Midrarites

Histoire des Imazighen Maknassa Banu Wasul qui régnèrent sur Sidjilmassa appelés aussi dynastie Midrarites.


Origines

Les fuyards et réfugiés kharijites arabes avaient trouvé en Afrique du Nord un excellent refuge à la persécution du Khaliphat. Les Imazighen leur assuraient une protection et une assistance sans faille. L’égalitarisme amazighe colla très tôt à l’égalitarisme prôné par les doctrines kharijites notamment au niveau du statut du chef de la communauté musulmane. C’est celui qui a les qualités morales indépendamment de son ethnicité qui sera choisi pour diriger la communauté des fidèles. Dans le cas où celui-ci manque à son devoir de chef de la communauté de cette dernière le punit et le remplace par un autre. Les Imazighen préféraient un Chef élu de cette manière à celui d’un Khalife qu’ils n ont jamais vu ou connu et qui se trouvait soit à Damas ou soit à Koufa ou Bagdad.

Par nature l’amazighe était un opposant à un pouvoir étranger et très tôt les néophytes amazighes maknassiens se précipitèrent sur les contrées voisines et secondèrent Maysara dans la révolte qui bouleversa le Maghreb et posa un problème moral d’égalitarisme pour la distribution du butin de guerre entre combattants musulmans les uns d’origine arabe les autres d’origine amazighe. Une quarantaine de chefs maknassiens adhérèrent à la doctrine kharijite et élirent Aysa ben Yazid Alaswed à leur tête en tant que chef de la communauté et fondèrent la ville de Sidjilmassa en l’an 757-58.

Le comportement d’Aysa causa un mécontentement général ce qui poussa la communauté à le destituer et à le punir en lui ligotant les mains et pieds et en le laissant sur le sommet d’une montagne jusqu’à ce qu’il mourut. Un châtiment exemplaire digne de la doctrine kharijite. Les Maknassa se rallièrent alors autour d’un chef naturel AbdelQasem segmu Ben wasul Ben Maslan Ben Abi Izzul. Segmu exerça le commandement pendant 12 ans et mourut subitement en l’an 783,4 ans après avoir quitté le pouvoir. Tout en étant kharijite il prononça la prière au nom du Khalife abbasside Almansour et Al mahdi. Sans doute l’origine amazighe de la mère du Khalife Almansour, le fondateur de Bagdad est-elle prise en ligne de compte pour qu’il y ait eut une telle dérogation doctrinale?

L'essort de la dynastie

Le fils de Segmu nommé ELYAS et surnommé le « Vizir » fut élu chef de la communauté pour succéder à son père. L’élection est un principe de base dans le kharijisme. En l’an 790-91 ALYAS fut déposé et remplacé par son frère Abu Mansour Alisa, fils d’Abu Alqasem. Au cours de ses 34 années de gouvernement il entoura la ville de Sidjilmassa de murs défensifs.

C’est aussi au cours de ce règne que la dynastie des Wasul prit de la consistance et que la construction de Sidjilmassa fut achevée avec des Palais et des édifices publics. Abu Mansour Alisa étendit son pouvoir vers le sud pour couvrir le pays de Draa qui lui rapportait en plus des taxes et impôts sur l’agriculture, d'autres revenus issus de taxes relatifs aux activités minières. Il maria son fils Midrar à Arwa, la fille d’Abderrakhman ben Rustum le seigneur de Tiherte. Il mourut en l’an 823-4.

Midrar, le Midrarites

Midrar surnommé Almuntasser succéda à son père et jouit d'un long règne. C’est à ce niveau que l’élection n’avait pas eu lieu et c’est l’hérédité dynastique qui inaugura le procédé de transmission du pouvoir. La dynastie prit alors le nom de Midrarite au lieu de Banu Wasul. Midra eu deux fils dont l’un était d’Arwa la rustomite et l’autre de sa mère Altiki ( Thakya selon Al bakri). Une guéguerre éclata entre le père et les deux fils et finalement ce sont les Maknassa qui tranchèrent pour Maymoun le fils d’Altiki. Midra mourut en l’an 883-4 et c’est son fils qui lui succéda.

Alisa fils de Midrar succéda à son père ( Les deux fils de Midrar s’appelaient en fait Maymoun on ne les distinguait que par le nom de leur mère, la rustamite et Altiki. Quand ces trois princes moururent c’est un autre fils de Midrar, le troisième qui fut porté au trône et qui n’est ni le fils d’Arwa la rustamite ni le fils d’Altiki. Ubayda allah accompagné de son fils Abul Qasem tenta de prêcher clandestinement à Sidjilmassa, mais Alisa bien informé incarcéra les deux têtes pensantes des Fatimides.

