Introduction à la lecture de l'histoire des Amazighs


Introduction à la lecture de l'histoire des Amazighes depuis l'avènement de l'Islam en Afrique du Nord


Editer l’histoire des Amazighes sans procéder à une mise en garde revient à éditer en fait une version de l’histoire officielle ou une version rédigée par les adversaires des Amazighes. Jusqu’à quel point un historien peut-il prétendre à la neutralité qui fait de lui un vrai historien et non un historiographe? Les sources qui ont servi à la rédaction des articles de l’Encyclopédie Wikimazigh-Maroc sont des sources écrites par des auteurs glorifiant un Islam triomphant. Les Amazighes qui avaient opposé une résistance farouche à la pénétration des armées Omeyyades sont décrits comme des forces du mal s’opposant aux forces du bien représentées par les Etriers d’Allah. Quand les Amazighes avaient acquis une spiritualité politique et avaient instrumentalisé les doctrines des partis musulmans ( kharijisme, shiisme ) pour contester la légitimité du pouvoir du Khalife de Damas ou de Bagdad,ils avaient attiré les foudres des auteurs sunnites qui dédaignaient à la fois le kharijisme et le shiisme.

Quand les Amazighes avaient saisi le mécanisme sur lequel l’Islam avait été fondé et avaient adapté et adopté le même mécanisme en Afrique du Nord chez eux, les auteurs musulmans les avaient pris pour de faux prophètes. Pour saisir et expliquer les évènements de l’histoire des Amazighes, la nécessité d’esquisser le cadre politico-religieux de l’époque s’impose. Car les évènements meuvent dans ce cadre et ce dernier lui-même a évolué avec le temps et avec l’expérience acquise par le Khalifat. Si on néglige le cadre politico-religieux dans lequel se déroule le récit historique, il serait difficile de rendre intelligible les évènements.

La première génération des Héros Amazighes ( Kusayla et Al Kahina ) a agi en ignorant totalement l’Islam. Cette génération affronta les armées omeyyades avec leurs forces dans le cadre de la légitime défense de sa propre patrie.

Une seconde génération de héros Amazighes avaient étudié l’Islam et exploité les provisions qu’offre le système islamique en particulier : le partenariat et l’alliance : l’institution des Mawali. Il faut inclure dans cette génération les parents de Tarik ben Zyad, les parents de Kenza des Awraba et parents du prophète Salih des Barghwata.

Une troisième génération de contestataires en mettant en valeur l’opposition entre les provisions coraniques et les pratiques de l’armée du Khalife Omeyyade comme Maysara représente cette génération qui a exigé l’application de l’égalitarisme coranique.

Une quatrième génération qui a exploité les conflits entre les shiites et sunnites en les instrumentalisant : Les Maknassa de Sidjilmassa imitèrent le Kharijisme. Les Awraba créèrent leur propre dynastie du shiisme zaydite centrée sur la figure d’Idriss. Chakya ben Abdelwahed, des Maknassa qui revendiqua le pouvoir en Andalousie après avoir forgé une généalogie le faisant remonter à Ali et Fatima la fille du prophète.

Les Almoravides ont réédité l’exemple de la Oumma de Médine sous le prophète Mohammed. C’est le premier intégrisme/fondamentaliste amazighe. Le Mahdi almohade aussi a instrumentalisé les provisions du shiisme pour réclamer le pouvoir que les Almoravides avaient entre les mains.

Le Messager d’Allah est considéré comme son nom l’indique le transmetteur privilégié du Coran qui est la révélation de la Parole inspirée d’Allah ( Wahy ). A ce titre le Coran constitue la seule médiation entre Allah et les Croyants. Mohammed, le Messager d’Allah jouit du privilège d’être le seul interprète du Coran à travers les hadiths. Ce privilège d’interprétation du Coran va être instrumentalisé par le parti shiite d’Ali pour justifier ses prétentions au pouvoir. Les corpus des hadiths ne sont définitivement fixés que plus de deux siècles après la mort du Messager d’Allah. Le second Khalife Omar avait interdit l’édition des hadiths pour ne pas frelater le Coran qui était encore non fixé définitivement. La pratique sociale mise en oeuvre par le Messager d’Allah puise ses éléments aux us et coutumes de la société arabe païenne ante islamique entre autres piliers de l’Islam ( chahada, salate :rokou', soujoud, tahyah, taslim; hajj, umra, sawm, sadaqa,) et aux premières interprétations du Coran initiées par le Messager d’Allah lui-même. L’objectif de l’expérience de la communauté appelée ‘’Oumma’’ de Médine s’inscrit dans la définition du code social de cette nouvelle communauté non fondée sur les liens de sang mais sur ceux de la nouvelle Foi. Ce code constitue la Sunnah, « la manière de se conduire » des musulmans. Cette Sunnah a nécessité plus de deux siècles pour être fixée définitivement par les Sunnites sachant que les Shiites, le parti d’Ali à son propre code qui diffère de celui de la Sunnah.

La guerre sainte


A la mort du Messager d’Allah en 632, non seulement aucune codification n’existe, mais le Coran le Livre sacré lui-même n’est pas encore « rassemblé» ou « recueilli » sous sa forme définitive. Le Coran sera édité par Uthman (644-655), le khalife qui en octobre 647 déclara un jihad et rassembla une armée pour l’envoyer subjuguer les Amazighes. Sans doute c’était pour détourner l’attention d’une partie de la Oumma qui contestait son gouvernement qu’il avait ordonne la conquête du pays des Amazighes, mais les contestataires ont fini par l’assassiner avec le silence bienveillant d’Ali qui briguait le poste. L’expansion de la communauté Médinoise pour englober toute la péninsule arabique et les possessions arrachées aux empires Perse et Byzantin a été assurée par la conquête militaire selon un mode mis au point par le messager d’Allah pour soumettre les tribus arabes: Envoyer un message demandant au chef de la tribu d’adhérer à l’Islam, de payer la zakate et de faire partie de la communauté de l’islam qui assurera la circulation des biens et des hommes et la protection militaire. En cas de refus, les représailles militaires vont être menées contre la tribu réfractaire, jusqu’à sa soumission. Omar Ibn Al Khattab va améliorer cette méthode en ordonnant à son armée de construire des forts spéciaux servant de bases arrieres pour les opérations en territoire a conquérir: Koufa, Qum, Fustat, Kairouane furent la concrétisation de ces instructions d’Omar le second Khalife. L’expansion de la Communauté englobant différentes ethnies ne s’opéra pas sans problèmes et les problèmes de rivalité entre les différentes composantes de cette nouvelle communauté vont surgir et prendront des tournures violentes. Avec l’avènement de l’Islam et l’expansion de son Etat surgirent les oppositions entre Mouhajirine et Ansars d’un coté appelés aussi Médinois et les Mecquois de l’autre coté qui sont fraîchement convertis à l’Islam par opportunisme mais occupant la haute hiérarchie du gouvernement. Les autres tribus notamment celles de l’Arabie du Sud prêtèrent allégeance au Messager d’Allah alors qu elles ne voyaient pas d un bon oeil la domination des clans mecquois et renièrent leur allégeance une fois la mort du Messager d’Allah survenue et la montée en flèche des clans mecquois.

