Lactance

Lactance alias Umlil: Cette grande figure de la littérature latine qui fut comparé à Cicéron est né en Afrique et fut l’élève de l’amazighe Arnobe. Son nom officiel était Lucius Caecilius Firmianus mais il fut connu par son surnom Lactance qui a mon avis témoigne de son origine amazighe. Lactance signifiant blanc ou blanchâtre n’est pas aussi étranger à Umlil largement utilisé comme surnom chez les Amazighes. Il naquit probablement à Madaure en l’an 240.

Etant un disciple d’Arnobe qui lui enseigna la rhétorique latine. Sa réputation fut connue au point qu’il fut mandé par l’empereur Dioclétien en Nicomédie pour prendre en charge la chaire de rhétorique latine. Mais en l’an 303 Dioclétien ayant autorisé les persécutions des chrétiens refusant d’honorer les dieux de la Cité, Lactance perdit sa chaire mais en l’an 316 il fut nommé précepteur du César Crispus fils aîné de l’empereur Constantin. Lactance décéda en l’an 320 à l’age de 80 ans couvert de tous les honneurs.

Vers l’an 300 Lactance se distingua comme théoricien et apologiste du christianisme, défendant notamment contre les philosophes païens le dogme de la divine providence dans un ouvrage célèbre De Opificio Dei ( De la Création de Dieu). Un autre ouvrage le rendant aussi célèbre parmi le monde chrétien fut celui de Divinae Institutiones(les Institutions divines) dans lequel il exposa d’une manière systématique des principes de la religion chrétienne. Comme il était l’homme de son époque, sa conversion au christianisme ne l’empêchait pas d’écrire dans le domaine de la gnose comme son maître Arnobe.

Lactance écrivit un poème sur le Phénix, symbole de la résurrection et de la vie éternelle. Le Phénix dont le nom en égyptien est l’oiseau BENU, était un oiseau sacré à Héliopolis et associé avec la pierre BENBEN, l’obélisque et le culte des dieux Atoum et Ra. Son nom BENU dérive sans doute du verbe égyptien WEBEN qui veut dire se lever et ressusciter et a servi de prototype pour le mot grec Phénix. Cet oiseau apparaît dans les Textes des Pyramides ou le Dieu Atoum est ressuscité sous la forme de BENBEN ( Verset 600) dans la Maison des Benu à Heliopolis (1).

Lactance développa dans ce poème des conceptions qui ne sont pas sans rappeler celles des Esséniens (de Qumram) rapprochant notamment le nom du phénix de celui du palmier dattier qui est effectivement le même en grec (Phénix). Ce qui est encore remarquable chez cet auteur amazighe c’est la portée de ses oeuvres en prose qui vont être reprises par les Gnostiques du Moyen-âge notamment l’affirmation selon laquelle Dieu a crée deux esprits semblables à lui-même, mais que l’un d’eux s’était méconduit, ce qui n’est pas sans analogie avec l’idée des Bogomils que le Christ et Satan sont tous deux fils de Dieu

Les Bogomils professaient que le Dieu de bonté avait deux épouses dont il a eu de chacune un fils: d’Akala est né le Christ qui s’est incarne au Ier siècle en Jésus; d’Akaliba lui est né Satan, le démiurge qui s’était incarné d’abord en Moise, puis en Judas. L’influence des Bogomils avait atteint l’Afrique du nord, le midi de la France et même fait corps avec les Cathares albigeois. Mais Lactance semble avoir été l’initiateur de cette conception gnostique que l’Eglise catholique allait anéantir et extirper à l’aide de quatre sanglantes croisades.(2)

Lactance considère aussi qu’il est illicite pour un juge chrétien de prononcer une condamnation à mort sachant que le décalogue et Jésus interdit l’homicide. Cette règle éditée par Lactance va être reprise par les Cathares (3). Les Amazighes n’étaient pas isolés du monde méditerranéen au contraire ils étaient à la croisée des chemins entre l’Occident et l’Orient de la méditerranée et apportaient leur contribution à la civilisation humaine. La figure prestigieuse de Lactance/ Umlil rappelle celle de son Maître Arnobe et leur apport à la spiritualité humaine ne sont point à démontrer.

Extrait de La spiritualité amazighe, par LallaYetto Kushel

Références :


  • (1) R. Van Der Broek: the Myth of the Phoenix according to Classical and Early Christian Tradition,Leiden ,1972
  • (2) Marcel Dando : "Les culdeens "Cahiers du Cercle d Ernest Renan,Paris,n.88,janvier 1975.
  • (3) Marcel Dando : "Les Orrigines du Catharisme"Cahiers du Cercle d Ernest Renan,Paris,n.56,1967