Réaction amazighe à l'occupation romaine

Les Amazighes ont été depuis la nuit des temps jaloux de leur liberté. La domination par l’étranger n’était qu’une phase transitoire en attendant de trouver la solution pour s’en débarrasser.

Le cas de Carthage doit avoir un examen spécial. La fondation de Carthage a été faite selon le principe de la permission demandée par Elissa-Didon à l’aguellid amazighe. Carthage par le caractère des sacrifices exécutés par Elissa-Didon considère comme un espace sacré, neutre ou les échanges peuvent se passer entre les Amazighes et les Tyriens dans la paix et la sécurité.

Carthage n’était pas une colonie comme celle des grecs rejetant les autochtones et s’accaparant des ressources notamment les terres agricoles. Carthage était une espèce d’interface permettant aux navigateurs d’apporter leurs biens qu’ils échangent avec les biens des autochtones. C’est en ce sens que la réaction amazighe a été l’acceptation du fait et le respect de génération en génération la décision de l’aguellid autorisant Elissa Didon de fonder Carthage. Carthage faisait partie du paysage physique et de la mémoire collective amazighe. Elle fut aussi le point de départ pour connaître les pays d’outre mer. Les Tyriens après avoir évolué vers une indépendance de leur cité mère Tyr avaient opté pour développer et s’intégrer à l’environnement amazighe. Ils changèrent même leurs institutions politiques et les rapports avec les autochtones par les mariages et les alliances économiques et militaires. Carthage devant faire fonctionner sa marine et défendre ses territoires lointains aussi bien en mer qu’en terre s’appuyait sur le réservoir démographique amazigh et sur son génie militaire en cavalerie y compris l’usage des éléphants et dans la marine.

Le problème se posa aux Amazighes quand Rome détruisit Carthage. Rome espérait sans doute que les Amazighes allaient tout simplement être reçue les bras ouvert, adopter le latin, la culture romaine le style de vie, l’art et les institutions politiques. Ces modifications progressives qui auraient conduit à la romanisation ont pas été observées historiquement sur une petite échelle ne dépassant guerre les cités occupées; au contraire c’était la punicisation des Numides qui accompagna la conquête romaine de Carthage. Jamais Carthage n’a été aussi vivante parmi les Numides qu’une fois détruite par Rome. La civilisation punique occupa le terrain et la romanisation devint un phénomène supporté uniquement par les romains, immigres venant d’Italie. Mais cette tentative manquée de Caius Gracchus de créer une colonie romaine à Carthage a été relayée par des tentatives réussies sous César, et surtout Auguste quand les colonies devaient recevoir des vétérans toujours sur une petite échelle géographique. Il existait une migration venant d’Italie surtout celle des magistrats, des commerçants comme les parents de Tertullien mais sans être de l’ampleur de celles des militaires romains comme Saint Augustin dont la mère était amazighe et le père romain. La présence d’une importante colonie romaine autour de Carthage avait des conséquences sur les élites amazighes citadines qui devraient sans doute profiter des changements économiques et sociales introduits par Rome. La romanisation avait une expression citadine de l’élite locale, les couches inférieures citadines et les populations rurales étaient amazighes et occasionnellement punicisés comme l’attesteront les témoignages de Tertullien et de Saint Augustin. Le premier n’a pas réussi à entraîner dans son sillage que des amazighs citadins et le second pour combattre les donatistes recommanda à ses prêtres évangélistes d’apprendre le punique. La résistance à la romanisation était visible même dans la région de Carthage et dans les provinces crées pour la renforcer. Dans l’actuelle Algérie et le Maroc la romanisation restait un phénomène citadin sans profondeur rurale.

C'est l’archéologie qui permet d’évaluer certains éléments de la romanisation notamment par l’analyse des inscriptions des nécropoles et l’usage de l’écriture et surtout par l’étude de l’architecture et de l’urbanisme.

La romanisation de l’écriture apparaît très tôt après la conquête romaine, mais cette écriture dans les pierres tombales se résumait à translittérer les noms puniques ou amazighs en latin. La romanisation s’était emparée de la religion phénicienne et amazighe par le phénomène de l’identification des divinités majeures du panthéon punique et des dieux romains comme dans le cas de Saturne et de la Caelistis. En Afrique du Nord au Baal-Hamon punique et amazighe a succédé sur place un dieu appelé Saturnus (Saturne africain). Il s’agit en fait non pas d’une adoption du saturne romain, mais d’un habillage romain de Baal-Hamon, le Dieu de Carthage et des Amazighes. Le Dieu ne change pas, il est le dieu cosmique, maître du ciel dont l’emblème est le croissant somme d’un globe et flanqué d’étoiles, maître de la terre fécondé d’où ses titres « Frugifer », deus frugum, maître de l’outre tombe. Il est le dieu suprême et universel des Amazighes, vénéré dans toutes les classes sociales, mais spécialement dans le petit peuple. Les caractéristiques de Baal-hamon ne diffèrent point de ceux d’Allah et cela va servir de terroir pour la réussite de l’arianisme et de l’Islam.

La Caelistis est l’héritière de la grande déesse Tanit de Carthage. Tanit était associée à Baal-Hamon dans les textes puniques comme il ressort des épigraphies de Thinissut. Dans les textes latins de Thinissut la Caelistis apparaît comme la parèdre de Saturne. Elle était adorée par les Amazighes de condition humble citadins ou ruraux et son culte a survécu jusqu’au IV siècle après J-C par la référence même de Saint Augustin.

Au niveau de l’architecture et de l’urbanisme la romanisation a laissé sa marque dans les thermes, les amphithéâtres, les cirques et les villes. La citoyenneté romaine nécessitait une procédure de longue haleine avait été cependant accordée à certaines cités pour leur support à Rome. Depuis le règne d’Auguste jusqu’à celui d’Hadrien Rome avait renoncé à modifier les statuts juridiques des cités d’Afrique, pour ne pas altérer le système punique qui était jugé comme l’égal de celui de Rome. Les cités amazighes continuaient à être dirigées par des Suffètes selon le mode punique.

La réaction à l’occupation romaine a trouvé son expression chez les Amazighes dans l’adhésion à des idéologies hostiles à Rome. Le petit peuple amazigh des cités romanisées adhéra a la prêche chrétienne et fit du christianisme son arme contre l’hégémonie de Rome. Tant d’amazighes furent livrés à la mort pour leur refus d’honorer les Dieux de Rome. Quand l’empereur Constantin éleva l’Eglise au rang d’Eglise impériale, les Amazighes prirent le contre-pied en déclarant l’Eglise de Rome impure et se séparèrent d’elle et se réfugièrent dans l’enseignement du donatisme et béatifièrent leurs propres saints dont le saint fondateur du mouvement.

La lutte pour la liberté passait par la contestation de Rome et les Amazighes ont trouvé dans le donatisme un moyen efficace de défendre la liberté de choix et la liberté d’adhésion.

(c)LallaYetto Kushel

Bibliographie :


  • M.Benabou : La résistance africaine à la romanisation, Paris, 1976.
  • F.Decret –M.Fantar, l’Afrique du nord dans l’Antiquité, Paris, 1981.