L’islamisme étant né avec la mort du prophète et lors de la crise de sa succession. Les problèmes éclatèrent au grand jour quand les tribus de l’Arabie du sud souvent guidées par leur propre prophète local et muni de leur propre Coran renoncèrent à l’allégeance ( Bai'a ) donnée au Messager d’Allah. Le khalife Abu Bakr qui avait succédé dans des conditions difficiles au Messager d’Allah choisit de les combattre militairement pour les ramener à l’ordre. Au bout de deux années de sanglantes batailles l’Islam sortit vainqueur et la tribu de Modhar à laquelle appartient Qoraiche comme la souveraine. L’expérience tentée par les tribus arabes du sud de l’Arabie va être tentée par les Amazighes eux mêmes et des prophètes amazighes vont proposer aux Amazighes une révélation divine en langue amazighe et une religion adaptée à la mentalité locale ( Prophète Salih chez les Barghwata, Hammim chez les Ghoumara)

Lors de la succession du Messager d’Allah deux problèmes surgirent et qui n'ont jamais trouvé de solutions définitives jusqu’à aujourd’hui. C’est ce binôme de problèmes qui sert de plateforme même au terrorisme islamiste qui menace les Etats dits musulmans d’aujourd’hui. En premier lieu, il s’agit du problème politique pour gérer la communauté de l’Islam à la suite de la mort de celui qui était à la fois le chef spirituel et le chef politique. En second lieu un problème dogmatique au sujet de la poursuite de la mission religieuse. Faut-il prêcher, développer et élargir l’Islam aux seules tribus arabophones en mesure de comprendre le message coranique? Ou bien faut-il par la conquête militaire et la conversion répandre le message de l’Islam à tous les peuples de la Terre? Dans la réalité les deux problèmes sont inter liés et se cristallisent d’une manière objective autour du Chef de la communauté de l'Islam qui doit succéder au Messager d’Allah. Les réponses sont venues au fur et à mesure que la Oumma vécut son histoire.

La solution adoptée lors de la désignation d’Abu bakr comme premier successeur du Messager d’Allah est celle d’un "guide" capable de maintenir la cohésion de la Oumma au même niveau que celui auquel le Messager d’Allah l’avait conduit. Or Abu Bakr avait dû faire faire face à la désintégration de la Oumma notamment lorsque les tribus d’Arabie du sud renièrent l’allégeance prêtée au Messager d’Allah et préférerent suivre leur propre religion initiée par leur propre prophète ( Maslama et autres ). Abu Bakr consolida l’unité politique de l’Arabie sous la bannière de l’Islam au prix de deux années de combats sanglants desquels la Tribu de Modhar à laquelle appartenait Qoraish en était sortie victorieuse. L’aspect militaire de cette expérience est la suite logique de celui initié par le Messager d’Allah.

La solution adoptée par le second khalife Omar qui avait hérité d'une communauté unifiée et soumise au pouvoir de l’Islam fut d’orienter cette puissance militaire vers la conquête des confins byzantins et perses, imitant en cela la même stratégie et les mêmes tactiques mises au point par le Messager d’Allah et développés par Abu Bakr. L’élargissement de l’Islam par la conquête fut un impératif politique avec des ramifications économiques et militaires. Le sport national des Arabes est la razzia notamment en période de disette quand une tribu fait des incursions dans le territoire de la tribu voisine pour faire du butin surtout et d’éviter de faire couler le sang. Ce sport national était d’une pratique courante si bien que les conditions climatiques etant difficiles, il y avait toujours en Arabie des Tribus qui voulaient exercer ce sport pour s’approvisionner. Ce sport permettait de faire une redistribution des richesses des tribus nanties aux tribus moins nanties. La bataille de Badr est l’illustration de ces propos. Allah alors codifia la distribution du butin et ce sport devint un sport national agrée par Allah pour ne pas dire une justification de la guerre sainte. La sourate Al Anfal au verset 41 fixe la part de butin qui revient à Allah et à son Messager et aux démunis de la Oumma (Trésor de la Oumma). C’est justement en se fondant sur la sourate d’Al Anfal et de l’égalitarisme entre musulmans que l’Amazighe Maysara dans sa fameuse lettre adressée au Khalife Omeyyade remet en cause l’iniquité et l’injustice commise à l’endroit des Amazighes.

Le troisieme Khalife Uthman a dû continuer les conquêtes entamées par Omar et les étendre. Lors des débats engages par Uthman pour l’envoi d’une armée à la conquête de l’Ifriqya, il fut contrarié par Abdul Awar Said ben Zayd en arguant qu’il avait entendu Omar Ibn Al Khattab déclarer que tant que ses yeux porteraient les larmes, aucun musulman ne ferait une expédition à ce pays (rapporté par Ibn Abdelhakem et rapporte par An-Nuwayri). Pendant le gouvernement de ce troisième khalife surgit dans la communauté de l’Islam le problème dogmatique du rôle du khalife après son assassinat par une partie musulmane l’accusant d’avoir manqué à sa neutralité et d’avoir favorisé le népotisme en faveur de son clan mecquois dont la conversion tardive à l’Islam n’était dictée que par un opportunisme politique.

Role du khalife


Ce problème dogmatique aura dans la pratique deux réponses et des conséquences qui vont affecter le déroulement de l’histoire de l'Afrique du Nord.

Ce problème dogmatique de fond aura deux réponses:

  • Pour ce qu’on appelle communément les Sunnites, la révolution religieuse s’était achevée avec le Messager d’Allah qui est considéré par le Coran comme étant le sceau des prophètes. Avec le Coran, l’aventure religieuse de l’humanité touche à sa fin, la Parole d'Allah a enfin été révélée dans toute sa pureté et dans sa totalité en une langue arabe claire (Lisan arabiyyun fasih). Il s'agit pour les Sunnites de suivre et d'observer la Sunnah à travers les différents corpus d’interprétation, d’exégèses et de hadith qui ne manqueront pas de se former à partir de l’expérience sociale vécue par la Oumma. Dans ce cas le rôle du khalife revient à détenir le pouvoir politique et à gèrer les affaires de la Communauté en appliquant les provisions de la Loi(Charia) et en coordonnant les différentes pratiques existantes.
  • Pour ce qu'on appelle les Shiites ou parti d’Ali, la Parole d’Allah fixée par le Coran ne peut pas être immédiatement accessible aux croyants du fait que le Coran possède un sens caché (Batin) qui ne peut être révélé que par un médiateur, un guide, un Imam, choisi par Allah et participant de l’essence divine. Cet Imam est donc plus qu’un simple successeur, un khalife du Messager d’Allah, il perpétue, régénère et vivifie l’Islam par une interprétation du Coran à partir du fonds coranique (ta'wil mina Al Asli). Le secret de l’interprétation du Coran à été confié par le Messager d’Allah à Ali son cousin et gendre et père de ses petit-fils Al Hassan et Al Husayn. Et ce secret se perpétue dans la lignée agnatique d’Ali affirment les Shiites.

Pour eux la révolution religieuse est permanente et entendent perpétuer une fonction religieuse avec un système dynastique appelé en arabe l’Imamat. Le premier imamat shiite fut instauré par la Tribu Awraba à Walilli quand elle s’était servie du fugitif Idriss ben Abdallah comme imam pour étendre son pouvoir sur les autres tribus amazighes au Maghreb Al Aqsa.

