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Encyclo: Sorcellerie dans les contes amazighs

La sorcellerie

1°) La sorcellerie est un ensemble de pratiques, souvent malveillantes, qui vise à obtenir des bénéfices personnels, qu’ils soient sentimentaux, financiers ou encore physique, à nuire à autrui par vengeance ou par jalousie ou encore à se protéger du mauvais œil et autres mauvais sorts.

2°) On l’associe souvent à de nombreux objets tels les amulettes (lHerz, tawmmist), à certains animaux, surtout les reptiles parmi lesquels on pourra citer les gekko appelés tiqlit (pluriel tiqlatine) en tachelhite. On peut également relier la sorcellerie à des êtres surnaturels : les djinns sont les associés des sorciers, leurs intermédiaires et parfois leurs esclaves. Ainsi, un djinn peut se retrouver enchaîné à une sorcellerie et ce, malgré lui.

3°) Pour ceux qui se rendent au bled pendant les vacances, ces histoires de sorcellerie deviennent familières. Qui n’a jamais entendu parler d’une jeune mariée devenue folle ou incapable d’avoir des relations intimes, voire des enfants ? Qui n’a jamais vu des gens douter de la nourriture qu’on leur présente, des vêtements qu’on leur offre ? Qui n’a jamais entendu parler de femmes se rendant au cimetières au milieu de la nuit, y déterrer des cadavres et se servir de leurs mains pour préparer de la semoule pour Dieu sait quel but ? Voici pour ma part, une histoire (véridique) sur une jeune fille de mon village : le 3ème jour de son mariage, ce jour où elle était censé devenir femme, mon amie avait un air triste voilant son visage qui se voulait épanoui. Sa belle-mère avait eu un malaise, à cause du surmenage disait-on, mais personne n’en était réellement convaincu… Les rumeurs se répandaient bientôt au sien du village et on commençait à dire que la jeune mariée avait été incapable d’avoir des relations intimes avec son mari leur nuir de noces: tqqen comme on dit en berbère. Le lendemain, alors qu’une tislite ne peut quitter sa nouvelle demeure avant une semaine, le couple partait en voyage selon les dires de sa famille, mais la réalité était autre… Ce n’est qu’un an après que j’appris les faits : la jeune fille et son mari étaient partis consulter des savants en la matière et ces derniers leurs apprirent qu’une fille de leur famille était à l’origine de leurs maux. Cette dernière lui aurait fait iskkirne ( sorcellerie) en se servant de ses sous-vêtements, cheveux et autres objets personnels qu’elle aurait enfouis dans la gueule d’un bouc sacrifié avant d’enterrer le tout. Lors de la cérémonie, elle avait tenté de lui faire boire de l’eau avec laquelle on avait lavé un mort… Après consultations et traitements, notre jeune femme va mieux et a, aujourd’hui une belle petite fille. Cependant, elle en garde des séquelles psychologiques importantes et se méfie de sa propre famille. Elle se dit incapable de faire confiance aux autres et en veut terriblement aux responsables mais comme elle dit « ujjigh-tn i Rbbi »

4°) Cette histoire nous a donc montré qu’on pouvait avoir recours à des biens personnels, voire intimes dans la pratique de la sorcellerie. Citons les sous-vêtements, les cheveux, les ongles, les photos, mais le plus à craindre est le sang ! Il peut s’agir du sang des règles mais quelques fois, et c’est gravissime, du sang provenant de la déchirure de l’hymen.

5°) Les jeteurs de sorts sont soit des femmes, soit des hommes. Les femmes en général, apprennent ces pratiques de mère en fille, de voisines, d’amies ou de simples connaissances. Les sorcières sont rarement inconnues au sein d’un village, même d’une ville. Elles sont craintes, à la fois évitées et convoitées, inspirant dégoût et admiration. On les imagine souvent de noir vêtues, un visage crispé, lèvres serrées et un regard qui vous scrute de la tête aux pieds, de la surface vers la profondeur de votre être. Si les sorcières des dessins animés ont un nez crochu et des verrues, celle de chez nous n’ont pas de réelles distinctions physiques, si ce n’est leur âge mûr. Quant aux hommes, s’ils sont moins réputés pour ces pratiques, sont bien plus redoutables que les femmes. En effet, il s’agit d’hommes «cultivés », voire de savants et leur sorcellerie a des effets bien plus nocifs, parfois incurables. On évoque donc des sortes de fuqaha « ripoux » ou de jeunes étudiants en théologie (imeHDarne) qui ont dévié du chemin… Là encore, aucune distinction physique.

6°) Dans certaines situations, la sorcellerie requiert des sacrifices de volaille généralement mais des cas de sacrifices humains ont été rapportés. Tout le monde est au courant de ces jeunes enfants qui ont une ligne de la main rectiligne et qu’on sacrifie sur les lieux où sont enfouis d’anciens trésors gardés par des Djinns. Leur immolation neutraliserait les gardes et permettrait de s’emparer des richesses camouflées depuis des siècles.

7°) Les résultats d’un acte de sorcellerie sont nombreux, peut-être même innombrables et l’on va se contenter de quelques exemples : -tout ce qui nuit à la vie familiale et intime : impossibilité de se marier par manque de prétendants ou par leur rejet systématique ; incapacité à avoir des relations sexuelles ; stérilité ; rejet des siens, de sa belle-famille ;aversion pour le conjoint -ce qui touche à l’intégrité physique : troubles digestifs, maux de tête, éruptions cutanées… -ce qui dégrade la santé mentale : folie, amnésie, troubles de la personnalités, du comportement, idées suicidaires, dépression… -ce qui atteint la vie socioprofessionnelle : désintérêt, impossibilité de se concentrer sur ses études ou sa carrières ; incapacité à mener un projet à terme…

Comme on a pu le constater, les objectifs de ceux qui ont recours à la magie noire sont divers et il existe une autre catégorie de personnes qui font appel à elle afin de s’approprier l’amour de quelqu’un ou de s’enrichir…

Article paru dans Chleuhs.com, Illisntmazirt.

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Page mise à jour le 20 mai 2008 à 10h53