Le-Sacre-Chez-Les-Amazighs

Le sacré chez les Amazighs

La notion du sacré existait en Afrique du Nord et elle fut respectée aussi bien par les Amazighs que par les étrangers (Tyriens, Grecs et Égyptiens). Il existait aussi une éthique ou une morale que l’on peut retrouver chez les Amazighs dans le mythe de la fondation de Carthage par Élissa-Didon. Elle sacrifia une bête (ou plusieurs selon certains) à l’Agellid amazigh et lui demanda l’hospitalité afin de se réfugier sur son territoire. Sensible à l’acte du sacrifice, l’Agellid amazigh lui accorda une parcelle de terrain qu’aurait contenue la peau de la victime de son sacrifice. On voit dans le toponyme de Byrsa, un quartier ou acropole de Carthage, la survivance de ce sacrifice (Byrsa = Bir sha = Puits de brebis / Byrsa voulant dire peau en grec).

Les termes employés à Carthage et en [[Numidie]] et les autres régions puniques ou néopuniques sont ceux que les peuples sémites utilisent. La racine « Qds » est employée pour Byblos surnommée la sainte. Le mot est employé aussi pour dénommer le Tarif de Marseille : les prémisses sacrées (Donner-Rollig). Le verbe dérivé de la racine « Qds » a le sens général de « consacrer ». À Bir Tlelsa, l’inscription : « Lb’l’ d r htqds » signifie « consacré à Baal Addir » (Della Vida et Guzzo). L’usage du terme saint (« Qds ») est étendu à celui des lieux. Le substantif peut indiquer le « sanctuaire » tout comme « Mqds » et « ’sr qds », lieu sacré. Il est parfois possible de saisir la distinction entre « Mqds » et « Bt » : la séquence des termes « Mqds Bt’ » d’une inscription de la Tripolitaine montre que « Mqds » désigne une partie déterminée du complexe vraisemblablement le Saint des Saints comme « Qodes » (Qodasim) en hébreu biblique (Della Vida et Guzzo).

C’est à dessein que nous avons reproduit les expressions puniques et néopuniques afin de montrer la similitude des termes en usage à la fois dans le judaïsme et l’Islam. On ne saurait prendre ces expressions des religions puniques comme le signe d’une judaïsation de l’Afrique du Nord. Le dialecte hébreu de la Palestine dérive de la langue de Canaan d’où provient la langue punique en usage en Afrique du Nord.

L’usage de l’adjectif saint (« Qds ») comme attribut/épithète des dieux est typique aux religions sémitiques. Le dieu Eschmun est appelé « Prince saint » ou « Sr Qds ». À Kition en Phénicie, « Mlkt Qdst » peut être interprétée comme épithète d’Astarté.

À Carthage, le dieu Sakon est appelé « B’l qds » : « Ba’ al » sacré. Les inscriptions latines parlent de « Sanctus » (sacré) quand il s’agit de qualifier les dieux comme Baal et Baal Addir, Caelestis, Saturne ou Esculape.

À Ugarit, « Qds » et « Qdst » au masculin et au féminin sont des personnes dédiées au service de la divinité et éventuellement à la Prostitution sacrée. Cet usage n’a pas été révélé par les fouilles en Afrique du Nord à l’exception d’une inscription à Maktar où « Hnt Qdsm » semble désigner la « crypte des consacrés». Par ailleurs, l’association de « Sacerdoces » et de « Sacrati » dans les inscriptions dédiées à Caelestis à Timgad et la mention de « Sacrati/Sacratae » dans le culte de Cérès à Madaure, le culte de Cybèle à Maktar pourraient remonter à une tradition du punique « Qdsm/t » par « Sacrati/ae » signifiant « Mystes » (Saint-Augustin).

Extrait de la spiritualité chez les Amazighs Tome I de LallaYetto Kushel

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