Quand Ali Ben Abi Talib fut élu Khalife en 656 il n’est reconnu que par une partie de la communauté, la Oumma, et la première guerre civile entre les clans mecquois dominés par Mouawiya ben Abi Soufyane et le clan des Médinois (Mouhajirine et Ansars) devenus Shiite d’Ali. La Oumma qui est une communauté qui se croit porteuse de la vraie parole d’Allah connut sa première crise de conscience quand les deux partis s’entretuèrent: Comment les membres d’une telle communauté peuvent ils s’entretuer tout en se considérant être des musulmans? Cette crise de conscience s’accompagna par la naissance d un groupe de croyants qui rejeta les deux groupes en conflit et s’autoproclama être le seul sur le bon et droit chemin comme l’enseigne le Coran. Ce troisième groupe appelé Kharijites (Kawaridj): les sortants, constitue le premier schisme en Islam.

Les kharadjites: les sortants volontaires


Ces " Sortants volontaires" de la Oumma pour des raisons dogmatiques poussèrent à l’excommunication des deux groupes en conflit ( Mécquois et Médinois inclus les Ahl Albayt: la famille du Messager d’Allah ) jusqu’à les assimiler à des infidèles polythéistes, c’est à dire inférieurs aux Chrétiens et aux Juifs considérés comme "Gens du livre" et protégés par des provisions coraniques. La position des Kharidjites sur le rôle du khalife est à l’opposé de celle des Shiites d’Ali. Cette opposition est illustrée par les guerres que menèrent les Shiites fatimides de l’Ifriqya contre les Kharidjites de Sidjilmassa à savoir les Midrarites. Pour les Kharidjites le khalife ne représente qu’un dénominateur commun à un moment donné pour sa communauté. Il doit être élu par sa communauté qui le contrôle dans l’exercice de sa fonction. C’est aussi la communauté peut le déposer et le juger quitte même à le mettre à mort s’il manque à ses devoirs ou outrepasse les limites de sa fonction. N’importe quel croyant membre d’une communauté peut devenir khalife ou imam même s’il est esclave noir ce qui est en opposition avec les Shiites d’Ali qui n’acceptent comme Imam qu’un descendant d’Ali et de Fatima, la fille du prophète et avec les Sunnites qui n’acceptent comme Khalife qu’un descendant de la tribu de Qoraich pour justifier à posteriori la confiscation du pouvoir par Mouawiya.

Les Kharidjites amazighes offrent deux cas très connus en histoire : Celui de Maysara Al Madghari qui fut élu Khalife ou imam des Kharidjite amazighes par la communauté de Tanger en 740 et destitué de sa fonction et condamné à mort avant d’être remplacé par un autre khalife amazighe ou imam Khaled Ben Hamid de la tribu de Zénètes qui anéantit l’armée arabe à la bataille de Wasat al Al Achraf. Et celui de Aysa Ben Yazid Al Aswed élu khalife ou imam de la communauté Kharidjite de Maknassa de Banu Wasul à Sidjilmassa et qui fut déposé et exécuté après une dizaine d’années au pouvoir. Il fut remplacé par un autre khalife qui évita de commettre les fautes de son prédécesseur.

Dans l’Orient arabe, sous l’influence des problèmes ethniques exaspérés par le melting pot créé par le Khalifat Omeyyade, et sous l’influence des problèmes sociaux dus à l’ascension fulgurante de certains clans arabes, le kharidjisme va adopter le terrorisme comme moyen d’expression politique qui conduit le mouvement à des scissions internes qui aboutissent à des sectes extrémistes comme celle des Azrakites qui autorisent le meurtre de tous les musulmans non-kharidjites y compris les hommes, les femmes et les enfants; cela a eu pour effet une longue lutte sanglante au sud de l’Irak et de la Perse et qui s’acheva par l’extermination des adeptes de la secte. Par contre un groupe de Kharidjite plus modéré, les Ibadites, a pu se maintenir clandestinement à Basra avant de se disperser d’une part vers l’Afrique du Nord pour bénéficier de la sympathie amazighe et profiter du mécontentement des Amazighes et d’autre part vers les Oman et les tribus arabes de l’Arabie du sud qui gardaient encore rancoeur aux Arabes de Qoraich qui les avaient subjugués sous le règne du khalife Abu Bakr. Les Ibadites vinrent chez les Amazighes et trouvèrent des oreilles attentives et des hommes prêts à réaliser l’idéal kharidjite. Les anti-Khalifats Kharidjites de Tanger sous Maysara et de Sidjilmassa sous les Banu Wasul en sont l’illustration.

A coté de cette auto exclusion des Kharidjites qui représentent en fait des idéaux de la république et de la démocratie tribale. Un autre groupe social musulman va prendre une position intellectuelle plus nuancée au sujet de la guerre civile qui opposa les Mecquois et les Médinois ou plus simplement l’opposition Moawiya contre Ali ben Abi Talib, le khalife élu mais non reconnu par toute la communauté. Ce groupe intellectualiste et rationaliste considérait que du moment que deux parties s’affrontent, l’une d’elles devait avoir tort. Cependant ce groupe s’abstint de designer laquelle des parties avait tort. Ces abstentionnistes furent appelés Al Mutazila (ceux qui se sont volontairement séparés) et plus qu’une espèce de secte, ils constituent une école de pensée rationaliste et intellectualiste soutenant le libre arbitre et pour laquelle les actions humaines de quelque nature qu’elle soit découlent de la libre volonté de l’homme et en termes plus simples ne reconnaissent pas le "maktoub",c’ est a dire le « prévu par Allah ».

Cette période des khalifes dits « les bien guidés » ( rachidine ) fertile en germes de dissensions futures qui vont polariser et structurer la société islamique et son histoire se termine avec l’assassinat d’Ali le quatrième Khalife par un kharidjite et la domination des clans mecquois du khalafat islamique à travers la famille de Mouyawiya bnou Abi Soufyan dont l’animosité au Messager d’Allah et à l’Islam fut bien connue des Arabes. Moawiya fuyant les guerres avec les Shiites d’Ali et la famille du prophète fixa une nouvelle capitale du khalifat à Damas. le Khalifat Omeyyade encouragea les conquêtes pour occuper les Arabes en leur offrant l’occasion d’exercer leur sport national à savoir le razzia en pillant les peuples limitrophes à Dar al Islam( pays soumis au Khalifat islamique). Par opposition à Dar Al Islam et pour la pratique de la razzia le reste du Monde devint alors Dar Al harb et le khalifat Omeyyade lancera des armées dans toutes les directions : vers la Chine et l’Inde et vers Constantinople et l’Afrique du Nord.

Le parti d’Ali poursuit ses revendications au pouvoir confisqué astucieusement par Mouawiya. Yazid le fils et successeur de Moawiya réprima dans le sang les prétentions des Shiites à Karbala en l’an 680. Le dogme shiite après ce bain de sang s’enrichit d’un élément nouveau appelé : La passion ou le martyr d’Al Hussayn à Karbala. Dans le shiisme le martyr de l’Imam Al Husayn investi des attribues divins est similaire à la passion de Jésus Christ dans le christianisme. La passion d’Al Hussayn à l’image de celle du Christ devient dans le shiisme un moyen de rédemption et implique comme dans le christianisme la "parousie", le retour de l’Imam à la fin des temps pour l’inauguration d’une ère nouvelle. L’Imam devient alors le Mahdi c’est à dire la version en arabe du Messie. Cette évolution des doctrines shiites d’une similitude frappantes avec le christianisme va trouver des adeptes chez les Amazighes chrétiens, là où Tertullien et saint Augustin avaient déjà prêché c’est à dire chez les Kottama de l’Ifriqya et Bejaya.