Abu Abdallah le Shiite qui venait d’occuper Raccada et de renverser les Aghlabides se mit en marche contre Sidjilmassa pour délivrer les deux augustes prisonniers. En l’an 908-9 Abu Abdallah le shiite emporta d’assaut Sidjilmassa et Alisa y trouva la mort. A l’issue de la prise de la ville et de la libération des prisonniers figures de proue des Fatimides, Ubayd allah prit le titre de Mahdi officiellement et repartit pour l’Ifriqya en confiant Sidjilmassa au gouverneur Ibrahim Ben Ghalib Almezzati de la tribu amazighe des Kottama.

Deux années plus tard une révolte des Maknassa se solda par la mort des fonctionnaires Kottama et la proclamation de la souveraineté d’Al Feth petit fils de Midrar. Al Fath surnommé Wasul était le fils de Maymoun fils d’Altiki et professait l’ibadisme. Il mourut et lui succéda sur le trône son frère Ahmed Ben Maymoun jusqu’à l’an 921-2 quand Massala Ben Habbus ( le Maknassa au service des Shiites fatimides ) déposa Ahmed Ben Maymoun et nomma Al Mo'tazz qui était le cousin du souverain déposé. Juste après sa nomination Al Mo'tazz fils de Mohammed fils de Bessader fils de Midrar se déclara independant. Il mourut en 933 peu avant la mort du Mahdi Fatimide.

Abu Almuntaser Muhammed, fils et successeur d’ Al Mo'tazz mourut au bout de dix jours et son fils Almuntaser Segmu lui succéda. Comme ce prince était très jeune, c’est sa grand-mère qui s’empara des reines du gouvernement; mais au bout de deux mois elle se les laissa arracher par Mohammed fils d’Alfeth et petit fils de Maymoun. Pendant ce temps, au cours des dernières années les Fatimides avaient due combattre Ibn Al Afya et comprimer les mouvements de Tahirte et d’autres rébellions.

Les derniers souverains

Ils concentrèrent leurs efforts sur la conquête de l’Egypte. Mohammed le Midrar profita de ce répit pour se rendre indépendant. Il colora cette démarche en faisant proclamer la prière au nom du khalife Abbasside et rejeta la doctrine du kharijisme. Il proclama l’orthodoxie sunnite et prit le titre de Ac-chaker Lillah (le reconnaissant envers Dieu ). Il fit battre une monnaie portant son nom et son titre appelées Dirhems chakeriens que rapporte Ibn Hazm dans sa chronique. Ibn Hazm rapporte au sujet de ce prince les renseignements suivants : Il gouverna avec justice admirable; mais quand les Fatimides furent parvenus à comprimer les révoltes qui avaient occupé jusqu’alors leur attention il se vit menacer par Djuher Al kateb, général de Mo'ezz LiDini'llah Madd, qui en l’an 958-9 marcha contre le Maghreb à la tête d'une armée composée de Ketemiens (Kottama), senhajiens (Sanhadja) et de troupes auxiliaires.

Sidjilmassa succomba et Mohammed ben AlFath se refugia dans Tasgedat, forteresse située à quelques miles de la capitale, mais il fut reconnu et dénoncé par un homme de la tribu de Malghara. Djuher le fit arrêter et envoyer à Kairouan avec Ahmad ben bakr seigneur de Fès; puis il s'y rendit aussi.

Les émissaires des Omeyyades parvinrent ensuite à soulever le Maghreb contre les Fatimides et faire reconnaître aux Zenata la souveraineté d’Al hakem al Mustanser bi'llah. En l’an 963, il fut détrôner par son frère Abu Mohammed qui prit le titre d’AlMo'tazz bi'llah. Sous son règne la puissance des Maknassa tomba en décadence et céda devant celle des Zenata.

La Fin des Midrarites

En l’an 976-7 Khazrun ben Falful prince de la tribu des Maghrawa, marcha contre Sidjilmassa, défit l’armée qu’abu Mohammed al Mo'tazz avait envoyé à sa rencontre et s’empara de la ville et du trésor royal. Abu Mohammed mourut sur le champ de bataille et sa tête fut envoyée à Cordoue avec la dépêche qui annonçait cette victoire. Khazrun obtint le gouvernement de Sidjilmassa et pour la première fois dans l’histoire la prière au nom d’un Khalife omeyyade fut prononcée dans tout le Maghreb Alaqsa. Dès alors la puissance des Midradites et des Maknassa disparut tout à fait et fut remplacée par celle de leurs cousins lointains les Maghrawa et les banu Yafren.

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