Les Voleurs Du Tresor Royal

Il était une fois un Aguellid qui avait des filles, toutes en âge de se marier et désirant un époux. Un jour l'Aguellid prit son parti et les fit appeler. Quand elles furent devant lui, il leur dit :

" Mes filles, je veux faire quelque chose à votre intention."

- Et quoi donc, mon père? Répondirent les princesses.

- Je vais faire fabriquer des pommes d'or; celle qui voudra (tel ou tel pour) mari lui jettera la pomme.

- Parfait! Répondirent-elles.

Le Aguellid envoya quérir un juif qu'il aimait particulièrement. Dès que le juif entra il lui dit :

" Fais-moi faire sur-le-champ des pommes d'or."

Le juif s'éloigna, fit immédiatement les pommes et les remit à l'Aguellid. Celui-ci commanda alors qu'on réunit sans retard le conseil, et s'adressant à ses filles :

"Voici les pommes, que chacune jette la sienne sur l'époux de son choix."

Ainsi firent-elles. Quand le conseil fut réuni, la première jeta la pomme au vizir, la seconde au Qaid et la troisième au Qadi de la ville; toutes se marièrent donc. Leur père le Aguellid, leur fit une noce splendide.

Or il arriva que deux voleurs s'introduisirent dans le palais et pillèrent le trésor royal. L'Aguellid étant allé passer la revue de ses richesses, s'aperçut du vol. Il fit appeler le juif :

"Juif, dit-il, des voleurs ont pénétré jusqu'à mon trésor; ils ont enlevé tout l'argent, des sommes immenses!"

-Sire, il faut cacher dans le sol, tout à l'entrée, quatre jarres remplies de poix.

L'Aguellid fit ainsi; près de la porte du trésor, il cacha jusqu'au cou quatre grandes jarres pleines de poix. Les voleurs vinrent, l'un d'eux tomba dans une jarre et ne put s'en dégager. Alors son compagnon lui coupa la tête, et l'emporta, abandonnant le corps mutilé. Au matin, le juif alla pour visiter les jarres et trouva le décapité. Il s'en fut vers l‘Aguellid :

"Sire, il y en a un de pris; seulement il n'a point de tête."

Les gens due l’Aguellid tirèrent le corps de la poix; mais personne ne sut reconnaître un cadavre auquel manquait la tête. "Eh bien! fit le juif, qu'on l'accroche à une porte de la ville avec des gardes qui veilleront nuit et jour; nous verrons! Cependant l'autre voleur acheta quatre vieux boucs à grandes cornes et attendit que la nuit fût venue. Alors il prit les boucs, leur garnit les cornes avec des cierges allumés et les chassa vers le lieu où était exposé le mort. Les gardes effrayés se sauvèrent; le voleur se saisit du corps de son compagnon et s'en alla l'enterrer. Quand le soleil se leva, le cadavre avait disparu. Le juif avertit le Aguellid. Or les gardes s'étaient réfugiés dans un lieu d'asile, craignant la colère du prince. Celui-ci leur promit grâce; ils vinrent lui conter toute l'affaire, furent pardonnés et reçurent un vêtement.

Le juif conseilla alors de parer l'autruche du palais avec dix rubis et la lâcher dans les rues de la ville; lui se chargeait du reste. On suivit ce conseil, et l'autruche toute brillante de rubis fut poussée hors du palais. Le juif la suivait, épiant de toutes parts. Le voleur, dès qu'il eut vu l'autruche, flaira le piège; et à son tour il surveilla le juif tant que, le jour fini, il mit la main sur l'animal et l'emmena, laissant le juif tout hors de lui. Le juif alla dire à l'Aguellid:

"Sire, l'autruche est perdue."

- alors que vas-tu faire? demanda l'Aguellid.

- Monseigneur, dites à deux vieilles femmes de parcourir les maisons de la ville; si elles trouvent dans quelques-unes de la graisse d'autruche, c'est que le ravisseur y aura introduit l'animal et l'aura tué.

L'Aguellid choisit deux vieilles rusées, leur donna commission, et elles s’en allèrent de maison en maison. L'une d'elles arriva chez le voleur et trouva sa femme:

"Madame, fit-elle, je cherche de la graisse d'autruche. Quel service vous me rendriez de m'indiquer où en trouver, ou si vous en avez, de nous en céder!"

La femme se leva et lui apporta de la graisse d'autruche; et la vieille se retirait quand le voleur entra:

"Qu'as-tu là?" dit-il à la vieille.

- De la graisse d'autruche, seigneur.

- rentre un peu.

Il la tua et l'enterra dans la maison; puis il battit sa femme.

Cependant le juif attendait; et il ne voyait venir ni vieille ni graisse d'autruche. "Faites, dit-il encore à l'Aguellid, une grande fête où toute la ville prendra part."

L'Aguellid consentit. La fête fut magnifique, et grands et petits vinrent. Elle se prolongea toute la nuit. Le juif excitait les échansons, et le vin coulait à flots; lui, s'en allait de groupe en groupe, surprenant les confidences de l'ivresse; il entendit quelqu'un se vanter d'avoir volé l'Aguellid, d'avoir mis son trésor à sac, d'avoir pris son autruche. Le juif, ne s'éloigna plus, et dès qu'il vit que le bavard, vaincu par l'ivresse, fut endormi, il prit un rasoir et lui rasa toute la barbe. Puis il fit mettre des gardes à toutes les portes du palais, et, plein de joie, but à son tour et s'enivra criant:

"Je tiens mon gaillard!"

Le sommeil lui vint bientôt et s'appesantit peu à peu sur toute la fête. Après quelques temps, le voleur s'éveilla; il sentit son menton irrité du feu du rasoir. Alors il se leva, et chercha le juif au milieu des gens endormis; il prit son rasoir et lui enleva toute la barbe; il alla raser aussi les sentinelles et s'échappa. Quand le jour parut, le juif courut chez l'Aguellid:

"J'ai notre homme!"

-Amène le!

-Sur l'heure. Répondit le juif.

Il retourna au lieu de la fête; les gardes étaient à leur poste, tous sans barbes; mais il ne ramena qu'eux sans barbe.

"Hélas! dit-il à l'Aguellid, j'avais rasé le coupable pour le reconnaître, et je vois que tes gens sont aussi rasés."

Alors l'Aguellid lui dit:

"Mais ta barbe, Ô juif, où s'en est-elle allée?"

Le juif passa la main sur son menton et pâlit. On le tua.

FIN

Adapté du recueil de Rochemonteix, publié en 1889.

  • NB:

  • Aguellid = Roi

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