Le Shiisme

Les tentatives des descendants d’Ali de renverser les Omeyyades ont été toujours vouées à l’échec. Ils furent pourchassés et exterminés et parmi les rares qui ont pu se réfugier très loin de Damas figure Idris Ben Abdallah à Wallili parmi les Amazighes Awraba qui l’ont instrumentalisé pour déclarer leur indépendance du Khalifat. Les Omeyyades furent renversés par un clan de la famille du Messager d’Allah: Les Abbassides descendants d’Al Abbas oncle paternel du Messager d’Allah. Le clan abbasside représente le compromis entre les différents clans d’Ahl Abayt. Il réussit dans le renversement des Omeyyades en cherchant la coopération avec les Shiites d’Ali et les peuples non arabes mécontents de la domination arabe notamment les Perses en s’inspirant de la doctrine mutazilite du compromis entre deux positions extrêmes.

La grande révolte de 759-750 renversa le khalifat omeyyade grâce aux efforts des Abbassides qui réussirent à assurer la coopération de tous les ennemis des Omeyyades y compris l’ennemi juré Shiite. Mais une fois au pouvoir les Abbassides écartèrent les Shiites d’Ali qui assistaient impuissants encore une fois à l’écroulement de leurs rêves de réunification des peuples de l’Islam sous l’Imamat d’un descendant d’Ali.

A partir de l’époque abbasside le parti shiite prit une orientation résolue de se séparer du reste de la Oumma et de se radicaliser dogmatiquement.

A cette radicalisation et cette séparation, le reste de la Oumma appelé généralement les Sunnites va progressivement lui aussi s’attacher à fixer ce qu’on appelle l’Islam sunnite " orthodoxe".

Le fossé dogmatique se creuse entre les deux sectes de l’Islam jusqu’aujourd’hui.

La promesse reniée des Abbassides entraîna la désillusion chez les Shiites qui s’exprime par le rejet du reste de la Oumma. Ce rejet prit plusieurs formes s’échelonnant de l’utopie au pragmatisme.

-1) Les shiisme zaydite


Zayd fils d’Ali Zayn Al abidine fils d’Al hussayn ne figure pas comme Imam shiite et Ibn Khaldoun affirme que Zayd avait reconnu le khalifat d’Abu bakr et celui d’Omar d’un coté et avait supporté que la désignation d’Ali comme successeur du Messager d’Allah était une description des attributs préférables et non Ali lui-même, mais comme les deux premiers Khalifes présentaient des attributs meilleurs il fallait accepter.

Surnommés d’après Zayd le petit-fils d’Al Hussayn fils d’Ali Ben Abi Talib, ce shiisme s’exprime en un dogme modéré et en une politique pragmatique. Selon ce groupe shiite le rôle de l’Imam est de jouer un rôle religieux et temporel centré sur le présent et la politique présente et actuelle. C’est la lutte politique et militaire dans ce monde présent qui mène l’Imam et sa communauté vers son but. Ce pragmatisme zaydite se réalisa par l’Imamat Idris ben Abdallah à Wallili parmi la communauté amazighe des Awraba d’un coté et par l’Imamat zaydite du Yémen et l’Imamat des Alides de la Mecque et de Médine qui subsistèrent jusqu au XXe siècle quand Churchill les instrumentalisa pour pourvoir les royaumes d’Irak et de Jordanie.

-2) Le shiisme ismaélite


A l’opposée du shiisme zaydite se trouve le shiisme ismaélite qui développe la logique de l’Imam ‘’Mahdi’’. Parmi les dogmes qui ont réussi à pénétré le shiisme fut celui de l’incarnation des attributs divins dans l’Imam emprunté au christianisme et la métempsychose ou migration de l’âme d’un imam à un autre emprunté au bouddhisme. Les Imams comme Jaafar Seddiq qui fut déclaré l’incarnation des attributs divins pendant son vivant avait démenti ce genre de spéculation, mais les croyants shiites continuèrent à y croire.

Le concept de l’Imam possédant une essence divine qui réapparaîtra à la fin des temps finit par concentrer l’ensemble des attributs en une seule personne et par rendre superflue la succession des imams jusqu’à l’avènement du Royaume.

L’imam temporel doit alors disparaître, se cacher, pour réapparaître quand le temps s’accomplira. Le premier imam "caché" est Ismail, le fils du sixième Imam reconnu comme 7eme par une partie des fidèles shiites. Son nom servira pour dénommer ceux qu’on désigne par Ismaélites. Ces derniers mettent en place des structures révolutionnaires et insurrectionnelles pour accomplir l’avènement du Mahdi. Ce mouvement a ses origines égyptienne et amazighe, mais il présente différentes sectes qui seront examinées successivement.

-2.1) Le shiisme Ismaélite des Karmates


Ce shiisme a proliféré au sein des populations arabes de la cote proche de Bahrein et tirent leur nom du fondateur de ce mouvement et dura deux siècles. Dans le dogme shiite de l’Ismaïlisme, c’est le mahdi lui-même qui initie et crée la société idéale de justice; dans le cas des karmates c’est l’inverse qui se produit: la société idéale étant réalisée immédiatement en attendant la venue du Mahdi,alors la charia, la loi est abolie et les interdits deviennent permis. Cette attitude leur a valu la réputation d’athéisme notamment quand ils attaquèrent la Mecque en 930, massacrèrent les pèlerins et détruisirent la Kaaba en emportant avec eux la "Pierre noire" pour marquer la fin de l’ère musulmane. Pendant 21 ans, la Kaaba a été visitée sans que les pèlerins ne puissent toucher la Pierre noire et en l an 951 cette dernière fut restituée contre rançon.

-2.2) Le shiisme des Nusayris ou Alawite


A cette utopie karmate s’ajoute une autre utopie, celles des Nusayris qui poussant jusqu’au bout la logique ismaélite se réfugient au sein de la divinité absolue. Pour eux la révolution permanente du shiisme est traduite en une cosmologie cyclique aboutissant à un panthéon fige couronne par Ali qui atteint enfin la divinité absolue. Les Nusayris comme les karmates et autres utopies religieuses se situent à l'extérieur de l'espace des grandes religions initiées par le Dieu de la révélation (Elohim.YHWH,Allah)

-2.3)Les shiites Ismaélites Fatimides


La branche ismaélite est née en Afrique du Nord et plus exactement en Tunisie actuelle, un territoire où existait depuis la haute antiquité une civilisation qui a été fortement punicisée, romanisée et christianisée. Le rayonnement spirituel de Carthage et des évêchés amazighes continue jusqu’à présent de radier sur toute l’humanité à travers les écrits de Tertulien, saint Cyprien et saint Augustin. Cette branche shiite formait une tendance médiane entre les utopies précédentes et les autres sectes du shiisme. Elle a réussi grâce à l’apport amazighe des Kottama à mettre en place les fondements de son rêve de domination de l’Orient arabe en s’emparant de l’Egypte de la Syrie et du Yémen. La revanche amazighe contre les invasions arabes fut la proclamation d’un contre khalifat Fatimide et la création d’une nouvelle capitale pour rivaliser avec Damas et Bagdad( bien que Bagdad fut créé par Al Mansour dont la mère fut amazighe) à savoir Le Caire.

