Guanches

Les Guanches (amazighe Igwanciyen) sont les premiers habitants connus des îles Canaries. Ces peuples, d'origine amazighe, vivaient encore à l'âge de pierre lors de l'arrivée des Européens pendant le Moyen Âge. Leur culture a disparu en tant que telle, mais a laissé quelques vestiges.

Histoire


Le terme espagnol Guanchos serait, selon Núñez de la Peña, une déformation par les espagnols de Guanchinet, terme indigène signifiant homme (Guan) de Tenerife (Chinet). Stricto sensu, les Guanches seraient donc uniquement les aborigènes de l'île de Tenerife qui semblent avoir conservé leur pureté ethnique jusqu'à la conquête par les Espagnols. Le terme a ensuite été étendu à l'ensemble des populations indigènes de l'ensemble de l'archipel.

Les Guanches, qui ont disparu en tant que peuple, apparaissent très semblables à l'homme de Cro-Magnon à l'examen de leurs ossements, et il n'y a guère de doute qu'ils constituaient un rameau des amazighes qui, à l'aube des temps historiques, peuplèrent le nord du continent africain depuis l'Égypte jusqu'à l'Océan Atlantique.

Pline l'Ancien nous rapporte que selon Juba II, roi de Maurétanie, les Carthaginois qui auraient visité l'archipel sous la direction de Hannon l'auraient trouvé vide d'habitants, mais qu'ils auraient perçu les ruines de constructions importantes. On pourrait en déduire que les Guanches n'auraient pas été les premiers habitants ; l'absence de toute trace d'une pénétration de l'Islam parmi les populations qui vivaient là à l'arrivée des Espagnols, laisse penser qu'il s'agirait alors de la plus lointaine migration vers l'ouest de amazighes survenue entre l'époque de Pline l'Ancien et la conquête musulmane de l'Afrique du Nord. Un grand nombre de Guanches périrent en résistant à la conquête espagnole, beaucoup furent vendus comme esclaves, beaucoup aussi embrassèrent la foi catholique et s'unirent par mariage aux conquérants.

Résumé chronologique


  • 10 millions d'années avant J.-C. Formation de l'archipel des Canaries.
  • 3000 avant J.-C. Peuplement des Canaries par plusieurs vagues d'immigration venues d'Afrique ou d'Europe.
  • 1100 avant J.-C. Possible reconnaissance des Canaries par les Phéniciens au cours d'expéditions à but commercial.
  • 500 - 200 avant J.-C. Nouvelle vague d'immigration venue d'Afrique du Nord : fusion avec les populations aborigènes.
  • Ier siècle Pline l'Ancien rapporte l'expédition du roi de Maurétanie Juba II vers les îles Canaries.

Le terme "Insula Canaria" est utilisé pour désigner l'île de Grande Canarie. D'autres sources témoignent d'une vraisemblable connaissance de l'existence de l'archipel et de ses habitants, les Guanches (Ovide dans les Métamorphoses).

  • 1312 Les iles Canaries sont re-découvertes par Lancelotto Malocello
  • 1402 - 1406 Jean de Béthencourt conquiert les îles de Lanzarote, Fuerteventura et El Hierro pour le compte du roi de Castille.
  • 1441 Le franciscain espagnol Didakus (Diego de Alcala), missionnaire à Fuerteventura y évangélise les Guanches.
  • 1478 - 1483 Les Guanches de Grande Canaries sont vaincus et soumis.
  • 1492 Alonso Fernández de Lugo commence la conquête de La Palma.
  • 1493 Les tentatives de paix avec les Guanches de Tenerife échouent. Début de la campagne militaire espagnole contre les royaumes indigènes.
  • 1494 - 1496 Alonso Fernández de Lugo débarque à Tenerife. Il subit le 31 mai 1494 à La Matanza une sévère défaite.
  • Le 25 décembre 1495 les Guanches sont finalement écrasés par les espagnols à La Victoria. Tenerife est la dernière île à être soumise. La culture originale des Guanches est presque totalement anéantie.

Langue


Il subsiste des témoignages de leur langue, quelques expressions, et les noms propres de leurs chefs qui restent portés comme noms de familles : ces témoignages permettent de les relier aux dialectes amazighes. Dans la plupart des îles, on a retrouvé des signes rupestres. Domingo Vandewalle, gouverneur militaire de La Palma fut le premier à les reconnaître en 1752. C'est à la persévérance d'un prêtre de La Palma, Don Aquilino Padran, que certains ont été identifiés sur l'île de Hierro. En 1878, René Verneau découvrit des inscriptions de type libyque original dans les ravins de Los Balos. Ces inscriptions rupestres sont toutes, sans exception, d'origine numide. Dans les deux îles de Ténérife et la Gomera, où les Guanches ont conservé une plus grande homogénéité ethnique que dans les autres îles, aucune de ces inscriptions n'a été découverte. On pense donc que les vrais Guanches ne connaissaient pas l'écriture. Les traces de présence sémite ont été identifiées sur les autres îles, et dans chacune d'entre elles, des inscriptions rupestres. Une hypothèse plausible consiste donc à imaginer que des numides des environs de Carthage, mêlés aux sémites dominants dans la colonie phénicienne, sont venus dans les îles Canaries et qu'ils sont à l'origine des écritures rupestres de Hierro et de Grande Canarie.

Les Guanches sont aussi à l'origine du langage sifflé El Silbo qui est encore pratiqué de nos jours, sur l'île de La Gomera surtout.

