Rapports entre la mythologie amazighe et la mythologie égyptienne

La mythologie amazighe


Il est de notoriété public et scientifique que la civilisation égyptienne est la première à émerger sur le continent Africain. La connaissance de cette civilisation a varié selon les siècles et selon le degré de connaissance des vestiges archéologiques que l’archéologie a révélés, déchiffrés et interprétés dans le cadre d’hypothèses admissibles à la communauté des égyptologues. L’Egypte historique avait pour limite au sud la Nubie qui fut contrôlée effectivement par l’Ancien Royaume ce qui lui permis d’accéder aux matières premières telle que la pierre de construction. Ce n'est que tardivement que l’Egypte recourut à la construction de fortifications dans la Nubie pour mieux maîtriser et dominer les populations qui voulaient contrôler les mines d’or. La Nubie fut alors égyptianisée en adoptant les coutumes et les croyances égyptiennes et ce n’est qu’à la 25 dynastie que les relations furent renversées quand le gouverneur de la Nubie réussit à conquérir l’Egypte.

Du coté de l’ouest l’Egypte avait pour limite des oasis repartis dans un désert inhospitalier. Mais l’Egypte avait des relations commerciales avec deux peuples de la région qui étaient les Tjehenyu et Tjemehu et envoyait des expéditions militaires pour résoudre les petits conflits qui de temps en temps faisaient surface. L’Egypte réussit sans difficulté à repousser les invasions menées par des coalitions de Libou et des Peuples de la mer jusqu’à la 20me dynastie. La 22eme et la 23eme dynastie d’Egypte furent des dynasties libyennes (945 - 715 avant J.C). Le Fayoum fut la première zone libyenne à s’intégrer définitivement et irréversiblement dans la civilisation égyptienne. La région n’est pas une oasis mais une basse terre alimentée par un bras du Nil. Les autres oasis libyenne bien qu’évoluant dans le giron égyptien ne vont pas jouer le même rôle que celui de Fayoum qui fut une résidence pour le gouvernement de l’Egypte antique.

L’Egypte présente une vulnérabilité aux invasions étrangères par le cordon de terre qui la lie à la Palestine, la Mer Rouge, la méditerranée et le désert constituant des obstacles naturels difficilement franchissables par une armée nombreuse. Ce lien terrestre entre l’Afrique et l’Asie suggéra à certains chercheurs l’hypothèse mésopotamienne des premiers envahisseurs d’Egypte vers 3400 avant J-C. C’est justement à travers le même lien terrestre que l’Egypte envoya ses armées conquérir le Levant. Les Assyriens, les Perses, Alexandre le grand, les armées musulmanes et même Napoléon Bonaparte exploita cette jonction terrestre aux mêmes fins militaires.

Comme l’Egypte était à l’écart des grands mouvements migratoires humaines, elle a pu créer des centres urbains et agricoles, produire un surplus de récolte et consacrer ses ressources à développer une civilisation unique en mettant en valeur les ressources naturelles (pierre, métaux) pour produire des monuments colossaux, des instruments, des outils et des armes uniques dans leur cachet et leur usage. En outre les Egyptiens avaient suffisamment de temps pour spéculer à propos origines de l’Univers et la création des Dieux et de l’humanité en théorisant comment et où la vie continue après la mort. C’est justement cette théorisation qui conduit aux relations qu’avait l’Egypte avec les amazighes antiques qui la bordaient par l’Ouest. L’Egyptologie par le biais de l’archéologie permet de saisir d’une manière positive l’importance de ce rôle du pays des Amazighes, de leurs divinités et de leur spiritualité. Les rapports antiques entre Amazighes et Egyptiens n’étaient pas orientés uniquement dans un seul sens mais s’opéraient dans les deux sens comme l’a clairement rapporté Hérodote au sujet des divinités d’Egypte et de la Cyrène. C’est le déchiffrement des hiéroglyphes qui permet de saisir l’importance des Amazighes dans la civilisation égyptienne. Le présent sondage étymologique se fonde sur le dictionnaire de E. A. Wallis Budge.

Amen : La main droite, le coté droit, ouest, occidental. Les Egyptiens sans doute pour s’orienter regardaient vers la source du Nil comme étant une direction privilégier ce qui laisse l’ouest du coté de la main droite. On retrouve cette orientation en Arabie antique où le Yémen (altération sans doute de Amen égyptien) correspond à la main droite en voyant le soleil se lever le matin. Ce rite du soleil levant et soleil couchant se retrouve dans le pèlerinage musulman où le pèlerin doit courir devant le soleil levant de Mina et Mouzdalifa et de contempler à son coucher au Mont Arafat, moment culminant du pèlerinage musulman.

L’antiquité du mot égyptien Amen est établie d’une manière précise à préexister la version arabe ou araméenne.

  • Amen-t : L’Ouest, le coté droit
  • Amen-t : L’oeil droit
  • Amen-t : Le vent de l’Ouest.
  • Amen-t : Inscription de Darius pour designer la rive ouest du Nil et les terres qui se trouvent à l’Ouest.
  • Amenti : Le Dieu Amenti ou bien l’Ouest.
  • Amentiu : Ceux qui sont dans l’Ouest c’est à dire les morts.
  • Amentt : L’Ouest, la résidence ou le séjour des morts qui a donné en langue copte : « Emnt »
  • Ementit : La déesse de la Terre morte
  • Amen-t-Nefer-t : Une déesse qui cache le mort.