Sur le plan formel le premier khalife de cet anti-khalifat fut proclamé à Sidjilmassa,mais le doute au sujet de sa généalogie le remontant à Ali et Fatima, fille du Messager d’Allah laisse penser qu’il s’agit en fait d’un amazighe qui avait instrumentalisé des idées shiites pour acquérir le pouvoir. Une première tentative qui avait réussi pendant une décennie en Espagne musulmane par Chakya ben Abdelwahad qui se faisait appeler Abdallah ben Mohammed Alfatimi et s’autoproclama Mahdi dans la ville Sainte Marie.

Le Khalifat Fatimide saturé d’Amazighes Kottama constitue jusqu’à aujourd’hui la plus grande réussite temporelle du shiisme extrémiste. Les fatimides apparaissent à un moment de l’histoire avec le khalifat abbasside affaibli, soumis à la bonne volonté du groupe shiite des Bouwayhides et cerné par des provinces aspirant à la sécession. La Palestine et la Syrie sont conquises par des généraux amazighs de la tribu des Kottama et préparèrent activement l’assaut final contre Bagdad.

L’historiographie sunnite occulte cette parenthèse fatimide dominée par les Amazighes Kottama. Cet exploit amazighe et cette reconquête de l’Orient arabe ne sont qu’un retournement de situation dans la vie des peuples.

Les peuples conquis et pillés par les armées arabes des khalifes rachidine et omeyyade ont pris leur revanche sur l’Orient expansionniste et conquérant pour lui faire subir l’humiliation de la conquête manu militari. Les étriers amazighes furent les premiers à subjuguer l’Orient arabe devançant de quelques décennies les autres peuples turc, mongol et européen (croisades).

Mais l’assaut final contre Bagdad ne sera pas donné car le trafic maritime avec les Indes se fait par le Yémen et Oman et c’est dans cette direction que les amazighes fatimides orientèrent leur énergie. Les Imams fatimides vont vite se retrouver empêtrés dans les intrigues de sérail comme tous les illustres prédécesseurs et le khalifat fatimide lui-même en tant que réalisation constitue une concrétisation et en même temps une mort certaine de l’utopie du shiisme ismaélite qui adopta la gnose comme élément fondamental de sa raison d’être.

Le khalifat se trouvait confronté à se sortir de l’idée de la " fin des temps" et de ce fait le khalife Al Hakim (996-1021) proclama sa divinité la faisant coïncider avec le millénaire selon la chronologie chrétienne fort répandue dans les milieux gnostiques d’Egypte.

Mais à sa mort ou plutôt sa ghayba, son occultation, l’Etat califale fatimide devra continuer à exister, tandis que les croyants shiites fatimides sincères cherchent un point de fixation. Cet avatar d’Al Hakim à pour résultat la naissance de la secte des Druzzes. Laquelle fidèle à la divinité d’Al Hakim va se réfugier dans les montagnes du Liban et de la Palestine où elle se trouve toujours jusqu’à aujourd’hui attendant le retour de l’Imam caché.

-2.4) Les Ismaélites d’Alamut" Les Assassins


Les généraux fatimides de la Tribu Kottama ayant conquis la Syrie et la Palestine se trouvait face une nouvelle ethnie qui fut aussi conquise par les Arabes et qui est venue prendre sa revanche. Il s'agit des Turcs de l’empire seldjoukide, une nouvelle force islamisée sunnite et de rite hanafite et qui prend sous sa protection en 1058 ce qui reste du khalifat abbasside de Bagdad et surtout de son symbole au sein de la Oumma sunnite.

Cette nouvelle force s’interposa entre les shiites fatimides et les Ismaélites de l’Iran empêchant la réalisation d’un ensemble géographique continu sous la bannière shiite. Les Shiites d’Iran se révoltèrent contre les Seljukides en 1090 et occupèrent le fameux château d’Alamut dans la Chaîne de l’Elbrouz au nord de l’Iran. Ce succès leur donna l’occasion de rompre avec les fatimides d’Egypte qui étaient leurs mentors.

L’occasion leur fut offerte lorsque Nizar, fils du khalife fatimide Al Mustansir fut écarté du pouvoir en 1094. Les Ismaélites de Perse embrassèrent la cause de Nizar pour devenir Nizarites .

Les Ismaélites de Syrie et de Palestine (à l’exception des Druzzes) s’étaient rallies à la cause des Ismaélites d’Alamut et le nom qu’ils reçurent des auteurs européens est celui des "Assassins". Ces ismaélites devenus légendaires vont être les maîtres d’oeuvre de l’explosion finale de l’extrémisme shiite.

Comme les Fatimides, les Ismaélites d’Alamut se trouve face au dilemme de la réalisation de l’utopie. C’est ainsi que Hasan Al Sabbah, le quatrième seigneur d’Alamut (1162-1166) contemporain des Almohades, proclame solennellement l’avènement de la résurrection (‘’Al Qiyyama’’) et par conséquent l’abolition de la charia et la réalisation du paradis sur terre.

Comme pour le Khalife fatimide Al Kamil le problème de la divinisation de Hassan Al Sabbah posa un problème à son successeur qui fut obligé de revenir sur ce que son père avait décidé et remettre la fin des temps et Al qiyyama à sa place. Ces Ismaélites survivants des massacres perpétré à leur endroit par le mongol Holagu et les descendants des Imams subsisteront divises en deux branches jusqu’à l’établissement officiel du Shiisme en Iran par les Safavides. Ils réapparaissent au XVIIIe siècle et au XIXe siècle ils s’établissent en Inde et leur Imam reçoit le titre d’Agha Khan pour se perpétuer jusqu’à aujourd’hui.

Les explosions multiples de l’Ismaïlisme aussi bien en Afrique du Nord qu’en Asie illustre l’impossibilité d’une victoire aussi bien dogmatique que temporelle sur l’Islam sunnite, plus formaliste ainsi aussi que plus pragmatique et plus enclin au compromis.

-3) le shiisme duodécimain


Le mouvement shiite est réputé par ses scissions et ses recombinaisons tout au long de son histoire perturbée dans laquelle les éléments de l’héritage perse ont joué un rôle important. Les perses n’avaient jamais « avalée » la défaite de leur empire face aux Arabes venus du désert et considérés comme non civilisés, mais continuaient pour des raisons ethniques de vénérer la classe sassanide qui s’était éteinte avec la mort du dernier roi lequel fut survecu par sa fille. Cette princesse fut la femme du troisième Imam shiite Al husayn. Aux yeux des perses la descendance d’Al Husayn revêt un cachet sacré et mérite à la fois l’adoration, le culte et l’accession à l’imamat suprême. La déification de leur roi était une affaire commune comme l’a été chez les romains :un empereur pouvait être déifié par le Sénat de Rome comme le fut César et son fils adoptif Auguste qui portait le titre de Fils de Dieu.

Ali bnou Abi talib avait eu deux épouses l’une, Fatima la fille du Messager d’Allah et l’autre Al-Hanafiya. La descendance de Fatima était représente par Al Hasan et Al Husayn et celle d’Al Hanafiya par Muhammed (surnommé Ibnou Al Hanafiya). Dans la branche d’Al Hanafiya les shiites de tendance perse avait refusé de les considérer comme méritant le titre d’Imam de leur ancêtre Ali Bnou Abi Talib, alors que les Shiites d’origine arabe les opposaient sur ce point. D’où une première scission liée à la lignée maternelle. La lignée des Alides descendant d’AlHanafiya réussit à faire une paix relative à l’avènement du Khalife omeyyade Omar Ibn Abdelaziz en l’an 717 .

