Islam, La conversion des Amazighs

Pour les Berbères, l’islam n’était qu’une hérésie chrétienne de plus

Notons d’abord ce constat : dans l’Islam importé par les envahisseurs, les chrétiens d’alors voyaient moins une religion nouvelle qu’une hérésie de plus, à l’instar de l’arianisme, du monophysisme ou du donatisme. Un saint Jean Damascène, fonctionnaire chrétien du Califat de Damas et Père de l’Église, ne considérait-il pas la religion des nouveaux maîtres de l’Orient comme une hérésie chrétienne ? On comprend mieux, dans ces conditions, que des chrétiens berbères aient passé à l’Islam, à l’exemple de Qusayla, pour avoir la vie sauve ou conserver quelque avantage » (1).

N.B: --- Seuls les chrétiens de la communauté de Jean Damascene, dont la famille fut au service du Khalifat omeyade à Damas considéraient que l'Islam était une hérésie chrétienne. Cette idée est restée ignorée du reste des Chrétiens et c'est lors de la réforme de Luther au XVIe siècle que cette idée a refait surface. L'auteur ici fait une retrojection pour caresser les Amazighes dans le sens du poil. Le mot hérésie n'a aucun sens péjoratif c'est l'idée de liberté qui s'y retrouve dans HERESIE et l'arabe a HORR pour désigner le statut de liberté des hommes non esclaves. Hérésie en grec a pour équivalent en langue amazighe le mot AMAZIGHE'' lui-même: libre.

Avec l’islam les Berbères croyaient être fidèles à une forme de christianisme

« Le climat de la conquête avait été celui du jihâd, c’est-à-dire d’une guerre sainte: les combats furent menés pour soumettre les populations à l’islam. Or, dans cette nouvelle religion importée, bien des chrétiens ne voyaient en fait qu’une hérésie chrétienne, comme il y en avait déjà eu de si nombreuses en terre d’Afrique. Cet aspect explique que, par crainte ou par intérêt, certains soient passés à l’islam tout en croyant demeurer fidèles à une forme de christianisme» (2).

N.B: ''C'est l'arianisme que l'Eglise combattait qui est proche des enseignements de l'Islam notamment dans le rejet de la Trinité. Arius fut excommunié au premier Concile de Nicée en 325 avec Eusèbe de Césarée pour avoir rejeté la Trinité. Eusèbe de Césarée est l'auteur de l'histoire de l'Eglise. L'auteur, ici ne fait pas référence à l'arianisme qui fut la doctrine de l'Eglise Nord africaine à l'arrivée de l'Islam. Ce sont les idées d'Arius restées vivantes au Levant qui ont facilité le travail de l'Islam et aider les chrétiens levantins à basculer vers l'Islam plus pratique et sans constructions doctrinales.''

L’islam a puisé des enseignements dans le christianisme

« Les théologiens mahométanes reconnaissent eux-mêmes sans difficulté que l’Islam a puisé des enseignements dans le christianisme et qu’il n’a pas dédaigné de lui faire des emprunts sur plusieurs points de doctrine théologique (note 2 : Quelques autorités anciennes reconnaissent selon Ibn Hagar, Isâba, I, p. 372, l’influence des communications du prosélyte chrétien Tamîm-al-Dâri sur la formation de l’eschatologie mahométanes)» (3). N.B L auteur ne connait pas l'Islam qui na pas de théologie comme le christianisme. L'Islam comme le judaisme ne fonctionne pas avec des doctrines qui sont des speculations humaines et non des Révélations. L'auteur confond Mutakalimoune avec les théologiens qui n'ont jamais existé en Islam.

Malgré l’invasion le nombre d’Arabes en Berbérie fut infime

« (…) quel que soit le nombre de ceux qui se croient leurs descendants, ils étaient, au moment de leur apparition en Ifriqiya et au Maghreb, tout au plus quelques dizaines de milliers. Les apports successifs des Beni Solaïm, puis des Mâqil, qui s’établirent dans le sud du Maroc, ne portèrent pas à plus de cent mille les individus de sang arabe qui pénétrèrent en Afrique du Nord au XIème siècle » (4).