L’investigation lexicale montre que la Terre des Amazighes située à l’Ouest du Nil était aussi la Terre où séjournaient les morts d’Egypte. Cette Terre avait une signification précise et était sous le contrôle d’un ensemble de divinités qui prenaient en charge le voyage des morts. Selon une doctrine ésotérique égyptienne de l’époque d’Akhenaton, Osiris serait né sur la terre d’Amenti( ou Amentet), d’une vierge fécondée par l’Esprit, ce dernier avait pris la forme d’un ibis (1).Selon une conception égyptienne Amenti seraient, en plus de sa situation à l’Ouest de l’Egypte, issues toutes les traditions ésotériques égyptiennes. Ce qui corrobore le témoignage d’Hérodote et la présence à Siwa du temple d’Hamon (Ammon)…

Osiris aurait été poursuivi par son frère Seth qui l’avait rattrapé, tué, lacéré en lambeaux qu’il aurait dispersés qu’Isis et Nephthys auraient rassemblés. Trois jours plus tard Isis mis au monde le fils d’Osiris appelé Horus qui est le soleil levant. La naissance d’Horus était célébré le 6 janvier (l’Egypte avait le calendrier solaire que Jules César adapta sous l’influence de Cléopâtre et c’est ce calendrier qui reste en usage dans l’Eglise orthodoxe, alors que le Grégorien a été reformé au XVIe siècle pour parer à la dérive des saisons : la fête de Noel Orthodoxe est différente de celle des Catholiques).

L’eau du Nil était supposée changer en vin en ce jour de l an. Mais Osiris est aussi le Créateur de toute chose, le Souverain Bien, l’Etre bon ( Oun Nofer en égyptien), la lumière éternelle dont le domaine se situe au-delà des 7 cieux,qui sont gouvernes chacun par une planète. C’est dans le domaine d’Osiris que vivent les âmes immortelles, mais il arrivait à certaines d’entre elles de descendre vers l’un ou l’autre des sept cieux planétaires, revêtant des enveloppes de plus en plus pesantes et opaques à mesure qu’elles descendent plus bas. Certaines sidérées par les séductions de la matière sublunaire, descendent même jusqu’à la Terre, qui est le lieu des désires, de la douleur, de la mort. Emprisonnées dans le corps d’un homme ou d’un animal, ces âmes perdent jusqu’au souvenir de leur origine céleste, aspirant plus ou moins lucidement à le réintégrer, mais pour se faire il faut avoir mener une vie vertueuse, celles qui ne l’auront pas mener se verront alors mener un séjour à la Terre d’Amenti (Amentet). Ce séjour serait plus au moins long en Ameti (Amentet), se réincarneraient dans un autre corps, peut être plusieurs fois de suite, jusqu’à ce qu’elles aient une vie méritant l’ascension vers la Lumière d’Osiris.

Il faut noter qu’Amenophis IV appelle son Dieu Aton au moins pour les besoins du culte ésotérique qu’il avait institué. Mais pour les initiés Aton n’était autre qu’Osiris dont les autres dieux du panthéon égyptien n’étaient en réalité pas distincts, n’étant en fait que les divers aspects et diverses manifestations du Dieu unique. On retrouve cette influence égyptienne sur la Cabbale, la gnose hébraïque apparue à la fin du premier siècle après J-C et la correspondance entre Elohim ( un pluriel) et Osiris et Jehovah ( YHWH) dont il est interdit aux Juifs de prononcer le nom que l’on remplace en conséquence notamment par Adonaï, le Seigneur, ce qui est proche d’Aton, mais aussi d’Adonis et du grec Athanatos qui veut dire immortel en grec.

L’influence de la tradition égyptienne sur la spiritualité de tous les peuples a été sciemment minimisée par les auteurs qui défendaient soit le judaïsme soit le christianisme. Avec les découvertes de Nag Hammadi la perspective historique a complètement changée. L’influence des idées de Zarathoustra le grand, des babyloniens, des philosophes grecs notamment le Timee et les juifs hellénisants a préparé le terrain à l’émergence des sectes chrétiennes, du judaïsme rabbinique et de l’Islam.

L’influence qu’exercèrent les mystères d’Isis et d’Osiris sur les penseurs amazighes comme Apulée, Lactance, Saint Augustin, Synesius etc... et sur les cités comme Carthage et autres cités puniques montre que la spiritualité ne connaissait pas de barrière linguistique ou géographique. Curieusement la mention d’un amazighe, Simon de Cyrène, dans les Evangiles chrétiens montrent que les penseurs amazighes avaient été actifs dans la longue gestation qu’a nécessité la préparation et l’édition des écritures canoniques en l’an 326 lors de la réunion du premier Concile de Nicée.

Extrait de "La spiritualité amazighe" LallaYetto Kushiel

Bibliographie


  • E.A Wallis Budge: An Egyptian hieroglyphic Dictionary (2 vol.)

Dover Publications ed. New York, 1978

  • (1) marthe de Chambrun-Ruspoli « L'épervier divin » Mont Blanc, Genève 1969