Abu Hashim le fils de Mohammed ibn Al Hanafiya étant sans descendance male fit hériter son titre à la descendance d’Abbas l’oncle du prophete. Encouragé par ce legs les Abbassides vont oeuvrer pour hâter la chute des Omeyyades, cette opposition s’inscrivant dans la logique d’ opposition entre le clan des Hashim (auquel appartient le messager d Allah et Ali) et le clan de Abdu Chams auquel appartient les omeyyades au pouvoir. Le 4eme Imam shiite est reconnu en la personne de Ali Zayn Al Abidine dont la mère est une princesse perse. Il avait deux fils dont l’un est Zayd qui fut un rationaliste formé à l’école mutuzalite de Wasil ben Ata. Zayd est le fondateur d’une branche shiite des zaydites représenté par Idris ben Abdallah à Walili grâce à l’appui amazighe des Awraba.

Le 5eme Imam est Mohammed Al Bakir et le 6eme est Jaafar Saddiq decede en l an 765. Ce dernier était bien instruit des idées grecques notamment le néo-platonisme. Il opta contrairement aux musulmans pour l’interprétation allégorique du Coran du fait qu’il considère que le Coran a un sens caché (batin); ainsi la gnose trouve son chemin au discours religieux shiite et aura une influence considérable sur le reste des courants religieux et leur évolution. Jaafar Saddiq fut le premier imam qui s’autodéclara être une incarnation divine et son enseignement d’inspiration divine. A la mort de cet Imam naquit la crise de succession qui se termina par l’émergence des Ismaélites dont le succès avec l’aide des Kottama a fini par créer l’anti-khalifat fatimide basée en Afrique du Nord avant de conquérir l’Egypte la Syrie et la Palestine. Entre les groupes de shiites (zaydites, Ismaélites) actifs politiquement et dogmatiquement un courant moins actif mais majoritaire continue à s’attacher à la succession temporelle des Imams en espérant toujours arriver à un compromis avec les Abbassides.

Le 7eme Imam reconnu par ce courant est Musa Al-Qazam, le frère d’Ismail dont les adeptes ont rompu les rangs. Al Mamoun a promis au 8eme Imam shiite Ali Ar-Rida de lui succéder à sa mort, mais la promesse ne fut pas tenue. Les Imams shiites vont être confinés à la ville de Samarra récemment construite à cette fin. Au 9eme Imam Muhammed Al Jawad succéda le 10eme Ali Al Hadi, suivi à son tour par Hasan Al Askari (e 11eme Imam) qui décéda en l’ an 873. Juste après la succession du 12eme Imam Muhammed al Muntazar, disparut à Samarra. Les shiites disent que le 12eme Imam, Mohammed Almuntazar va réapparaître au moment propice. Ce courant shiite est appelée duodécimain (Ithna ashariya) fixant le total des Imams à 12 dont le dernier est caché et réapparaîtra pour rétablir la justice.

Le Sunnisme

Les armées arabes venant à la conquête de l’Afrique du nord n’avaient d’autres objectifs que celui de piller et non de répandre l’Islam. Quand ils avaient la chance d’avoir appris quelques sourates du Coran, ils n’avaient pas l’occasion de les traduire aux amazighes. Ces conquérants n’avaient que leurs propres pratiques d’un islam auquel ils venaient juste d’adhérer. Cette introduction est nécessaire pour expliquer aux amazighes d’aujourd’hui que les conquérants arabes ne connaissaient ni le Coran par coeur et ni en totalité, n’avaient pas de copies de coran dans leurs bagages à distribuer aux amazighes et n’avaient point de Sahih Al Boukhari et Muslim et ignoraient même qui était Abu Horayra. Il est utile pour une lecture de l’histoire de reconnaître que les Amazighes ne savaient pas qu’ils affrontaient les étriers d’Allah porteurs des "lumières "mais étaient certains qu’ils affrontaient des cavaliers pilleurs, preneurs de captifs et d otages et dévalisant les coffres des quelques cités amazighes qui avaient échappé aux Vandales.

En dehors de l’édition du Coran par le 3me khalife Uthman, la codification des hadiths fut interdite par le second Khalife Omar. Les préoccupations des Khalifes englobaient la gestion des conquêtes et la consolidation de l’Etat islamique. Les Omeyyades pour gérer les affaires de l’empire s appuyaient sur les autorités régionales héritées soit des byzantins soit des perses. Les langues en usage dans l’empire islamique furent le grec, le perse et le copte. La monnaie en circulation fut celle des conquis. Dans la Oumma de l’Islam de cette époque des conquêtes, apparaissent 3 strates distinctes:

1/Les Compagnons du Messager d’Allah qui s’étaient convertis par conviction à l‘Islam et voyaient en cette nouvelle religion un moyen de créer la fraternité de tous les croyants furent-ils arabes ou non arabes (ajam).Ces Compagnons jouissaient d’un grand prestige mais étaient numériquement faibles dont il faut citer a titre d'exemple : Abu Bakr, Omar,Uthman, Abderrahman Bnou Awf etc...

2/Le parti arabe constitue généralement par les Arabes de la tribu Qoraish qui ont adhéré à l’Islam une fois que ce dernier s’était montré en force et en mesure de dérouter Qoraich. Ce parti a adhéré à l’Islam par calcul et par une tradition tribale de reconnaître le clan le plus fort afin de profiter de son prestige. Ainsi Qoraich émergea après la conquête de la Mecque comme une Aristocratie arabe qui ne sert pas l’Islam mais se sert de l’Islam pour dominer tous les Arabes et bientôt les pays conquis. Le khalifat omeyyade représente ce parti. Les conquêtes pour lui étaient un moyen d’accroître les entrées fiscales pour récompenser l’Aristocratie Qoraishite et accessoirement les autres Arabes qui participaient a l effort de la guerre, financer de nouvelles guerres de conquêtes et maintenir la paix intérieure. La religion n’étant pas une priorité à appliquer, les gouverneurs omeyyades vont continuer à prélever des taxes sur des peuples convertis à l’Islam alors qu’ils en sont légalement exempts par une provision coranique ce qui amena vers le début du VIIIe siècle la révolte dite des Mawali aussi bien à Tanger par Maysara qu’en Irak . Pour les conquérants arabes de ce parti arabe, la conquête des pays étrangers était un moyen d’enrichissement à court terme par le pillage et les tributs de guerre et à long terme par l elargissement de son prestige social par la formation des liens de clientelisme/alliance des MAWALI . Même converti et associé par le lien du WALA, le néophyte demeure dans une position inférieure de la hiérarchie sociale arabe. De toute façon durant le Khalifat omeyyade jusqu’à l’avènement d’Omar Ben Abdelaziz en 717 la conversion à l’islam des peuples conquis fut découragée pour des raisons précédemment évoquées et si elle avait eu lieu c’était uniquement pour répondre à une exigence militaire pour diviser l’ennemi afin de l’affaiblir.Les Arabes etaient conscients de leur faiblesse numerique face aux peuples conquis d ou le recours a l alliance sous couvert d une conversion de surface. Le lien de clientelisme/alliance permet une delegation de pouvoir aux etrangers( adjam) qui sont plus aptes a comprendre et a combattre les leurs que les Arabes eux -memes.L’exemple a été donne par Okba Bnou Nafi qui recruta une armée de néophytes amazighes avant d’entreprendre sa chevauchée en Afrique du nord

3/Les convertis appelées Mawali ou clients et plus exactement alliés notamment pour faire la guerre, car les Arabes ne tissaient des liens que pour se défendre d’un danger mortel. Ces convertis devraient bénéficier de la fraternité prévue par le Coran notamment dans le verset 10 de la sourate 49. Mais au moins jusqu’à leur révolte à Tanger et en Irak le khalifat les tondait pour renflouer ses caisses.