L’Espagne et la Gaule jusqu’à Poitiers : une conquête berbère

« L’Espagne, où une armée de Berbères commandée par l’un d’eux, Tarîq, mit fin en une bataille (711) à l’empire wisigoth, fournit un exutoire aux nouveaux convertis. Ce furent eux qui conquirent la péninsule et pénétrèrent en Gaule jusqu’à Poitiers (732). Leur retraite, après la victoire de Charles Martel, fut moins due à l’ardeur des Francs qu’aux révoltes provoquées, dans le Maghreb extrême, par le partage, au bénéfice des seuls Arabes, des terres espagnoles et par les exactions ou les violences des gouverneurs de Tanger» (5).

La domination arabe sur la Berbérie n’a pas duré cinquante ans

« La victoire de l’islam n’a pas entraîné celle des Arabes : leur domination sur l’ensemble de l’Afrique du Nord n’a pas duré cinquante ans ; au milieu du VIII ème siècle elle avait définitivement cessé dans toute la partie occidentale du Maghreb ; il devait en être de même un siècle et demi plus tard pour l’Ifrîkiya » .

L’armée berbère de Tarîq

« (…) lorsque, en 711, Tarîq traverse le détroit auquel il a laissé son nom (Gibraltar : Djebel-el-Tarîq) pour conquérir l’Espagne, son armée était essentiellement composée de contingents berbères, de Maures » .

Les Berbères à la conquête de l’Égypte et de la Sicile

« La dynastie fatimide eut pour origine un schisme légitimiste, le chi’isme ; pour fondateur un réfugié venu d’Orient, ‘Obaïd Allah ; pour appui une tribu berbère de Kabylie, les Kotama. (…). Le 15 janvier 910, ‘Obaïd Allah fit son entrée solennelle dans Raqqada, où il prit officiellement le surnom d’el-Madhi (…). L’installation du Mahdi dans la capitale aghlabide marquait le triomphe du chi’isme et, plus encore, de la tribu des Kottama. C’est elle qui avait constitué l’armée du da’i, comme elle devait fournir les contingents qui conquirent Maghreb et Égypte sous la conduite de chefs fatimides. Succès symbolique et d’immense portée, a précisé vigoureusement Emile-Félix Gautier, car il clôturait définitivement la conquête arabe par la revanche intégrale du Maghreb sur le dominateur étranger. Ce ne furent pas des nomades, mais des paysans sédentaires de Kabylie qui constituèrent l’ossature de l’Etat créé par (…)‘Obaïd Allah. Leur tribu, saignée par les batailles du Maghreb, de l’Égypte ou de Sicile et usée par les jouissances du pouvoir, paya il est vrai de sa disparition sa prodigieuse aventure » .

Les Almoravides à l’origine d’un immense empire berbère

« Au moment même où les tribus arabes prenaient pied sur le sol du Maghreb par le sud-est, un autre groupement nomade, berbère celui-là, se formait dans le Sahara occidental et se préparait, lui aussi, à déferler sur l’Afrique du Nord par le sud-ouest. C’étaient les Sanhadja voilés, que l’histoire connaît sous le nom d’Almoravides. En l’espace d’à peine un demi-siècle, ils allaient constituer dans la partie occidentale du pays et en Espagne un immense empire berbère. Trois quarts de siècles plus tard, autour d’un noyau de Berbères sédentaires du Haut Atlas, les Masmouda, allait se former un second empire berbère, plus vaste encore puisqu’il engloba tout l’Occident musulman, de Tripoli à Cuenca et Agadir, l’empire almohade » .

