Le-culte-du-soleil-chez-les-Amazighs-Amon

Le Culte du Soleil chez les Amazighes-Amon (Imen)

Hérodote (Histoire IV, 188) signale que les Amazighes nomades adoraient le soleil. René Basset rapporte le cas de saint Samuel de Qalamon qui fut réduit à l’esclavage chez les Amazighes et voulaient lui faire adorer le soleil.

Les inscriptions latines sont nombreuses pour attester l’adoration du soleil chez les Amazighes. À Batna, l’inscription (CIL VIII, 2675) parle de «Soli invicto ». Il en est de même à Souk Ahras (Cil VIII, 5143), à Slouguia (CIL VIII, 1329) et à Cherchell (CIL VIII, 9331). À Zarai, l’inscription (CIL VIII 4513) parle de «soli deo Augusto ». Dans les inscriptions de Sidi Ali Bel Kassem (CIL VIII, 14688, 14689), le soleil et la lune sont invoqués.

Basset écarte la confusion que l’on pourrait faire en prenant le culte attesté au soleil par les Amazighes pour un culte de Mithra et donné à titre d’appui les inscriptions de Gan (CIL VIII, 18025) et celle d’Aïn Toukria (CIL VIII, 21523).

Le nom du dieu du soleil amazighe, si l’on croit Basset, serait celui de «Tannant », porteur de cornes et d’une Panthea qui lui serait adjointe et vénérée sur les bords libyens et maures et qui siègerait entre Jupiter, Hammon et Dis. L’inscription (CIL VIII, 9018) a été relevée à Aumalne. Elle daterait de l’an 27 avant notre ère de la province où il est question de cérémonies en l’honneur de «Tannant ».

Les Guanches vénéraient le soleil et lui donnait le nom de «Magec » et aussi celui d' «Aman » qui signifie «Seigneur » alors que, chez les Touaregs aoulimidens, le mot «Amanai » signifie « Seigneur ».

L’auteur antique Macrobe (Saturnales 1.I, 21) signale que les Libyens adoraient le soleil couchant qui était figuré par Hammon (Amen) et qu’on représentait avec des cornes de bélier dans lesquelles résidait sa principale force comme le soleil dans ses cornes.

Généralement, les auteurs chrétiens critiquant le paganisme avaient laissée d’excellents témoignages sur les divinités qu’ils combattaient. Saint Athanase, critiquant les païens amazighes, rappelle que, chez les Libyens, la brebis se nommait «Amen » et qu’elle était vénérée comme une divinité. Ceci a permis à Basset d’émettre l’hypothèse de l’origine amazighe du dieu Ammon dont le temple antique était situé à l’oasis de Siwa qu’Alexandre le Grand avait visité pour une consultation des oracles d’un côté et de revenir sur l’ensemble des temples d’Afrique du Nord qui sont dédiés à Baal Hammon et de questionner l’origine orientale ou amazighe du Baal Addir et du Baal Hammon de l’autre côté.

Le Dieu Amon, en égyptien «’Imn », en akkadien «Amanu/Aminu » et en grec «Ammon » est vu selon l’angle de l’égyptologie comme une divinité locale de Thèbes en Haute Égypte signalée déjà durant la Ve dynastie. Cependant, son ascendance a été manifestée à partir de la XXIe dynastie quand la lignée des pharaons devint libyque (Sheshonq). Le sens du nom «’Imn » est considéré par l’égyptologie comme signifiant «eau » et son origine est amazighe (The Dictionary of Ancient Egypt, Shaw et Nicholson). L’association entre montagne et eau permet de saisir le sens donné par les Amazighes à la divinité suprême que les auteurs antiques avaient rapportée «Diris » et «Addiris » précédemment mentionnés. Ceci renvoie également à un dieu agraire et de la vie et au nom de la chaîne montagneuse de l’Atlas du Maroc qui porte le nom de «D r n ».

Au paragraphe 1425 du livre Almamalik wwal Masalik d’Al Bakri, l’auteur médiéval rapporte l’existence d’une tribu amazighe limitrophe à Bani Lammas qu’il nomme Bani Maghous qui adorait le bélier. Les membres de cette tribu ne pouvaient s’aventurer en dehors de leur territoire que déguisés afin de ne pas susciter la colère des autres tribus. Cette tribu des Bani Maghous (Magus/Majus) se trouvait sur l’itinéraire de Sijilmassa à la ville du Souss, qui correspond au bassin versant de l’Oued Souss. Une survivance du culte du soleil sous sa forme du bélier a probablement induit en erreur beaucoup de rédacteurs des programmes d’histoire scolaire.

L’auteur classique Corippus cité par Basset rapporte l’existence d’un dieu amazighe dont le nom est «Gourzil » et avait pour prêtre un certain «Lerna ».

À la fin du XIXe siècle, la découverte d’une idole appelée «idole gétule » à Touat a été assimilée à celle du Dieu amazighe «Gourzil » selon Basset. Encore une fois, Al Bakri signale la présence d’une idole de Gorza en Tripolitaine, sans doute s’agit-il d’une forme corrompue de «Gourzil ». Il faut noter que le nom de Gorza entre dans la composition de nombreux noms révélés par les inscriptions latines comme celle du CIL VIII, 68 :

« Senatus populusque civitatium stipendarium Pago gurzenses hospitiumFaciundum caevarunt Ammicar, Milchatonis f. Cynasyn Bonoar Azzrualis f. Aethogurzensis »

Extrait de la spiritualité chez les amazighes Tome I de LallaYetto Kushel

Cet article fait partie de la page principale consacré à la spiritualité chez les Amazighs