Mérinides


LES MERINIDES

Venant du Grand Sud, amazighs de la branche Zénète, les Beni Merine ou Mérinides étaient originaires des hauts plateaux et des confins sahariens. À l'origine ils étaient des nomades du nord Sahara. La désertification progressive de la région et l'avancée des tribus amazighs d'Ifriqiya les repoussèrent vers l'est de l'Afrique du nord (Maghreb). En 1215, les mérinides virent l'occasion d'attaquer les Almohades lorsque le très jeune calife almohade de 16 ans Yûsuf al-Mustansir prend le pouvoir en 1215; la bataille a lieu sur la côte du Rif; c'est une déroute pour les Almohades. Ensuite, à partir de 1216, profitant de l’affaiblissement du pouvoir Almohade, ils pénètrent dans les régions situées au Sud du Rif et, le centre de leur nouveau domaine se situa entre Taza et Fès. Abd al-Haqq meurt au cours d'un combat victorieux contre les Almohades (1217), son fils Uthman ben `Abd al-Haqq lui succéde comme émir des mérinides. Poursuivant leur progression vers le centre du Maroc, ils exigent un tribut des sédentaires apeurés. Les villes de Taza et de Fès monnaient leur départ. Les ambitions des premiers Mérinides semblent alors se limiter à la domination des plaines riches et à « la récolte » de l’argent. Les Mérinides prennent possession du Rif et semblent vouloir en rester là. Ce sont au contraire les Almohades qui prennent l'initiative de vaines contre-attaques. `Uthman ben `Abd al-Haqq est assassiné par l'un de ses esclaves chrétiens (1240), son frère Muhammad ben `Abd al-Haqq lui succéde comme émir mérinide.

Fin des Almohades

Tandis que les Almohades réagissent à la pression mérinide en 1244, ces derniers abandonnent rapidement les riches terroirs du Maroc central et regagnent le Sud pour peu de temps. La même année Muhammad ben `Abd al-Haqq, l'émir mérinide est tué par un officier des milices de mercenaires chrétiens, Abû Yahyâ ben `Abd al-Haqq, le troisième fils de `Abd al-Haqq, lui succède comme émir mérinide. A partir de l’année suivante, conscients de l’affaiblissement croissant des Almohades, les mérinides reprennent leur marche vers le nord, déclenchant ainsi un processus qui ne s’arrêtera qu’avec leur victoire obtenue grâce à l’alliance ou l’aide des autres tribus du groupe Zénète et celle des Sanhadja. Cette alliance et cette aide compensaient leur infériorité numérique. A leur tête se trouvait Abou Yahya Abou Bakr (1244-1258), premier grand émir mérinide. A partir de la même année (1244) la conquête mérinide systématique du Maroc était déjà bien entamée avec, pour nouvelle capitale, Fès. Les Almohades se trouvaient alors isolés dans leur fief de Marrakech. En 1269, Marrakech est prise et c'est la fin de la domination almohade dans le Maghreb occidental. Les mérinides renoncent toutefois à installer le pouvoir à Marrakech, ils préfèrent édifier une ville nouvelle Fès-Jdid en 1276, c'est une ville nouvelle à côté de Fès qui apparaît plutôt comme un nouveau quartier de Fès par opposition à Fès l'Ancienne (Fès al-Bali). Les mérinides s'emparent de Sijilmassa. (1274) La plupart des souverains mérinides confirmeront ce choix de capitale, Fès supplantera Marrakech durant de nombreuses années. Marrakech sera déserté par ses artisans, ses savants, ses artistes et intellectuels qui partiront à Fès.


Dinar période mérinide

L'Espagne et l'Afrique du Nord

Les souverains Mérinides tentèrent de soumettre à leur domination les territoires Espagnols et Nord Africains (Maghrébins). Leur campagne en Espagne fut celle qui eut la plus grande signification. Le royaume nasride de Grenade, menacé par la reconquête chrétienne et surtout castillane, avait fait appel aux mérinides, qui depuis 1275 avaient participé activement au secours du royaume de Grenade. Mais en 1340 leur défaite à la bataille de Tarifa ou (Bataille du Salado) devant la coalition Castillano-Portugaise marqua la fin de leurs interventions dans la péninsule Ibérique. Ainsi, ils perdaient les territoires conquis ou sous influences que leurs prédecesseurs les Almoravides et les Almohades avaient eut tant de mal à dominé.