Les deux premiers khalifes bien guidés (rachidine) furent de la première strate, le 3eme fut aussi de la première strate , mais appartenant au clan de Banou Chams ,c’est à dire celui de Mouawiya. Uthman obéissant à des réflexes tribaux favorisa les membres de son clan notamment Mouawiya devenu gouverneur à Damas qu’il ne quitta point qu apres sa mort en tant que 5me khalife en nommant son fils Yazid pour lui succeder. Il y resta et s’opposa au 4eme khalife sur la base de vengeance de la mort d’Uthman auquel Ali aurait encouragée par son inaction. Ce coup d’Etat militaire inaugura l’ère dynastique des Omeyyades qui est considérée comme une ère islamique en titre mais laïc dans les faits et monarchique dans la succession,ce qui est contraire a la sunnah du Messager d Allah et des 4 premiers Khalifes . En Syrie et en Egypte Le contact des Omeyyades avec une culture byzantine et romaine sera profitable pour l’Islam en matière d’organisation sociale (adoption de la fiscalité, des lois romaines etc...) dans l’art et dans l’artisanat. Les fonctionnaires de l’Etat califal n’étaient pas musulmans mais chrétiens, coptes ou perses. Dans l’Islam primitif des premiers temps il n’y avait pas une ligne de démarcation entre la Loi canon (charia) et la loi révélée par le Coran (mariage, divorce, héritage et droit de succession, talion),les deux se confondaient.Dans les pays conquis et soumis à la domination musulmane l’islam est confronté à des situations nouvelles et différentes qui n’ont que de flous rapports avec ceux de Médine. C’est en cette période que les musulmans pour résoudre les nouveaux cas sociaux se posaient des questions empathiques au sujet des réactions du prophète : Si le Messager d’Allah était confronté à un problème comme celui-ci qu’aurait-il trouvé comme solution? Comme ils prétendaient connaitre de visu ou par ouï-dire les cas résolus par le Messager d’Allah ils anticipaient des réactions qu’ils estimaient allant dans le sens des cas qui leur ont été résolues par le Messager d’Allah ou un Khalife bien guidé (rachide). C’était des questions hypothétiques au conditionnel et les réponses sont également au conditionnel. Avec le temps ces réponses à une situation hypothétiques devinrent connues et acquierent une validité comme si le Messager d’Allah les avaient lui-même édictées. Ces hadiths souvent émis par des arabes d’origine Quraychite participaient au prestige des narrateurs et de leur tribu. On distingue généralement la sounnah comme ce qui a été l’oeuvre du "salaf" que l’on peut définir à titre rétrospectif par les Compagnons, les suivants et les suivants des suivants, c’est a dire en tout trois premières générations. Les Compagnons sont considérés par les sunnites comme étant à la fois source et autorité en matière de droit. La chaîne de transmission des hadiths doit inclure des personnes dûment connues pour avoir été en rapport avec l’autre afin que la transmission orale ait eu lieu. Il est certain qu’à l’époque omeyyade, les Arabes qorayshites tentaient de résoudre des problèmes en créant et en méditant sur ce qui leur est connu des réactions et des comportements du Messager d’Allah et d’inférer une réponse plausible. Mais en suivant le développement des écoles juridiques musulmanes il est édifiant de prendre en ligne de compte le facteur temps et l’environnement social des territoires conquis où ce droit a évolué.

L’école Sunnite Awzaite

L’étude rétrospective du droit musulman révèle la présence de portions importantes de la loi civile romaine dans la Charia. Ceci est du justement à la position officielle du Khalifat qui était intéressé par prélever les impôts, maintenir l’harmonie sociale des conquis et surtout résoudre la pénurie de cadres arabes musulmans en mesure d’assurer des fonctions nouvelles qui n’ont jamais été connues des Arabes du désert. Mais progressivement les musulmans s’étaient mis à l’étude et à la connaissance des milieux sociaux à gérer. Cette période d’exploration , d’étude et d’imbibition de l’esprit du Code civil romain est offerte par l’école dite d Al awzai (mort en 774). Il fut contemporain d’un autre Imam de la sunnah Abu Hanifah (mort en 798). Mais ni l’un ni l’autre n’avaient laissé d’ouvrages exposant l’enseignement juridique qu’ils avaient assuré. C’était Abu Yusuf disciple d’Abu Hanifa qui fixa l’enseignement de son Maître et critiqua l’enseignement d’Al Awzai. Al Awzai, au cours de cette période d’exploration et d’etude des sociétés soumises au Khalifat avait adopté la technique de l’opinion personnelle ( Ra’y) des dhimmis qui avaient à gérer les affaires dans les cités soumises depuis l’antiquité à la loi romaine. Ces praticiens de la loi romaine s’acquittaient de leur tache dans un esprit de justice et d’impartialité et le juge musulman assurant une espèce de rétrocontrôle comme dans l’appel valide ou rejette l’opinion. Au fur et à mesure que les musulmans deviennent nombreux numériquement et les nouveaux problèmes surgissent (commerce, rapports sociaux, litiges etc.…) les juges musulmans s’inspirant des cas dhimmis résolues formulent aussi leur opinion pour résoudre les cas nouveaux. Sans appliquer la loi islamique encore réduite à ses énoncés coraniques l’usage de l’opinion pour résoudre les nouveaux cas se répand dans l’ensemble des pays qui naguère étaient soumis à la loi romaine depuis l’Espagne, jusqu’à la Syrie en passant par l’Afrique du Nord et l’Egypte. La justification de l’usage de l’opinion se fonde sur l’idée que l’intellect peut intuitivement percevoir ce qui est de droit et juste en partant du fait qu’il y a un standard social de ce qui est vrai ou faux dérivant d’une approche philosophique subséquente aux idées continues dans le code civil romain qui était en pratique depuis plus de six siècles dans les territoires conquis par l’Islam.

L’école juridique d’Abu Hanifa: Ahlu Al Ra’y (Ecole des gens de l’opinion)

L’imam Abu Hanifa va s’appuyer sur l’opinion développée par l’école d’Alawzai pour montrer ses limites. Il recourt alors au Coran pour donner du poids aux provisions coraniques expressément formulées et qui s’imposent dans le code civil musulman (Charia). Pour étendre le champ d’application des provisions coraniques Abu Hanifa recourt à l’analogie et au syllogisme ( qiyas) pour former son opinion( Ra’y). Dans le cas ou l’opinion obtenue par le procédé de l’analogie risque d’être en opposition à une provision coranique mais offre justice et équité lors de son application alors Abu Hanifa la déclare préférable ( Istihsan). Abu hanifa n’admet l’opinion (Ra’y) que dans ce cas précis pour soulager le fidèle confronté à un problème de justice et d’équité. C’est ce procédé qui permet une actualisation permanente des provisions coraniques en prenant en ligne de compte la liberté et l’équité du fidèle. Son école fut connue par le titre “ gens de l’opinion: c’est à dire “ Ahl al ra’y”. Abu Hanifa n’a pas fait du hadith une pièce maîtresse de son école juridique.

