Ikdjane

Ikdjane est une localité médiévale, située dans la commune des Beni Aziz (wilaya de Sétif, Algérie), à 7 km au nord d’Arbaoun. C’est aujourd’hui une petite bourgade, mais qui avait joué un grand rôle dans l’histoire de l'Afrique du nord au Moyen Age. Au IXe siècle, des pèlerins de la tribu des Kottama, installée dans la région, avaient rencontré à La Mecque le prédicateur chiite (ou da’î) Abû Abdallah, dont le courant religieu était persécutée en Orient, et l’invitèrent à se rendre en Afrique du Nord pour y fonder une dynastie. Les amazighes avaient dû être séduits par les croyances religieuses chiite, notamment le rôle dévolu à l’imam ou guide de la communauté, mais aussi par le fait qu’elle s’opposait au calife de Bagdad, suzerain des émirs qui commandaient en Afrique du Nord. C’était pour eux une façon de plus d’affirmer leur volonté d’indépendance à l’égard de l’Orient.

Le prédicateur chiite accepta l’offre, signant ainsi l’acte de naissance de la dynastie Fatimides qui règnera en Afrique du Nord occidental (Maghreb), puis en Egypte. Le da’î s'était installé à Ikdjane, forteresse inexpugnable des Kottama, où il allait constituer et entraîner une armée qu’il lancera contre les Aghlabides, les maîtres du Maghreb. Il fera venir plus tard, de Syrie, le maître de la secte, ‘Ubayd Allah, qu’il installera à Raqqada, la capitale aghlabide.

Les chefs Fatimides quitteront Ikdjane pour rejoindre Raqqada, mais la forteresse kabyle gardera une importance symbolique pour la dynastie. Elle restera aussi un centre de propagande religieuse actif, ainsi qu’en témoignent les nombreuses mosquées et zaouias qui l’entourent et qui vont, tout au long du Moyen Age, rayonner sur la région. A la fin du Xe siècle, le géographe arabe al-Muqqadasi citait Ikdjane comme une grande ville de l’Ifriqya, terme qui désignait la Tunisie actuelle et l’Est algérien. Signalons qu’Ikdjane était également appelée au Moyen Age Dar al-Hidjra (la demeure de l’exil) par référence aux chiites qui y avaient trouvé refuge. Le nom Ikdjane, qui a la forme d’un pluriel (terminaison en –an) est peut-être le nom d’une fraction des Kottama ; on l’a aussi rapproché du mot kabyle aqjun (chien) : il pourrait s’agir dans ce cas, d’un ancien nom totémique conservé après l’islamisation de la tribu. Signalons qu’un village de la vallée de la Soummam, porte aussi ce nom, Ikjan, mais on ignore s’il a un rapport avec l’Ikdjane du Moyen-Âge.

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