Lien mitochondrial entre les Samis et les Amazighs

Du fait de la transmission exclusivement par les femmes et de l'absence de recombinaison de l'ADN mitochondrial, son étude dans les populations humaines a permis de retrouver des lignées monophylétiques appelées haplogroupes et d'analyser leur répartition dans les populations du monde entier. Ainsi, l'expansion des groupes humains partis d'Afrique et se dispersant sur la planète a été analysée. L'histoire de certaines migrations a pu être reconstituée.

Une équipe de Pavie (Italie), en collaboration avec d'autres chercheurs européens, s'est d'abord intéressée à l'haplogroupe H qui, de la Péninsule ibérique, s'est répandue en Europe en se diversifiant en de nombreux sous-groupes. Puis, en étudiant l'haplogroupe U, ces chercheurs viennent de faire une découverte inattendue. Dans le sous-groupe 5, ils furent surpris de trouver une séquence presque identique chez un Sami de Sibérie et un Poullo du Sénégal (ou Peul pour la dénomination française). En poussant plus loin leur analyse (en l'étendant à 11 séquences adjacentes), ils purent faire les observations suivantes dans le même sous-groupe, on trouve à la fois des Berbères et des Samis (qui préfèrent ce nom à celui de Lapons) et, d'après l'horloge moléculaire, l'origine commune remonterait à 8 000 ans environ. Comment des populations aussi dissemblables peuvent-elles avoir une origine commune?

Les Berbères ont peuplé l'Afrique de Nord bien avant les Arabes et ils avaient établi des liens commerciaux des côtes méditerranéennes aux régions sahariennes. À 9 000 km de là, les Samis occupent les régions du nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et de la Russie où ils ont dû être peu à peu refoulés et où beaucoup se consacrent (avec bien des difficultés) à l'élevage du renne. On sait qu'à la fin de la période glaciaire, de la région du refuge franco-cantabrien sont partis de nombreux groupes humains qui ont repeuplé l'Europe centrale et l'Europe du nord il y a environ 15 000 ans. Les ancêtres des Berbères et des Lapons seraient restés plus tard et se seraient dirigés, les uns vers le nord et les autres vers le sud en passant par le détroit de Gibraltar. Quant aux Peuls, leur origine est encore incertaine, mais celle d'une dérivation berbère est l'une des plus probable, ce que cette étude vient conforter. On le voit, l'ADNmt recèle encore bien des secrets.