Les-Sacrifices-chez-les-Amazighs-avant-l-arrivee De L Islam

Les sacrifices chez les Amazighs avant l’arrivée de l’islam

Aussi bien la mythologie que les religions phéniciennes sont très mal connues par manque de documentation. Les seules connaissances ont été données par des auteurs antiques tardifs. Au sujet des sacrifices, la documentation manque aussi, mais ils peuvent être approchés par les données archéologiques. Le nom générique en phénicien punique du sacrifice est « Zbh » l’équivalent de l’Ougaritique « Dbh » que l’on retrouve dans l’hébreu biblique « Zbh » et l’arabe coranique « DzBH ». Les inscriptions de Karatepe mentionnent les sacrifices des animaux à l’occasion de certaines fêtes de l’année, ce qui permet de conclure que les sacrifices n’étaient pas des solennités d’origine sémitique. À la lumière des textes d’Ugarit et d’Emar que les Phéniciens pratiquaient des sacrifices d’animaux avec une partie consacrée à la combustion et le partage du reste entre l’offrant et l’officiant ainsi qu’un repas en commun. À Carthage, au IVe et IIIe siècle avant J.-C., les tarifs sacrificiels règlent la pratique des sacrifices nommés « Sw’ », « Kll » et « Slm kll », mais ne traitent expressément ni du sacrifice « Molk » d’un enfant ou de son substitut animal, ni des sacrifices « ‘Lt » et « Mhnt » mentionnés ensemble à l’époque romaine dans une inscription néopunique d’Althiburos à mi-chemin entre Maktar et Kef en Tunisie (Donner-Rollig).

L’absence de textes ne permet pas d’avoir une idée sur la cohérence du système des sacrifices, ni de représenter le déroulement et le rituel.

L’iconographie des stèles et les inscriptions latines d’Afrique du Nord permettent de combler ces lacunes au moins en ce qui regarde les sacrifices individuels offerts en vertu d’un vœu ou d’une exigence divine révélée par un rêve.

Les rites sacrificiels exigent comme préliminaires la décoration d’un autel et la préparation de l’animal à sacrifier. Cela exige également la présence d’un officiant et un offrant ou de son délégué.

Les reliefs des stèles de l’époque romaine en Afrique du Nord révèlent des autels parés de guirlandes entourés de palmes et flanqués de deux lampadaires qui suggèrent que le sacrifice ait lieu la nuit.

L’exemple de la stèle de N’Gaous (Nicibus), un bourg situé à 80 km au sud de Sétif (Algérie) montre qu’au IIIe siècle après J.-C., les parents, dans le but de sauver la vie de leur fils, offraient un sacrifice de substitution. L’exemple de l’inscription latine de la stèle de N’Gaous est édifiant :

  • magnum sacrum nocturnum mor (c) homor ou mochomor ou encore molc (ho) mor dont le dernier mot est une tentative de translittération du punique « Mlk’mr », c’est-à-dire « Molk ».
  • Les formules rituelles anima pro anima, sanguine pro sanguine, vita pro vita et agnum pro vicari utilisées révèlent la pratique du sacrifice de substitution. Cette pratique n’a jamais disparu puisqu’elle fut recyclée par l’Islam.

Les animaux à sacrifier étaient sans doute lavés, bien nourris puis parés avec soin. Jusqu’à aujourd’hui, le bélier de la fête de l’Aïd El Kébir en Afrique du Nord est décoré par les tâches de henné et un foulard de couleur vive lui ceint le collier ; avant de l’égorger, il reçoit une ration d’orge.

Les stèles puniques de Carthage montrent le bélier comme l’animal de prédilection du sacrifice conduit en procession solennelle, tenu par une corne ou porte dans les bras de l’officiant, entouré du sacrificateur et des porteurs des outils rituels : hache et couteau ainsi que des offrandes (vases de vin et d’huile). L’animal à sacrifier est précédé de joueurs de flûte visibles sur les stèles de Henchir Touchine (Algérie). Au pied de l’autel, l’offrant portait la main sur la victime visible dans une stèle d’Hippone (Leglay) accomplissant le rite qui assurait la substitution mystique de la victime au dédicant ou à l’enfant, dans le sacrifice « Molk » de substitution. Ensuite, avait lieu la réception de la victime par l’officiant qui immolait l’animal, le saignait au couteau, le décapitait et déposait sa tête sur l’autel. Alors que la tête brûlait dans les flammes, l’officiant, la tête couverte d’un pan de son vêtement, le bras droit levé vers le ciel, prononçait une prière d’offrande, offrait des grains d’encens contenu dans la cassolette qu’il tenait de la main gauche que représentent divers bas–reliefs puniques (Corpus Inscriptionum Semiticarum : I. 866, 1587, 2017, 2133, 2150, 2650, 3018, 3053).

Le partage de la victime se fait selon un ordre bien établi. L’offrant gardait la peau « ‘Rt », les pattes « P’mm » et peut-être les côtes « Slbm » et le reste des chairs « ‘Hry hs’r ». Les prêtres officiants recevaient la poitrine « Qsrt » et peut-être la cuisse droite « Yslt ». Il restait alors à compléter le sacrifice par l’inhumation des cendres de la victime et du mobilier votif, l’érection éventuelle d’une stèle qui perpétuait la vertu du sacrifice et, finalement, le blanchiment de la stèle, la « Déalbation » de « la pierre de Saturne » qui rappelle le mythe de Saturne qui aurait dévoré une pierre à la place de Jupiter exprimée en punique comme Abaddir « ‘Bn ‘Dr » signifiait la « Pierre du Puissant ». Abaddir serait un avatar de Saturne africain ou Baal Addir et dont le bétyle était le symbole de ce culte que les Chrétiens ont recyclé au VIe siècle à Thala (à 53 km au sud de Sicca Veneria en Tunisie).

Extrait de la spiritualité chez les Amazighs Tome I de LallaYetto Kushel

Cet article fait partie de la page principale consacré à la spiritualité chez les Amazighs