Histoire De Fadel Avec La Sultane


Peinture Orientaliste F.A Bridgman

Fadel était un caïd. Il avait un beau cheval gris. Deux mois il s’exerça Entre l’Asser et le Maghreb. Deux mois, il le lava. Cent metqals au cou lui pendit. Un jour son cheval l’amena vers le palais du roi. Voici Attouch qui regarde du pavillon du roi. Elle appelle la négresse du harem:

— O ma meilleure des négresses, ô Messaouda, Regarde, vois, à qui ressemble celui-ci?

— O ma maîtresse, ô maîtresse, celui-ci ressemble à Fadel.

— Va, la meilleure des négresses, ô Messaouda, Dis à Fadel, dis-lui que s’il se presse, mon cœur est guéri.

— Dis à Fadel, dis-lui que s’il tarde, je descends au tombeau. S’en fut la négresse du harem.

Les portes qu’elle atteint, ouvrez-les, ô portiers. Les portes qu’elle a passées, fermez-les, ô portiers. Fadel ne l'aperçut que lorsqu’elle toucha son étrier.

— O monseigneur, ô seigneur, Voici que ma maîtresse l'envoie; Un peu de doux sellam, rends—lui réponse.

—- Va, la meilleure des négresses, ô Messaouda, Je ne peux pas, ô ma mère, entrer en guerre avec le roi.

— O mon seigneur, ô seigneur, choisis donc et tu gagneras.

Je t’enveloppe de haik et voile; mets sandales neuves. Les portes qu’il atteint, ouvrez-les, portiers. Les portes qu’il a passées, fermez—les, portiers. La négresse leur dit : Attention, voici que passe la sultane. Je ne sais s’il passa cent portes. La fumée des parfums s’élève, les portiers y sont noyés. Fadel va, des rayons le frappent. Il tombe en défaillance, il veut revenir.

— Sois le bienvenu, O Fadèl, ô mon frère, avance.

Cette nuit-là, Fadel fut le pèlerin. Une garniture de son sabre (Qu’il eut à la regretter!) Il la laissa dans la pièce où le sultan vint au matin. La nuit est passée. Voici le jour. Voici le sultan. Il dit: - Ô Attoueh, qui vous a blessé? Votre visage, O ma fille, cette nuit a pâli?

La fumée des parfums s’élève, quelle est cette nuit? Les tapis sont remués, que jamais on ne bougea, quelle est cette nuit? Elle lui dit:

- O monseigneur, ô seigneur, la tête me tourmente; aux ordres de mon père, je n’ai pas désobéi, seigneur. Aux ordres de ma mère, je n’ai pas désobéi, seigneur.

Le sultan dit (à ses gens):

—O gardes, ô mokhaznis, aujourd’hui sera jour de chasse. Qui a perdu la garniture de sabre que voilà ici?

Chacun lui dit :

—O seigneur, la mienne, la voici!

—O seigneur, celle de Fadel, est celle-ci.

Fadel avait son frère orfèvre, il l’avait remplacée. Voici Fadel, où va-t-il poussant (son cheval) de l’éperon? Il dit : « O monseigneur, ô seigneur, la mienne, la voici. Celle-ci, ô infidèle, la tienne est neuve. »

—Ô monseigneur, ô seigneur. Elle s’est tassée, je l’ai soudée.

Voici que tombe la pluie de septembre, qui fait pousser les fleurs. Le sultan les emmène dans un jardin où poussent les fleurs.

— Votre parole, 5 musulmans, jusque sur le tombeau, l’un de vous vit-il jamais chose semblable à ces fleurs?

L’un dit : Ton visage, ô seigneur Mohammed.

L’un dit : Ta selle, ô seigneur Mohammed.

L’un dit : Tes étriers, ô seigneur Mohammed. Voici Fadel, où va-t-il, poussant (son cheval) de l’éperon?

— Ma parole, ô musulmans, jusque sur mon tombeau, J’ai vu une femme qui surpasse (en beauté) ces fleurs.

Ses doigts sont des rayons de miel encore vierge. Voyez ses yeux, comme ceux du faucon, Ils pressent les perdrix, ô Dieu puissant. Ses talons sont faits de roses qu’on aurait pétries. Quand il dit ces paroles, le sultan le connut.

Il dit: « Frappez le pécheur, que le péché n’apparaisse pas. »

— O monseigneur, ô ici seigneur, fais-moi délai pour te répondre. Il lui dit (O seigneur, laisse-moi le temps de faire faire trois sauts à mon cheval. )

Le sultan lui donna le temps. Il l’amena jusque sous les yeux d’Attouch.

Ils le tuèrent. Attouch se précipita comme une pierre des sept minerais (?); elle tomba en pièces. On les emporta à un cimetière, on les y enterra.

Un palmier sortit du tombeau de Fadel, un palmier sortit du tombeau d’Attouch. Ils se rejoignirent dans le ciel. Le sultan les coupa sept fois. Ils ne purent se séparer. Vint un juif qui dit au sultan:

— Combien me donneras-tu si je sépare ces palmiers-ci? Le roi lui accorda une faveur. Le juif les coupa, jamais plus ne repoussèrent.

Les gens dirent « L’amitié est bien coupée, qui est coupée par un juif.» Mais une source sortit du tombeau de Fadel, une source sortit du tombeau d’Attouch. Elle se rejoignirent, parcoururent le monde.

FIN

D'après Capitaine Justinard, manuel de tachelhite, 1914

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