Les Almoravides viennent de la Berbérie occidentale

« L’empire almoravide eut pour cellule originaire une puissante tribu sanhajienne du Sahara, les Lemtouna, dont le berceau était dans l’Adrar de Mauritanie. (…). Ils portaient, peut-être pour se protéger du mauvais œil, un voile qui couvrait la partie inférieure de leur visage, le litham ; aussi les appelait-on les porteurs de litham (el-molaththimoun) » .

Les Almoravides appliquèrent un rigorisme religieux des plus austères

Julien précise (p.420) que le terme « Almoravide » signifie « les gens du ribat » (morâbitoun), un couvent militaire (à l’instar de Kairouan, 670, quairawân : place d’armes, -p. 347) dans lequel les premiers adeptes se formèrent en menant une « vie strictement conforme au malékisme absolu ». C’est-à-dire remarque Julien (p. 430) au bannissement de « toute interprétation allégorique du Coran et toute recherche personnelle du sens de la loi d’après les sources. Ainsi, au profit d’un anthropomorphisme grossier et d’une scolastique juridique, considérait-il comme une hérésie de poser même des questions sur le sens d’une parole de Mohammed et abandonnait-il l’étude du Coran et des hadiths. Il préférait s’adonner aux sciences juridiques (fiqh) d’après les manuels orthodoxes de seconde main sur la doctrine des espèces, ou fiqh appliqué, c’est-à-dire sur l’élaboration systématique de la loi positive dans ses divers chapitres individuels (foroû’). Cette casuistique desséchée, vidée de tout contenu religieux, ne prêtait plus qu’à d’interminables discussions canoniques et juridiques. N’importe qui se jugeait apte à donner des fetwa sur n’importe quoi » .

Le rigorisme religieux almoravide eut sa source dans le malékisme

« L’atmosphère de l’Ifrîqiya, comme celle de tout l’Islam au IX ème siècle, est saturée de dévotion. Mais dans la masse berbère, qui répugne aux demi-mesures, cette dévotion prend un caractère impérieux, et ceux qui la pratiquent tiennent un rôle social éminent. (…) l’Ifrîqiya n’est pas seulement une terre de foi spontanée, c’est aussi un centre théologique extrêmement actif. « De quoi parlent aujourd’hui les habitants de Kairouan ? » questionne un voyageur de retour de l’Iraq. « Des noms et des attributs de Dieu », lui répond le jeune homme. Sous l’influence de l’Iraq, l’ascétisme sommaire semble faire place, à partir de 830, à la controverse. L’Orient et l’Andalousie envoient leurs savants en Ifrîqiya, où les disciples se multiplient. (…) Les problèmes que l’on agite sont ceux qui passionnent alors tout l’Islam. Et par-dessus tout, la question périlleuse de la création du Coran. Les théologiens orthodoxes, à qui les discussions avec les chrétiens ont révélé le concept de l’éternité et de la non-création de la parole de Dieu, affirment que le Coran, révélation d’Allah parlant, est incréé comme Lui-même. Chaque exemplaire du Coran arabe, comme le Coran du ciel, existe de toute éternité et s’identifie à la parole de Dieu, qui « se trouve entre les pages de la couverture ». Contre ces affirmations, qui leur paraissent détruire l’unité de l’essence divine, les mo’tazilites s’élèvent avec force en soutenant la création du Coran. Sur d’autres points essentiels, ils rompent encore l’orthodoxie. Ils sont partisans du libre arbitre et opposent aux conceptions anthropomorphiques une exégèse symbolique du Coran. (…) En Ifrîqiya, les mo’tazilites représentent, dès la fin du VIIIème siècle, une minorité indépendante et courageuse qui n’abdique ni devant la masse berbère intransigeante, pour qui de telles doctrines équivalent à la négation de la divinité, ni devant les traditionalistes. (…) Des quatre rites orthodoxes auxquels il est licite de se rallier, deux ont joué un rôle important en Ifrîqiya, le hanéfisme, le moins strict de l’islam, d’inspiration persane, issu de l’imam Abou-Hanifa (mort vers 767), et le malékisme, attaché étroitement à la lettre et hostile aux interprétations rationnelles, dû au célèbre imam de Médine, Malik ibn Anas (mort en 795). Le malékisme, qui collait parfaitement à la mentalité berbère, triompha naturellement en Ifrîqiya puis dans toute l’Afrique du Nord, où il domine encore » .

