdéisme, le mazdakisme et les pensées d'Inde il a tenté de mettre tous les grands penseurs païens comme Platon, Zoroastre et autres sur le même plan de la mystique. La sagesse ou la vérité peut être appréhendée à travers la lumière émanant de Dieu (Coran 24 :35). Suhrawardi est allé au-delà de la rationalité hellénistique (néo-platonisme) et ses méthodes pour des modalités expérimentales introspectives dérivées de l'ancienne spiritualité Perse (manichéisme, mazdakisme), les idées avicenniennes et les idées soufies. C'est un théosophe pour qui croit que la philosophie ne peut être que divine et la spiritualité ne peut être que gnose, une connaissance libératrice. Il s'opposa aux Ouléma orthodoxes qui recommandèrent son exécution à Saladin. Il fut exécuté en l'an 1191 à Alep, mais son école Ishraqi lui survécut dans l'enseignement de la Tariqa Nurbakhshi. Mais c'est Molla Sadra (Sadr al-Din Shirazi : mort en 1641) qui donna une grande expression de cette école et qui continue d'avoir des adeptes jusqu'aujourd’hui aussi bien en Iran qu'aux Indes.

Au XII siècle à l'agonie du khalifat abbasside le soufisme connut des bouleversements par la naissance des premières organisations initiatiques (Tariqa-s) avec l'appui des autorités religieuses dont la voie a été ouverte par Al Ghazali et les autorités califales notamment celle d'An Nasir (1180-1225). Les tariqa-s Qadiriyya et Rifa’iyya sont nées à Baghdad dès le XIIIe siècle les soufis marocains vont transformés ces tariqa-s bagdadiennes en une toile tissée à travers le monde islamique. Shadili, né au Maroc, fut chassé de Tunis par les Ouléma qui lui trouvàrent une fibre hétérodoxe et c'est en Egypte qu'il créa sa Zaouiya. Badawi, né au Maroc, fit la synthèse des enseignements de Rifa’i et Jilani pour créer sa propre tariqa appelé Ahmadi en Egypte. Le XIIIe siècle étant un siècle de troubles pour l'Islam avec la disparition du khalifat abbasside, les croisades et la retraite de l'Islam en Espagne, les Tariqa-s et surtout celle de la « futuwwa » va permettre une extraordinaire intégration communautaire. C'est aussi en ce siècle que les écrits d'Ibn Arabi (1165-1240), vont faire culminer la pensée soufie. Il prit la fuite vers l'Orient musulman pour ne pas se heurter à l'étroitesse du litteralisme almoravide et almohade de son Andalousie natale. Son œuvre « Al futuhate almakkiyya » constitue une véritable encyclopédie du soufisme mais « fusus al-hikamah », une œuvre du secret, reste toujours l'œuvre la plus commentée, critiquée et la plus attaquée. Son disciple Sadr al-Din Qunawi (mort en 1263) entretenait des contacts avec les hautes figures spirituelles de son époque notamment sa rencontre avec l'amazighe Ibn Sab’in? (mort vers 1270) et l'amazighe Shadili. Sur le plan doctrinal l'œuvre d'Ibn Al Arabi va s'imposer définitivement et l'implantation des Tariqa-s commencée par les amazighes Shadili et Badawi vont s'intensifier. Aussi bien les Turcs que les Amazighes vont instrumentaliser les Toroq-s et leurs zaouiyas pour asseoir leur pouvoir. Le maraboutisme fit son entrée en Afrique du Nord à l'époque de la chute des villes d'Andalousie. Comme dans les périodes de troubles, ceux qui se fondent sur la passion et l'imagination réussissent à rallier la commuté des fidèles. Le maraboutisme à la fois cause et conséquence de la dévotion populaire va connaître son age d'or au Maroc entre le XIIIe et el XVIe siècle. La dynastie saadienne? qui prit la succession des restes Mérinide et Wattasside? illustre l'importance que jouera dorénavant le maraboutisme comme agent fondateur d'empire. A la chute des Mérinide c'est une Zaouiya (Zaouiya Dilaiya) qui était sur le point de reconstituer l'unité du Maroc sur une base maraboutique. Les Amazighes avaient alors opté pour une famille prétendument chérifienne installée récemment dans le Tafilelt et selon la tradition pour enseigner la culture du palmier dattier et démultiplier les récoltes.

Extrait de la spiritualité amazighe: LallaYetto Kushel

Voir aussi


Spiritualité Amazighe

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Page mise à jour le 04 décembre 2007 à 16h11