Saadiens

Origine amazighe


L’émergence de la dynastie saadienne au Souss en profitant d’une ascendance chérifienne faisait partie des stratégies développées par les Amazighs pour acquérir le pouvoir et le légitimer dans le cadre de l’Islam. La dynastie idrisside n’était plus qu’un souvenir lointain. Ce fut Youssef Ibn Tachfin qui en restaurant le mausolée présumé d’Idriss II à Fès, inaugura officiellement le culte des saints en Afrique du Nord. La ville de Fès fut un bouillon de culture au IXe et Xe siècles et Al-bakri la décrit juste avant la conquête Almoravide comme étant la ville où il y avait une multitude d’ethnies et de religions. C’est à Fès qu’étudia le moine bénédictin Gerbert d’Aurillac qui le 2 avril 999 deviendra le pape Sylvestre II. Il y avait appris la philosophie, la cabbale, les mathématiques. Il était vraisemblablement entré en contact avec les Juifs Caraïtes qui venaient de déferler sur le Maroc en s’installant à Fès et dans le Haut Dadès.

La dynastie saadienne apparaît comme une dynastie masmouda et à l’image des Awarba et des Kottama avant elle, instrumentalise la doctrine shiite de l’Imam pour légitimer la prise du pouvoir. Créer une généalogie fictive à cette époque ne constituait pas un problème majeur. Tous les faussaires avaient sous la main la Jamhara d’Ibn Hazm pour créer et brosser des filiations. La dynastie saadienne se fondait sur le shiisme zaydite et le titre de son premier sultan l’illustre bien. Il s appelait Al-Qaim.

Les shiites considéraient que le Khalife abbasside était le Khalife El-Qaim ("Debout" i.e celui détenant le pouvoir) et l’Imam shiite (khalife) Jalis ("assis" en arabe, revendiquant le pouvoir). Le saadien Mohamed ben Ahmed portait le titre (d’Imam) Al-Qaim, c’est à dire celui ayant le pouvoir temporel dans le lexique shiite.

Cette dynastie a du être en rapport avec les Juifs Caraïtes qui arrivèrent dans le Haut Dadès au Xe et XIe siècles pour fuir les troubles qu’avaient connus l’Irak et la Palestine et qui vont se fondre dans la masse des juifs amazighs appelés Tochavim au Maroc. Opposés aux juifs rabbiniques ils n’ont jamais accepté de cohabiter avec eux au point que des villes saadiennes comme Marrakech avaient deux mellahs l’un pour les Tochavim l’autre pour les juifs sépharades (juifs rabbiniques expulsés d’Espagne) que des voyageurs européens avaient remarqués lors de leur visite au Maroc.

Les Masmouda saadiens par calcul politique voulaient exploiter le créneau chérifien pour avoir un avantage sur les saints marocains que la dévotion populaire avait fait trôner sur la noblesse spirituelle amazighe. La noblesse spirituelle amazighe accordait la sainteté aux Amazighs sans pour autant qu’ils soient descendant d’Ali et de Fatima. L’astuce des Masmouda saadiens avait été donc d’exploiter une fausse généalogie pour atteindre un but politique.

Histoire


Le marabout de Tagmaddart Muhammed U Ahmed qui prit le surnom d' El-Quaïm bi amrillah (celui qui fait se dresser le règne de Dieu ou le défenseur de l'islam) lorsqu'il fut élu par les gens de Taroudant et de Tidsi, s'installa à Tidsi auprès de son parent, le marabout Sidi U Mbark (aussi appelé en arabe Abou Abdallah Ibn Moubarek), disciple d'Al Jazouli.

Muhammed U Ahmed se fit donc désigner en 1510 comme chef de la guerre sainte contre les chrétiens, et s'installa à Afoughal, près de la tombe d'Al Jazouli et organisa le Souss comme un mini royaume. Il décède en 1517, en laissant deux fils Ahmed El Arej et Mohammed Ech Cheikh. L'aîné Ahmed El Arej succède à son père et épouse la fille du roi Mohamed Ben Nasir, qu'il fait empoisonner pour s'emparer du pouvoir qu'il conserve de 1520 à 1543. Son frère Mohamed Ech Cheikh, vainqueur des Portugais à Agadir et à Safi, écarte Ahmed du trône. Ech Cheikh qui prend le pouvoir en 1543 est exécuté en 1557 sur les ordres du sultan ottoman Soliman le Magnifique qui a des visées sur le Maroc.