L’émiettement et la Reconquista précipitèrent l’intervention almoravide

« Le calife omeyyade de Cordoue n’avait pu résister, malgré son prestige, aux rivalités des musulmans de la Péninsule. Arabes d’Orient, Berbères du Maghreb, renégats andalous et esclaves chrétiens affranchis profitaient de la moindre faiblesse de l’autorité pour vider leurs querelles les armes à la main. Il avait fallu, pour les contenir, la rude poigne du tout-puissant vizir Ibn Abi-‘Amir el-Mançour (Almanzor pour les Espagnols), qui appuyait sa dictature sur ses contingents berbères. Après la mort de son fils El-Mozaffar (1008), nulle autorité ne fut assez forte pour arrêter la désagrégation du califat. Durant le quart de siècle qui précéda l’expulsion du dernier Omeyyade (1009-1031), plus de dix prétendants surgirent et disparurent. Ce fut à la faveur de cette anarchie que les gouverneurs ou les notables des provinces constituèrent, petit à petit, vingt-trois principautés indépendantes qui couvraient un vaste territoire, s’étendant de l’Aragon au nord et de Valence à l’est jusqu’à l’Andalousie et la Murcie au sud et l’ancienne Lusitanie à l’ouest. On les appelait les rois des « bandes » (moloûk-at-tawâïf, en espagnol reyes de taifas). A Badajoz, un officier berbère de la tribu des Miknasa qui se disait d’origine arabe fonda la dynastie des Aftasides (1027-1094). Dans le sud, des roitelets berbères, Hamoudides de Malaga (1016-1057) et Zirides de Grenade (1012-1090) agirent de même (…). Le plus important de ces royaumes fut celui de Séville (1023-1091), aux mains des ‘Abbadides, descendants des Syriens, qui étendirent leurs territoires dans la direction du Portugal actuel, de Malaga, de Cadix et de Badajoz, sur la partie sud-ouest de l’ancien califat, et finirent pas s’emparer de Cordoue. Séville devint alors le principal centre politique, intellectuel et artistique de la Péninsule. (…) Les chrétiens profitèrent de l’émiettement des forces musulmanes et les rivalités chroniques entre les princes musulmans pour travailler à la libération du territoire (reconquista). (…). Les rois des taifas avaient à choisir entre la soumission à Alphonse VI ou l’émigration. (…) ils eurent recours à ces mêmes guerriers berbères contre lesquels ils avaient dirigé la révolution qui avait entraîné la chute du Califat. Ils se décidèrent à solliciter l’intervention des Almoravides (…) ».