Toponymes guanches

Tenerife : Achinech, Achineche ou Asensen

La Gomera : Gomera ou Gomahara

La Palma : Benahoare

El Hierro : Esero ou Hero

Gran Canaria : Tamaran (selon des théories récentes, ce nom pourrait ne s'appliquer qu'à une partie de l'île)

Lanzarote : Titerogakaet ou Titeroigatra

Fuerteventura : Erbania ou Erbani

Organisation sociale et politique


L'organisation sociale et politique des Guanches différait d'une île à l'autre. Certaines étaient soumises à une autocratie héréditaire, dans d'autres, les autorités étaient élues. À Teneriffe, toutes les terres appartenaient aux chefs qui les louaient à leurs sujets. Sur la Grande Canarie, le suicide était considéré comme honorable, et lors de l'intronisation d'un nouveau chef, l'un de ses sujets l'honorait de façon volontaire en se jetant dans un ravin. Sur quelques îles, on pratiquait la polyandrie et sur les autres, la monogamie. Mais partout les femmes étaient respectées et tout coup porté à une femme par un homme armé était puni comme crime.

Mode de vie


Les Guanches portaient des vêtements en peau de chèvre ou en fibres textiles que l'on a retrouvés dans des tombes sur la Grande Canarie. Ils appréciaient les bijoux, les colliers en bois, en pierre ou de coquillages fabriqués selon divers modèles. Ils utilisaient principalement des perles de céramique de formes variées, lisses ou polies, en général noires et rouges. Ils se peignaient le corps. Les pintaderas, objets en terre cuite évoquant des sceaux, semblaient servir uniquement à la peinture corporelle, dans des couleurs variées. Ils fabriquaient des poteries grossières généralement sans aucun décor, mais parfois ornées à l'aide des ongles. Les armes des Guanches étaient les mêmes que celles des anciens peuples du sud de l'Europe. On utilisait surtout la hache en pierre polie sur la Grande Canarie, et plus fréquemment la hache en pierre ou en obsidienne taillée à Teneriffe. Ils utilisaient aussi la lance, la massue, parfois garnie de pointes en pierre, ainsi que le javelot. Il semble qu'ils aient connu le bouclier. Ils vivaient dans des cavernes naturelles ou artificielles, situées dans les parties montagneuses. Dans les zones où le creusement de cavernes n'était pas possible, ils construisaient des cases rondes et, selon ce que rapportent les espagnols, ils avaient même des fortifications grossières.

Rites funéraires


À Palma, les vieillards étaient abandonnés seuls pour mourir, s'ils le souhaitaient. Après avoir fait leurs adieux à leurs proches, ils étaient emmenés dans une caverne sépulcrale avec rien d'autre qu'un bol de lait. Les Guanches embaumaient leurs morts, et beaucoup de momies ont été retrouvées dans un état de dessiccation complète, ne pesant guère plus de 3 ou 4 kg. Deux grottes quasiment inaccessibles ouvertes dans une paroi rocheuse verticale près de la côte à 5 km de Santa Cruz (Tenerife) contiendraient encore des ossements. Plusieurs procédés d'embaumement existaient. À Tenerife et Grande Canarie le cadavre était simplement enveloppé dans des peaux de chèvre ou de mouton, alors que sur d'autres îles un produit résineux était employé pour conserver le corps qui était ensuite placé dans une caverne difficile d'accès ou enterré sous un tumulus. Le travail d'embaumement était réservé à une certaine classe, de femmes pour les femmes et d'hommes pour les hommes. L'embaumement ne semble pas avoir été systématiquement pratiqué, et des cadavres étaient simplement cachés dans des grottes ou inhumés.

Religion


On ne connaît que peu de choses sur les religions des Guanches, qui leur étaient propres. Ils professaient la croyance généralisée en un Être suprême nommé Acoran à Grande Canarie, Achihuran à Ténériffe, Eraoranhan à Hierro et Abora à La Palma. Les femmes de Hierro adoraient une déesse nommée Moneiba. Traditionnellement, les dieux et déesses vivaient au sommet des montagnes d'où ils descendaient pour écouter les prières des fidèles. Dans les autres îles, les habitants vénéraient le Soleil, la Lune, la Terre et les étoiles. La croyance aux démons était générale. Le démon de Ténériffe s'appelait Guayota et vivait au sommet du volcan Teide, qui était l'enfer nommé Echeyde. En temps de troubles, les Guanches conduisaient leurs troupeaux dans des prairies consacrées où les agneaux étaient séparés de leurs mères dans l'espoir que leurs bêlements plaintifs attireraient la pitié du Grand Esprit. Pendant les fêtes religieuses, toute guerre et même toute dispute personnelle étaient suspendues.

Bibliographie

Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique, 1804.

Mike Eddy, Le Grand guide de Tenerife et des Canaries, articles La Civilisation préhispanique et Les Batailles de la conquête, Gallimard, 1993 (ISBN 2-07-056961-6)

Isabelle Renault, Rites funéraires des Guanches, Archéologia n° 287, p. 60-67 (1993).

Alfred W. Crosby, Ecological Imperialism : The Biological Expansion of Europe, 900-1900, 1993

John Mercer, The Canary Islanders : Their History, Conquest & Survival, 1980 Collectif : Los Guanches desde la arqueologi­a, Organismo autonomo de Museos y Centros, Tenerife (1999).

Collectif : Momias, los secretos del pasado, Museo arqueologico y etnografico de Tenerife (1999).

José-Luis Conception, Los Guanches que sobrevivieron y su descendencia, 12e edicion, Ediciones Graficolor, Tenerife (1999).

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