Rostémides

Les Rostémides, Rustamides ou Banû Rustam forment une dynastie qui a régné sur le royaume de Tahert (777-909). Fortement opposés à la mainmise Arabe sur la région et à l'imposition qui en découlait, les amazighes qui avaient gardé un fort sentiment d'indépendance refusèrent l'ordre imposé par les conquérants. Ne retenant du Coran que son énoncé strict, mais non la tradition de la suna qui faisait des descendants des compagnons du Prophète les dirigeants naturels des musulmans, ils adoptèrent le kharidjisme, une doctrine qui permettait à n'importe qui, «fusse une femme ou un esclave», d'être le chef de la communauté musulmane. Refusant de faire allégeance au calife Omeyade installé à Damas, Ibn Rustum, gouverneur Perse de Kairouan, envahit l'Ifriqiya en compagnie d'amazighs Nafusa qu'il avait convertis au kharidjisme ibadite et fonda une ville, Tahert (aujourd'hui Tiaret en Algérie) dans une région protégée (776).

Modèle de tolérance et de culture


Sous la conduite d’un imâm désigné par le conseil des Machâych gardiens de la foi, il sera le modèle d’une théocratie à la fois rigoureuse et tolérante dans laquelle vivaient côte à côte et sans heurt, les musulmans de différents obédience et même une minorité chrétienne. Un royaume où chaque communauté pratiquait librement sa foi dans une sorte de démocratie participative où la primauté était donnée au dialogue, à la discussion et à la controverse intellectuelle, le plus souvent pacifique, plutôt qu’à l’affrontement armé. A leur simplicité d'ascètes, ces Imams joignent le goût de l'étude et une culture de savants. Dans Tahert, ils assemblent de riches bibliothèques et ils envoient en Orient des misions pour acheter des manuscrits. La science passionne leur entourage : les femmes de leurs familles s'adonnent à l'examen du dogme, de l'exégèse coranique, des pratiques du culte et de la jurisprudence islamique. D'autres sciences captent leur intérêt, en particulier, l'astronomie au sens large du terme.

La ville de Tahert prospéra grâce à la traite orientale et au commerce de l'or venant du Soudan et de Sidjilmassa dès le VIIIe siècle. Ibn Rustum maria une de ses filles au souverain kharidjite de Sidjilmassa.

Ibn Rustum se heurta aux deux dynasties sunnites voisines : les Idrissides de Fès et les Aghlabides de Kairouan mais il parvint à conclure une alliance avec les Omeyyades de Cordoue. Pendant cent trente ans, les Kharijites (ou Ibadites) de Tahert tentèrent de rester en dehors du clivage séparant les Omeyades des chiites qui contestaient leur légitimité. En 909, Tahert fut ruinée par l'attaque des montagnards Kottama conduits par Abû `Abd Allâh ach-Chî'î partit libérer le onzième imam ismaélien `Ubayd Allah al-Mahdî retenu prisonnier à Sidjilmassa, fondateur de la dynastie chiite des Fatimides de Kairouan. La ville est détruite et les habitants massacrés ou exilés. Les Kharidjites se réfugièrent dans des lieux arides et inaccessibles (Mont Nefousa en Libye, Mzab au Sahara algérien), pratiquant le commerce et se gardant bien de vouloir constituer une force politique.

Wikimazigh