L’influence andalouse transforma les Almoravides

«Si pieux qu’ils fussent, les Almoravides ne gouvernèrent pas l’Espagne avec les seuls Berbères orthodoxes. (…). Ils ne répudièrent ni les lettrés ni les artistes et ils s’entourèrent même, aux dires d’un historien arabe, « d’une telle affluence des plus remarquables secrétaires et littérateurs que jamais aucun siècle n’en vit de pareils ». (…). Petit à petit, les rudes hommes voilés se laissèrent pénétrer par l’ambiance espagnole, qui amollit leur austérité et leur révéla d’autres joies que celles des armes. Par eux, le Maghreb connut l’extension de cette civilisation andalouse qui avait déjà pénétré à Ceuta et à Fès. (…). Les Almoravides, qui n’avaient pas sous les yeux des modèles antiques et étaient sans relations directes avec l’Orient, subirent l’influence de l’architecture de Cordoue et de Grenade. Dans les monuments qu’ils élevèrent en Berbérie occidentale, ils utilisèrent d’une part des piliers massifs au lieu de colonnes, et d’autre part des arcs en plein cintre outrepassé que l’Espagne avait empruntés à l’ifrîqiya, où on les employait depuis deux siècles, et des arcs découpés en lobes au lieu des arcs brisés non outrepassés de Kairouan. (…). Il ne subsiste malheureusement rien de la mosquée de Marrakech et des oratoires de Fès que fit élever Ibn Tachfin, mais on retrouve, malgré les remaniements opérés au XIV ème siècle et sous les Turcs, l’essentiel de la Grande Mosquée d’Alger avec sa salle de prières à onze nefs de cinq travées qui rappelle celle de Tlemcen. Ce fut ‘Ali qui agrandit à Fès la mosquée d’El-Qarawiyin, fondée au milieu du IX ème siècle (…)et qui fonda le plus important monument almoravide, la Grande Mosquée de Tlemcen. (…). Le règne d’Ibn Tachfin marqua l’apogée de la puissance almoravide en Espagne. (…). Tout compte fait, c’est dans le domaine de la civilisation que le mouvement almoravide a laissé les traces les plus durables. Étrange paradoxe si l’on songe aux origines sahariennes des voilés et à leur d’imagination créatrice. De fait, les Almoravides n’ont pas créé une civilisation originale, mais ils se sont faits, dans tout l’ouest du Maghreb, les agents de diffusion de la civilisation andalouse. La ville de Fès (…) doit probablement plus à Yousof ibn Tachfin et à son fils qu’aux souverains des XIII ème et XIV ème siècles ; de même, Tlemcen, Alger, sans parler de Marrakech. Or tout le monde est d’accord pour affirmer que cette civilisation urbaine naissante doit presque tout à l’Espagne voisine. (…) » .

Naissance du fondateur des Almohades

« C’est (…) dans la région montagneuse du Sud marocain, vraisemblablement dans l’Anti Atlas, que naquit, à la fin du XIème siècle, le Mahdi des Almohades, Ibn Toumert » .

Le fondateur des Almohades écrivit en berbère pour diffuser sa doctrine

« (…) Ibn Toumert (…) vise à une très large diffusion de sa doctrine : à cette fin, il se sert le plus souvent de la langue berbère, l’arabe étant fort peu répandu dans le Maroc d’alors. Par ailleurs, il compose, toujours en langue berbère, de petits opuscules ou ouvrages dont nous possédons quelques échantillons (Massé, La profession de foi et les guides spirituels du Mahdi ; Luciani, Le Livre d’Ibn Toumert) ».

Ibn Toumert fut encore plus religieusement austère que les Almoravides

« A Marrakech, Ibn Toumert (…) insulta, dit-on, la sœur même de l’émir qui sortait sans voile et critiqua l’émir parce qu’il en portait un » (comme tous ceux de sa tribu).

Ibn Toumert imite Mohammed avant d’attaquer les Almoravides

« Trois ans durant, il pria et prêcha. Mais le chef politique ne le cédait en rien, chez lui, au théologien. Bientôt après, les délégués de nombreuses tribus le reconnurent pour imam et jurèrent de ne point l’abandonner dans la guerre sainte contre les Almoravides. Quant il eut recueilli leur serment, ils jurèrent de ne point l’abandonner dans la guerre sainte contre les Almoravides. Quand il eut recueilli leur serment, il se proclama le Mahdi, l’imam connu et infaillible, envoyé de Dieu pour détruire l’erreur et faire triompher la vraie foi. A ses disciples directs il donna le nom de tolba parce qu’ils étudiaient, sous lui, la vraie science ; les fidèles dont il était le chef spirituel reçurent le titre ‘Almohades, ou unitaires. (…) il calqua son existence et l’organisation de sa communauté sur le modèle de Mohammed et du groupe des premiers compagnons de Médine. Comme le prophète, il agit en directeur spirituel, en juge et en chef d’armée, mais aussi en chef berbère qui connaissait bien ses gens, leur état d’esprit et leurs habitudes sociales et politiques » . `

Julien ajoute ceci à propos de Toumert (p.483) : « (…) le rigorisme maghrébin (ségrégation des hommes et des femmes, stricte pratique du jeûne, respect scrupuleux des interdictions alimentaires) a son origine dans la morale d’Ibn Toumert ».

