Munuza

Munuza était le gouverneur amazighe du Nord de l'Hispanie, dont l'affrontement avec Pélage des Asturies marque en partie la génèse de la Reconquista.

Depuis 711, les Imazighen occupaient la péninsule ibérique, et continuaient lentement à avancer vers le Nord, au-delà des Pyrénées, si bien qu'en 725, ils avaient déjà conquis le Languedoc et une grande partie de la Bourgogne actuelle et allaient entrer au cœur du territoire franc.

Grâce à l'intervention du duc d'Aquitaine, Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, les premières tentatives furent repoussées. Il pris alors pour allié Munuza (Othman ibn Naissa ou Othman ben Abou Neza) dans le but de faire face aux troupes musulmanes mais surtout à l'ennemi franc Charles Martel. Munuza était le gouverneur amazighe de la Catalogne et de la Septimanie (le Languedoc-Roussillon d'aujourd'hui) et ancien compagnon de Tariq ibn Ziad. À la suite du succès des grandes révoltes berbères d'Afrique du Nord contre la tyrannie du pouvoir arabe, il avait voulu mener la lutte de ses frères sur le sol d'Espagne. Ce qui explique son ralliement au duc d'Aquitaine en épousant sa fille Lampagie (ou Lampade).

Suite à cette alliance, l'Aquitaine se retrouvait tranquille sur son flanc sud pouvant dès lors faire face aux ambitions de Charles Martel. Munuza, maître de toute la ligne des Pyrénées, probablement jusqu'à l'Elbe, contrôlait la frontière entre les domaines musulman et chrétien, coupant la faible garnison arabe de Narbonne et de Septimanie de toute communication avec l'Espagne.

Le gouverneur arabe Abd er-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi, conscient que cet avant-poste arabe ne tiendrait pas longtemps, envoya un chef syrien Gedhi ben Zeyan contre Munuza qui ne put recevoir de l'aide du duc Eudes lui-même occupé par Charles Martel sur la Loire. Munuza fut obligé de se retrancher dans une ville du pays de Cerdagne appelée anciennement Castrum Liviae (sur son emplacement fut construite la ville de Puycerda). Munuza réussit à s'en échapper avec sa femme Lampagie et se réfugia dans les montagnes. D'autres versions racontent qu'il se réfugia directement dans les montagnes de peur de se laisser enfermer dans la ville.

Abadonné par les imazighen, il fut ratrappé par les troupes d'Abd er-Rahman. On raconte que Lampégie était trop fatiguée pour s'enfuir et qu'il refusa de l'abandonner. Selon les versions, il préféra se jeter du haut d'une falaise ou il combatit héroïquement. Sa femme fut envoyée comme présent au Calife de Damas.

Dans la foulée, Abd er-Rahman lança une expédition punitive contre les Aquitains. Il engagea donc en 732 une importante offensive au travers de la frontière franque, dans le but, entre autres, d'aller piller le sanctuaire de Saint-Martin de Tours.

Battu à Bordeaux, le duc Eudes ne put les arrêter seul, et demanda à Charles de venir à son aide. Le 19 octobre 732, les armées de Charles et du duc réunies faisaient face à la razzia à Moussais, sur l'actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Tours et Poitiers. Charles fit tout pour éviter l'affrontement mais encouragea le pillage aux alentours, ce qui eut pour double effet de saturer de butin les Sarrasins les rendant moins mobiles. Après six jours d'observation, la bataille s'engagea le 25 octobre et fut assez brève. Charles tua leur chef Abd el Rahman, ce qui décida les troupes sarrasines à prendre le chemin du retour. Selon d'autres sources, Abd el Rahman n'aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée à Louchapt au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733.

"Histoire d'Espagne". Rosseeuw Saint-Hilaire.