Grands noms amazighs

L’apport décisif des Berbères à la civilisation latine et au pouvoir romain

« Ne vit-on, dès le II ème siècle, l’africain Fronton, né à Cirta, devenir le maître du plus sage des empereurs, Marc-Aurèle ! Le plus «moderne» des écrivains latins, à la fois romancier, philosophe et orateur, Apulée, était natif de Madaure et se disait à demi-Numide, à demi-Gétule. Ce Latin, loin de renier ses origines africaines, en tirait, non sans un certain snobisme, une gloire certaine . Il est vrai que l’Afrique était un des plus beaux fleurons de l’Empire. A la fin du IIème siècle, elle donne une dynastie à Rome avec l’élévation à l’empire du lepcitain Septime Sévère, puis quarante ans plus tard, sur son sol même, est proclamé à Thysdrus (El Djem) le vieux Gordien, qui s’adjoint immédiatement son fils » (1) .

Les grands noms berbères de la culture gréco-latine

« A l’imitation des Romains et des Grecs, les écoliers africains apprenaient d’abord à lire, écrire et compter sous la férule d’un instituteur (litterator, primus magister) puis, s’ils poursuivaient leurs études, accomplissaient leurs humanités sous la direction d’un grammairien qui leur faisait apprendre par cœur les classiques, leur expliquait les règles de grammaire, veillait à leur prononciation, leur enseignait la littérature, surtout archaïque, et leur faisait composer des discours latins. Il est probable qu’il leur inculquait aussi des notions de musique, de métrique, de philosophie, de mathématiques et d’astronomie. (…) En [[Numidie]], Cirta et Theveste avaient grand renom ; (…). On suivait surtout les cours d’éloquence et de poésie. Dans cette Afrique « nourrice des avocats », comme l’appelait Juvénal, le rhéteur était roi. Littérature, histoire, philosophie, tout prenait une forme oratoire. L’éloquence, qui ne pouvait s’exercer dans la vie publique, se dépensait en exercices scolaires ou mondains. (…). L’enseignement des grammairiens fournissait à l’Afrique des administrateurs, des avocats diserts, quelques juristes éminents, dont le plus en vue fut Salvius Julianus, d’Hadrumetum, l’auteur de l’Édit perpétuel (129), et des esprits plus superficiels que profonds. (…) Africain, sans doute, le poète Manilius qui, sous Tibère, développa, en un style déclamatoire mais débordant d’enthousiasme, un sujet qui passionnait ces Berbères superstitieux jusqu’à la moelle des os, la divination par l’étude des signes célestes. Africains, à coup sûr, Cornutus, rhéteur et philosophe stoïcien qui devint chef d’école à Rome au temps de Claude et de Néron, Septime Sévère le rhéteur, aïeul de l’empereur, qui jouit d’un grand crédit intellectuel même auprès des auteurs de renom, Florus qui, après avoir failli devenir fou pour avoir raté le prix de poésie aux jeux capitolins, devint un des rhéteurs les plus célèbres de la capitale sous Hadrien (…) Fronton de Cirta (Marcus Cornelius Fronto, « orateur, consul, maître de deux empereurs », dont la réputation fut telle qu’Antonin le chargea d’enseigner l’éloquence latine aux jeunes princes Marc Aurèle et Lucius Verus (…). Le plus célèbre des écrivains africains fut Apulée (Lucius Apuleus, né vers 125) (…). Il sortait de l’aristocratie municipale de Madaure où son père devint duumvir au début du IIème siècle. Il fit naturellement ses études supérieures à Carthage et compléta sa culture par des randonnées en Italie, en Grèce, en Asie mineure. C’est à Athènes qu’il s’enticha du platonisme scolastique qu’il professa toute sa vie et se lança à corps perdu dans l’étude des sciences (…). Apulée reprocha à ses adversaires de confondre la philosophie avec la magie. Rédigée après coup sous une forme littéraire, elle devint l’Apologie. (…). Il fut bientôt la coqueluche de Carthage, le conférencier à la mode qui dissertait de tous sujets, surtout de philosophie. (…). Histoires variées, certes. Les meilleures furent sans doute ces Métamorphoses que, dès l’Antiquité, on appelait L’Âne d’or (Asinus aureus) et qu’il composa, non au cours de sa jeunesse vagabonde, mais à Carthage vers 170. (…). Il nous est impossible de préciser si les écrivains d’Afrique descendirent de colons romains. Il est vraisemblable que la plupart furent des Berbères romanisés qui exprimèrent dans la langue du conquérant ce que le libyque ou même le punique eussent été incapables de traduire » (2).

(1) Gabriel Camps, Les Berbères, 1980, ici 1987, éditions Errance p. 122-123

(2) Charles André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord. Des origines à 1830 (Paris, 1951, 1969, réédition Payot & Rivages, 1994) p. 216-220