La puissance Almohade fut telle que Saladin (un kurde) s’enquit de son appui

« Pour assurer leur autorité en Berbérie et surtout en Espagne, les Almohades eurent une armée solidement organisée qu’ils recrutèrent d’abord parmi les tribus berbères, puis chez les Arabes nomades, et où figurèrent même des contingents turcs, faits prisonniers au cours de la lutte contre Qaraqouch, et des milices chrétiens. (…). Quand les Almohades eurent occupé Cadix, ils eurent à leur disposition la puissante flotte des Beni Maïmoun. Le Berbère Yousof, qui avait servi sur les bateaux du roi de Sicile Roger II, puis avait été nommé amiral par Abou- Ya’qoub, avait fait de l’escadre du calife la première de la Méditerranée. Aussi Saladin demanda-t-il, en 1190, son concours pour arrêter les rois chrétiens sur la route de Syrie ; (…). La puissance de l’empire almohade, ses richesses, la réputation de son armée et sa flotte valurent aux califes un prestige considérable. Un écrivain arabe assure même que des musulmans du Caire et d’Alexandrie espérait qu’Abou-Ya’qoub conquerrait l’Égypte. La démarche de Saladin prouve, à tout le moins, qu’il considérait le souverain du Maghreb comme le plus apte à défendre l’Islam menacé. (…)».

L’architecture almohade porta au sommet l’art musulman en Occident

«L’art monumental fut aussi un art urbain. Comme l’architecture almoravide, l’architecture almohade eut un caractère dynastique ; aussi connut-elle son plein épanouissement dès que ‘Abd el-Moumin eut établi son pouvoir sur le Maghreb extrême. Ce fut la plus belle période de l’art musulman en Occident. (…). Son fils Abou-Ya’qoub fit édifier la Grande Mosquée de Séville et la casbah de Marrakech. Ya’qoub el-Mançour présida, d’après la tradition, aux premiers travaux de la mosquée de Hassan, à Rabat, à la construction de la mosquée de la casbah de Marrakech, à l’achèvement de la Giralda de Séville et du minaret de la Koutoubiya. (…) » .

La politique clanique et à court terme des Almohades entraînèrent leur perte

« (…) Lorsque les Almohades ont pris le pouvoir, le ver était depuis trop longtemps dans le fruit et y avait exercé de trop profond ravages. Au milieu du XII ème siècle, les Arabes hilaliens étaient entièrement maîtres de l’Ifrîqiya et avaient profondément pénétré dans le Maghreb central ; par ailleurs, les Arabes Ma’qil, les derniers venus, étaient en train de s’infiltrer jusqu’au Maghreb extrême par la bordure saharienne. Les uns et les autres avaient déjà fait alliance avec les Berbères Zénètes et constituaient ainsi une masse nomade très puissante, capable de tenir en échec les tentatives d’hégémonie des sédentaires. On sait que les Arabes, alliés du pouvoir central lorsqu’il était fort, mais prêts à faire défection à la première occasion, ont joué un rôle désagrégateur dans l’empire almohade, notamment au cours de la longue aventure des Beni Ghaniya, puis lors de la décadence de l’Etat à partir de 1224. (…). Les califes de Marrakech ont bien vu ce problème arabe ; ils ont cru le résoudre en amenant les nomades au Maroc, mais, sans réussir à établir la paix en Ifrîqiya, ils ont contaminé le Maghreb extrême resté indemne jusque-là. Par ailleurs ces Berbères montagnards n’ont pas su élargir leurs conceptions politiques à la mesure de l’empire qu’ils s’étaient taillé. Les Almohades de la première heure, les Masmouda, n’ont pas voulu associer à leur action, c’est-à-dire à leur gouvernement, les autres populations de l’empire : en Espagne, en Ifrîqiya, dans le Maghreb central, ils se sont conduits comme en pays conquis. D’où les révoltes perpétuelles et les craquements définitifs dès que le calife n’a plus été un homme de premier plan. A l’intérieur même du clan vainqueur, les Mouminides se sont adjugé la part du lion aux dépens des autres familles almohades. Cette politique d’appropriation du pouvoir a soulevé la rancœur des autres familles, qui ont profité de la première occasion pour reprendre ce qu’elles considéraient comme leur dû. Politique à courte vue et qui n’a abouti qu’au chaos, sauf en Ifrîqiya avec les Hafçides. Ainsi, en l’espace de quelques lustres, l’empire berbère s’est irrémédiablement disloqué » .