Tlemcen, gravure ancienne

Toutefois, l'intervention des sultans mérinides permit aux Nasrides de se maintenir à Grenade jusqu'à la Reconquista de 1492. En Afrique du Nord, les Mérinides s'opposèrent durant des décennies à une dynastie amazigh qui régnait à Tlemcen, celle des Abdelwadides, ce fut une lutte constante où Tlemcen la capitale des Abdelwadides fut assiégé et conquise, parfois les mérinides eurent le durent lever le siège face à des révolutions de palais, comme la mort d'un sultan. Les mérinides eurent de bonnes relation au début avec l'autre dynastie amazigh d'Afrique du nord, celle des Hafsides qui dominait la Tunisie actuelle. Abu al-Hassan, le plus grand souverain mérinide épousa même la fille de l'émir Hafside, ce qui ne l'empêcha pas plus tard de lui déclaré la guerre. Ainsi, les mérinides avec leur plus grand souverain Abu al-Hassan, connurent des succès sur le sol nord africain: prise de Tlemcen en 1337, de Tunis en 1347. Sa défaite de Kairouan, l'année suivante, le refoula au Maroc. Abu Inan Faris, initialement en révolte contre Abu al-Hassan, son père et prédécesseur, entreprit à son tour la conquête des territoirs nord africains à partir de 1357, auquel il dut renoncer en raison du soulèvement des Arabes. La disparition d'Abu Inan Faris marqua le début du déclin des Mérinides.

Décadence

En 1349, Abu Inan Faris, fils du sultan et d'une esclave chrétienne convertie, tenta de redonner au pays son unité perdue, il voulait refaire la grandeur mérinide. Plusieurs de ses expéditions militaires furent couronnées de succès lui permettant de reprendre Tlemcen, Constantine, Bône et même Tunis, villes qu’il conserva moins longtemps que son père Abu al-Hassan, ne s’y maintenant que quelques semaines tout au plus. mais en vain. Il meurt en 1358 assassiné par l'un des vizirs, il n'avait pas d'héritiers, cette évènement marquera la décadence des Mérinides, A sa mort, le royaume se morcelle progressivement en deux grandes principautés mérinides : le Nord où règnent de Fès une succession de régents de la tribu Béni-Wattas, et le Sud où gouvernent de façon peu contraignante une Marrakech, désertée, pillée et devenue cité de second rang, les Hintatas en accord avec les maires Wattassides.

Pendant plus d’un siècle, jusqu’en 1465, l’anarchie la plus complète régna, engendrée par les intrigues de palais, par la déposition et l’assassinat de sultans. En effet, parmi les dix-sept sultans qui « succédèrent » à Abu Inan Faris, sept furent assassinés et cinq déposés, le pouvoir étant véritablement entre les mains des vizirs Wattassides apparentés aux Mérinides. La dislocation territoriale, avec des régions entières se rendant quasiment indépendantes (dans le Souss, le Tafilalt, le Rif, …) et les invasions étrangères, contribuèrent également à la décadence mérinide. Les différents sultans qui ce succèderont durant cette période troublé ne parviendront pas à refouler les Portugais et les Espagnols, leur permettant, ainsi qu'à travers leurs continuateurs les Wattassides, de s'installer sur la côte. La résistance s'organisera autour des confréries et des marabouts dont sera dérivée la dynastie amazighe des Saadiens.

Entre temps, une dynastie de vizirs s'installera et prendra complètement le pouvoir au détriment du dernier sultan mérinide instaurant ainsi la dynastie éphémère des Banû Wattas.

L'Oeuvre Mérinide

L’héritage mérinide dans le domaine des arts s'avère monumental, réservant une place toute particulière aux édifices religieux. Les sultans mérinides entreprirent la construction de nombreuses mosquées et medersas, ils cherchaient par tous les moyens à se donner un rôle dans la propagation de l’Islam, en se montrant les bienfaiteurs de l’Islam, ainsi ils espéraient acquérir par là une « légitimité islamique ». Car, une de leur faiblesse politique fut qu’à la différence des Almoravides ou des Almohades ils n’étaient pas des réformateurs religieux, d'autant plus que les Beni Merin ne furent jamais numériquement aussi important que ne l'avait été les Almohades issus des Masmouda. En d'autre termes; les mérinides n’avaient aucun prestige religieux. Ils étaient désireux de donner à leur pouvoir une légitimité islamique qui compenserait leur absence de prestige religieux, les Mérinides réalisèrent un laborieux programme de fondations religieuses. Abou Youssef Yacoub fut un grand monarque et il inaugura à Fès les premières médersas, les écoles coraniques destinées à lutter contre le chiisme. Les mérinides furent de grand bâtisseurs, ils fondèrent de nombreuses zaouias ou édifices religieux appartenant à une confrérie religieuse (comme Anemli à Taza ou al-Nossak à Salé), ainsi que de nombreuses mosquées et oratoires de quartier et l’institution de medersas. Chellah, nécropole des « combattants de la guerre sainte » affirme et glorifie la politique de « jihad » de la dynastie. C'est de l'époque mérinide que date la plus illustre des universités marocaines, la Karaouiyne dont le rayonnement atteignait le cœur de l'Europe.

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