Son frère Ahmed El Arej sera massacré avec toute sa descendance mâle sur les ordres du caïd de Marrakech, Abou Bakr Azanak, le fils d'Ech Cheikh, Moulay Abdallah commence par éliminer dès son accession en 1557 tous ses rivaux familiaux potentiels ; ses frères, les futurs souverains Abd El Malik et Ahmed El Mansour se réfugient à Alger. Dès 1558, Moulay Abdallah rassemble dans un quartier de 18 hectares tous les juifs de Marrakech -le mellah. Il fait construire à Marrakech la grande mosquée Mouassine (1573), la fontaine publique Mouassine (1570), et fait reconstruire vers 1565 la médersa Ben Youssef, fondée par le mérinide Abou El Hassan autour de 1350 et le mausolée de Sidi Youssef Ben Ali.

Après avoir évincé son neveu El Moutaouakil, Abd El Malik, qui régna 2 ans de 1576 à 1578, chercha à assoir son pouvoir auprès des puissances européennes et ottomanes pour pouvoir résister aux appétits portugais. L'armée portugaise, emmenée par le roi Don Sébastien pour remettre El Moutaouakil sur le trône débarqua à Asilah le 12 juillet 1578 et fit face à l'armée saadienne le 4 août suivant. L'armée chrétienne se fit étriller lors de cette Bataille des Trois Rois où périrent les trois souverains. Seul survivant de la famille royale, Ahmed El Mansour, " Le Victorieux " né à Fez en 1546 - le troisième fils de Mohamed Ech Cheikh- se fit proclamer nouveau commandeur des croyants sur le champ de bataille et devint le nouveau souverain.

Ahmed El Mansour, va marquer son époque pendant ses 25 ans de règne (1578 - 1603). Irrité de constater que le roi musulman du Soudan Ishak Soukia refuse de se soumettre à son autorité, Ahmed imposa à ses conseillers l'envoi d'une armée à l'autre extrémité de l'Afrique. Après trois années de préparatifs, une armée de 22000 hommes conduite par le pacha Djoubert, un espagnol converti, se mit en route le 30 octobre 1590, passa le col du Tischka et traversa la totalité du Sahara pour parvenir à Tombouctou, puis au Soudan, qui se soumit après plusieurs défaites. L'empire d'Ahmed El Mansour s'étendait de l'atlantique à l'Egypte. L'expédition victorieuse revint avec des milliers d'esclaves mais aussi des montagnes d'or, dérobé à l'ennemi ou échangé contre du sel. Des centaines d'artisans de Marrakech transformèrent cet or en pièces de monnaies ou en bijoux pour la famille royale, d'où le deuxième surnom d'Ahmed Ad Dahabi " Le Doré ". Pendant cette période, Ahmed va entretenir des relations diplomatiques étroites avec les grandes puissances européennes, à grand renfort de présents magnifiques. Henri III sollicitera de lui un prêt, Philippe II lui fera parvenir des cadeaux somptueux. C'est à cette époque que Marrakech commence à prendre consistance dans l'imaginaire occidental.

Ahmed le Doré fera œuvre de bâtisseur en faisant édifier le palais El Badi, une nouvelle kasbah royale et un mausolée destinée à abriter les tombeaux dans lesquels seront ensevelis les dépouilles des souverains de la nouvelle dynastie. El Mansour, passionné de littérature et de science, va s'employer à refaire de Marrakech une capitale intellectuelle vers laquelle convergent d'Afrique et d'Europe historiens, poètes, savants, astronomes, enseignants, linguistes, musiciens, médecins… Il consacra beaucoup de temps et de moyens à la bibliothèque royale, dont le fonds fut subtilisé par les Espagnols en 1612, entreposé au palais de l'Escurial et fut détruit lors du grand incendie de juin 1671.