L’islam des Almohades fut à la base du massacre de nombreux Juifs

« Au XIème siècle, les Berbères fondèrent un mouvement religio-socio-militaire basé à Marrakech, dont les membres, appelés Murabitun ou Almoravides, avaient pour but de purifier la vie religieuse des Berbères selon les préceptes traditionnels de l’islam orthodoxe. Après trois générations de guerres et de conquêtes, les Almoravides furent remplacés par les Almohades, dynastie berbère également basée à Marrakech qui domina le Maghreb et l’Espagne. S’inspirant des Kharijites des VII ème et des VIIIème siècles, les Almohades luttèrent pour l’unification du monde islamique. Ils croyaient en l’unicité irréfutable d’Allah et quand la prêche n’était pas assez convaincante, ils n’hésitaient pas à se servir de l’épée. Ils furent les premiers Musulmans à obliger les Juifs à choisir entre la conversion ou la mort, causant ainsi de douloureux dilemmes, des conflits individuels et communautaires. (…) Maïmonide et son père donnèrent l’exemple en préférant l’exil à une vie d’humiliation et d’oppression. Maïmonide et son père donnèrent l’exemple en préférant l’exil à une vie d’humiliation et d’oppression. En 1165, ils quittèrent Fès et partirent pour Jérusalem où le père mourut. Peu après, la famille émigra à nouveau, cette fois vers l’Égypte. Mais d’autres érudits, tel Yehouda Hacohen ibn Shoushan, qui n’eurent le choix qu’entre la mort et la conversion, préférèrent mourir. D’après l’une des lettres de Maïmonide à son fils Abraham, entre autres sources, nous apprenons qu’à la suite des persécutions almohades, les communautés juives maghrébines subirent de graves dommages démographiques, spirituels et intellectuels.(…) (Les Almohades) furent impitoyables envers les Juifs qui refusaient de se convertir , bien que cela fût explicitement interdit par le Coran. Après un siècle de persécutions almohades, de nombreuses communautés juives cessèrent d’exister. Les Almohades détruisirent Kairouan et presque toute sa communauté juive ; ils massacrèrent aussi les Juifs de Sfax, Gabès et Meknès. En 1146, ils forcèrent les Juifs de Tlemcen à choisir entre l’islam et la mort. L’année suivante, ils conquirent Fès, Marrakech et Sijilmassa où ils exterminèrent presque toutes les communautés juives et chrétiennes. (…). Beaucoup de Juifs maghrébins quittèrent leur terre natale à la suite des massacres almohades et s’établirent en Espagne musulmane, alors plus tolérante à leur égard et où une galaxie de poètes, de philosophes, d’astronomes et de physiciens, tels Hasday ibn Shaprut, Shmuel Hanaguid, Yehuda Halévi, Ibn Ezra, Ibn Gvirol et Maïmonide, avaient créé une culture et une civilisation judéo-musulmane des plus sophistiquées. (…). En 1159, les Almohades conquirent Tunis. En 1163, Abd al Mumin mourut et son fils Abou Yacoub Youssef se vengea de la résistance des Juifs aux ordres des Almohades en leur imposant la conversion forcée de façon encore plus stricte qu’auparavant. Par exemple, le fameux juge rabbinique Dayyan Rabbi Yehouda Hacohen ibn Shoushan fut brûlé vif devant une foule en délire pour avoir refusé de se convertir. (…). Au XIII ème siècle, il y avait au Maghreb trois royaumes : le royaume des mérinides au Maroc, des Zayyanides dans la région de Tlemcen et des Hafsides en Tunisie. (…) En 1460, le dernier souverain mérinide; Abd al Haq, choisit comme vizir un Juif, Aharon ben Batas. Toutefois, la situation des Juifs était devenue si précaire qu’en 1428 le roi du Maroc pensa les protéger en les confinant dans leur propre quartier, le mellah, situé près du palais royal, qui était aussi le centre administratif du gouvernement. Malgré les bonnes intentions à l’origine de la création du mellah, les Juifs eurent la pénible impression d’être exilés et isolés dans leur propre pays. leurs craintes devaient s’avérer fondées lorsque, sous les Saadiens d’abord (1550-1650), puis sous les Alaouites (de 1666 jusqu’à aujourd’hui), des mellahs surgirent partout au Maroc afin de les grouper et de les isoler, et non de les protéger. Par exemple, en 1465, des Musulmans mécontents des Mérinides se ruèrent sur le mellah de Fès et en massacrèrent presque toute la population. Des attaques similaires devaient suivre un peu partout au Maroc et c’est ainsi que disparurent de nombreuses communautés. (…)(6).