L’école hanéfite proche du pouvoir du khalife accommode les pouvoirs publics et se montre rigoriste pour le défendre. Pour la pratique sociale de l’Islam elle est plus souple pour accommoder l’ensemble des sujets du khalifat: musulmans et gens du Livre. Le cas le plus cité pour montrer sa souplesse par rapport au rigorisme du malikisme est la consommation du vin par les musulmans. L’Imam de Bagdad l’avait permise alors que celui de Médine l’avait interdite disait un poète en immortalisant les deux sentences juridiques diametralement opposees des deux écoles sunnites. Son école respecte la liberté personnelle aussi bien de l’home que de la femme notamment pour le droit de la femme de contracter le mariage. Elle est la première école à formuler les règles pour les contrats commerciaux intéressant les reventes futures pour le profit et prépaiement de biens pour des livraisons futures. Mais cette souplesse et cette ouverture/disposition à résoudre les nouveaux cas va disparaître après l’époque des Croisades et l’école va subir la sclérose et le mimétisme servile (taqlid). L’Afrique du Nord n’a pas connu le hanafisme mais le malikisme.

'L’école juridique de Malik Bnou Anas Al Asbahi: ahlu Al hadith( Ecole des gens du hadith)

Malik b. Anas (mort en 795) contemporain d’ Abu Hanifa était ouvertement contre l’usage de l’opinion(Ra’y), de l’analogie ( qiyas) et de la préférence( istihsan) sauf si la conclusion logique de cette analogie et cette préférence conduit à un bienfait général ou public (al manfa’ a al ‘a mma).Malik donne la préférence à la tradition et l’oeuvre de la Communauté de Médine (amal ahlu al madina) qui l’était par les hadiths et le Coran. Il ajoute un élément nouveau à la validation de la loi islamique à savoir le consensus de la communauté (ijma) qui est ici l’usage commun de la communauté de Médine. Mais Médine n’est plus le centre du khalifat et les peuples convertis vivent sur trois continents. L ’Imam Malik prend sérieusement la coutume Sounnah et la soumet à une critique scientifique qui lui permis de ne reconnaître que 300 hadiths approximativement comme authentiques (Sahih) et codifiés dans son fameux ouvrage appelée Almuwatta (la voie aplanie) ( cité par ibn Khaldoun Prolégomènes VI,5). Comme les musulmans amazighes et ibériques ne se rendaient point à Damas et Bagdad et se contentaient de visiter La Mecque et Médine dans le cadre du pèlerinage, c’est l’enseignement de cette école qui trouva son chemin en Afrique du nord et en Andalousie. Ainsi très tôt Shatibi (mort en 790) critique l’école malikite (fiqh maliki) et montra un désaccord avec Malik sur des points importants entre autre la taxation et la signification du taqlid (précédent). Il insista sur le primat du Coran comme source de droit et mit l’emphase sur l’intérêt individuel et l’intérêt général comme un sujet de première importance pour la loi islamique (fiqh). L’école malikite est conservatrice et punit l’adultère par la lapidation.

L’école juridique de Shafe’i

L’Imam Shafe’I était le disciple de Malik B. Anas avant de se rendre à Bagdad pour maîtriser l’enseignement de l’Imam Abu Hanifa. Son école juridique se place comme médiane entre l’école malikite et l’école hanéfite. Cependant cet Imam était le premier à poser les bases d’une science juridique du droit musulman (fiqh). Cette école privilégie les sources écrites aux dépens de la coutume et de l’interprétation. Il était le premier à systématiser les différences entre les deux écoles en vogue à son époque. Il était le premier à insister sur la préférence des hadiths comme source de loi au détriment de la coutume des premières écoles. Pour cela il donna les critères difficiles à satisfaire au point qu’il ne retint comme authentiques " Sahih" que 17 hadiths (cité par Ibn Khaldoun:Prolégomènes VI, 5). Il rejeta l’opinion (ra’y) au profit de l’analogie (qiyas). Il rejeta la préférence (Istihsan) et autorisa le consensus (ijma) comme source de loi en donnant au consensus un sens plus large c’est à dire incluant toute la communauté des musulmans et non celle de Médine seulement. Il enseigna aussi que la sanction peut être suspendue si le repentir précède la punition.

L’école juridique d Ibn Hanbal

L’école juridique d’Ibn Hambal prêche un retour en arrière. Un rigorisme et une réaction fondés sur un retour au Coran et à la Sounnah initiée par le salaf (les trois premières générations de l’islam). Son fondateur Ibn Hanbal mort à Bagdad après avoir subi au cours du règne d’Al Mamoun une tourmente intellectuelle (al mihnah). Du Coran, il fait une interprétation littérale et légaliste associée aux hadiths comme source de son droit. Il adopta le principe de la préférence commune (istislah) dans l’intérêt général quand le Coran et les hadiths ne permettent de statuer clairement. Les mots écrits du Coran ont le primat sur les interprétations humaines. Il soutint que les obligations religieuses dérivent des interprétations faites par des savants reconnus par la Umma et non par des décrets d’un Khalife dont le rôle principal est de servir la communauté islamique et non d’être la source de ses croyances. Ce qui le mit en collusion avec le khalife Al Mamoun. Les savants musulmans doivent contrôler les actes du Khalife et ceux de ses agents afin qu ils observant en permanence la loi islamique (charia). L’école juridique d’Ibn Hambal a survécu mais n’a jamais disparu. Elle n a jamais réussi à avoir des adeptes hors de la péninsule arabique du moins jusqu’à la conquête mongole. En Afrique du nord cette école fut inconnue, mais une école plus radicale que celle d’Ibn Hambal trouva son chemin dans l’Andalousie musulmane.

L’école juridique d'Al Zahiri

L’école juridique fut crée par Abu Daud Sulayman al Zahiri (IX siecle). Parmi ses continuateurs les plus célèbres figure Ibn Hazm qui donna à cette école une stature qui a duré jusqu’à la chute de l’Andalousie maure aux mains de la coalition aragonaise et castillane en 1492. Cette école considère que le Coran, le hadith et le consensus des Compagnons sont les seules sources acceptables du droit et font autorité .Elle rejette le taqlid ( limitation servile du salaf: précédent). Les principes légaux dérivent d’une interprétation littérale du Coran (Zahir) par opposition à l’interprétation du sens caché (Batin) que les Imams Shiites avaient initiée. Elle insiste sur la maîtrise de la grammaire arabe pour extraire le sens littéral du Coran afin de contrecarrer la liberté menée par les Shiites.

Elle rejette l’analogie (qiyas), la préférence (istihsan) et l’usage de la raison en faveur de la révélation. En somme c’est une école plus rigoriste et plus conservatrice que le hambalisme. Les Amazighes au cours de leur histoire avaient connu cette ecole zahirite. Les expulsions des musulmans d’Espagne vers le Maroc avaient sans doute fait venir au pays des adeptes de cette école notamment au Souss et avaient sans doute du fondre dans le moule malikite.

© ISBN 4-901110-00-4 C0039 LallaYetto Kushel

Voir aussi


Spiritualité Amazighe