Sans réussir à surpasser Fès, Marrakech connut au début de l'ère saadienne, et notamment sous le règle d'Ahmed El Mansour l'apogée de son rayonnement culturel, supérieur même à celui qui fut la sienne à l'époque de l'Almoravide Ali Ben Youssef. Malgré ses excès et son goût immodéré pour le faste et le luxe, Ahmed gouvernera jusqu'à sa mort à Fès en 1603 comme un célébrissime monarque respecté, admiré et craint.

Avec la mort d'Ahmed Le Victorieux, l'empire se désagrège. Les rancœurs, les inimitiés, jalousies et mécontentements si longtemps refoulés surgissent. Les affrontements entre branches rivales reprennent, chacune conduite par un fils d'Ahmed qui n'avait pas désigné de successeur. Le pays voit bientôt s'affronter ses fils proclamés sultans, l'un à Fès, l'autre à Marrakech. Abou Faris succéda à son père de 1603 à sa mort en 1608. Il était né en 1564, il succéda à son père Ahmed al-Mansour. Son frère Mohamed ech Cheikh II el Mamoun lui succèdera. Mohamed Ech Cheikh II el Mamoun fut le huitième sultan de 1608 à sa mort en 1613.

Il succéda à son frère Abou Faris, sympathisant avec les Ottomans, il rentra en total contradiction avec la politique traditionnelle des Saadiens qui préconisaient un rapprochement avec les Espagnols. Dans sa jeunesse Mohamed avait été, en raison de son insolence et de son insubordination, emprisonné par son père, avant d'être libérer par son frère Abou Faris pour le rallier dans une guerre qui l'opposa à leur frère, Moulay Zidane. Moulay Zidane el-Nasir sortira finalement vainqueur de la lutte l'opposant à ses frères Abou Faris et Al-Mamoun. Qui régnera de 1613 à 1623. Il était le frère de Mohamed Ech Cheikh II et d'Abou Faris et fils d'Ahmed El Mansour.

Le Maroc connaissait à ce moment, une période d'anarchie et de trouble dues principalement aux conflits princiers, à l'établissement des Espagnols au sud du Maroc, à l'avancée des Ottomans jusqu'à Taza et aux desseins des confréries et autres courants maraboutiques. En 1627, à la mort de Moulay Zidane, ce fut son neveu : Abd al-Malik II qui lui succéda de 1627 à 1631. Il était le fils du prince Abdallah II et petit-fils de Mohamed Ech Cheikh II Al Mamoun. Le dernier souverain saadien, Moulay Mohamed El Abbas, Mohamed XII, trop ouvert à l'influence occidentale, fut assassiné en 1659. Une nouvelle dynasties, les Alaouites venus du Tafilalt, supplanta définitivement le reliquat de pouvoir Saadiens.

Les Sultans Saadiens (Jusqu'à 1554 seulement au sud du pays)

  • 1511 - 1517 : Muhammad al-Qâ'im bi-'Amr Allah
  • 1517 - 1540 : Ahmed al-'A`raj et Mohammed ech-Cheikh
  • 1540 - 1557 : Mohamed Ech Cheikh (sultan du Maroc entier depuis 1554)
  • 1557 - 1574 : Abdallah el-Ghalib
  • 1574 - 1576 : Mohammed el-Mottouakil (Mohammed Saadi II)
  • 1576 - 1578 : Abu Marwan Abd al-Malik dit El-Moatassem Billah
  • 1578 - 1603 : Ahmed el-Mansour dit Ed-Dahabi
  • 1603 - 1608 : Abou Faris
  • 1608 - 1613 : Mohamed ech Cheikh II el Mamoun
  • 1613 - 1628 : Zidane el-Nasir
  • 1628 - 1631 : Abd al-Malik II
  • 1631 - 1636 : Al-Walid
  • 1636 - 1654 : Mohammed ech-Cheikh es sghir (Mohammed Saadi III)
  • 1654 - 1660 : Ahmed el-Abbas

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