Le zèle, le fanatisme anti-juif, des Berbères almoravides et almohades

« Les victoires de la Reconquista chrétienne qui débutèrent avec la prise de Tolède en 1085 poussent les musulmans de Séville à recourir à l’aide des Almoravides d’Afrique du Nord, qui, en raison de leur zèle religieux, mènent la vie dure au Juifs, (…). Les Almohades du Maroc, fanatiques et intolérants, occupent l’Espagne en 1146, mettant un terme à toute la vie juive dans le sud. (…)» (.

L’auto-étouffement berbère

« (…) Si l’emprise politique de l’Orient musulman a été brève, c’est cependant en Orient que les Berbères, pendant des siècles, ont trouvé leurs chefs ou leurs raisons d’agir. (…). Le désir de rénovation de l’islam qui a animé les premiers Almoravides est né d’un voyage en Orient, de même qu’Ibn Toumert a conçu sa doctrine pendant son séjour en Orient. C’est seulement à partir de ’ Abd el-Moumin que les Berbères se ferment à toute influence extérieure. C’est peu après aussi que disparaissent les grands empires berbères et que le pays retourne peu à peu à l’émiettement (…)» (8).

(1) Joseph Cuoq, L’Église d’Afrique du Nord, Éditions du Centurion, 1984, p. 118.

(2) François Decret, Le christianisme en Afrique du Nord ancienne, 1996, Seuil, p.262.

(3) Ignace Goldziher, Sur l’Islam, origines de la théologie musulmane, Desclée de Brouwer, 2003, p. 89.

(4) Gabriel Camps, Les Berbères, 1980, ici 1987, éditions Errance, p. 138.

(5) Charles André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord. Des origines à 1830 (Paris, 1951, 1969, réédition Payot & Rivages, 1994, p. 360.

(6) Sarah Taïeb-Carlen, Les Juifs d’Afrique du Nord, De Didon à de Gaulle, éditions Sépia, 2000, p. 45-53.

(7) Esther Benbassa, Aron Rodrigue, Histoire des Juifs sépharades, éditions Seuil/ Points/histoire, 2002, p. 29.

(8) Julien, op.cit., p. 690-694.

Voir aussi


Spiritualité Amazighe