Gens de la caverne

Les gens de la caverne. Cette expression sert à désigner les Sept Dormants, par allusion à la sourate du même nom (ahel al-ka'f en arabe, Coran, XVII, 9-27). Elle est connue dans tout le monde musulman. Son origine remonte à la légende chrétienne des Sept Dormants d’Ephèse adolescents qui, lors de la persécution de Dèce, furent emmurés vifs dans une caverne; ils furent libérés miraculeusement sous le règne de l’empereur Théodose. En Afrique du Nord, il est possible que cette histoire édifiante ait recouvert des croyances plus anciennes. Des génies ou divinités regroupées par sept sont en effet représentées sur des stèles d’époque romaine. Les sept dieux maures de Béja en sont la manifestation la plus célèbre (G. Camps, Rev. afric. t. XCVIII, 1955, p. 233-260) ; on peut retenir aussi les sept petits bustes alignés sous une représentation de Saturne sur les stèles de Djemila et de Rapidum (M. Le Glay, Saturne africain, I, p. 226 et Monuments, II, p. 210-211).

Ces entités ont été assimilées aux planètes et aux jours de la semaine, mais des représentations similaires apparaissent sur une fresque qui orne un hanout d’époque punique assez ancienne de Kef el-Blida (Tunisie). Ce sont sept guerriers alignés dans un vaisseau, occupant ainsi une place importante dans une scène symbolique faisant allusion au voyage outre-tombe. Les Ahl al-Ka’f sont particulièrement honorés dans le village berbère, aujourd’hui en grande partie abandonné, de Chenini, sur le rebord du Dahar tunisien, à environ 18 km à l’ouest de Tatahouine. La légende explique de la manière suivante l’aspect peu ordinaire de tombeaux gigantesques situés tout près de la vieille mosquée en partie troglodytique : persécutés par un empereur païen, des chrétiens s’étaient réfugiés dans des grottes, si nombreuses au voisinage de Chenini, les soldats les ayant découverts les emmurèrent. Ces « dormants, qui étaient restés en vie et dont le corps n’avait cessé de grandir, retrouvèrent la lumière du jour, quatre siècles plus tard, lorsque des ouvriers abattirent le mur, mais le monde qu’ils retrouvèrent n’était plus celui qu’ils avaient connu. Ils se convertirent à l’Islam et ces fidèles géants furent enterrés au voisinage de la mosquée dans ces tombes étonnantes dont la longueur correspond à leur taille. La toponymie permet un curieux rapprochement avec la légende des Sept Dormants : d’après A. Louis, des ruines romaines voisines seraient désignées sous le nom de « Takyanos » dans lequel on pourrait retrouver celui de Decius (Decianus) l’empereur persécuteur cité dans la légende.

Dès le début du siècle le Capitaine Hilaire faisait connaître ce toponyme (Dakianus) qui serait attribué aux ruines de Tlallett, or une note de J. Toutain précise que le même nom est donné aux ruines voisines de l’oasis de Kriz. La légende de Dakianus (Decius) est d’ailleurs répandue dans tout le Jarid.

G. CAMPS

BIBLIOGRAPHIE


  • Cap. HILAIRE. Note sur la voie stratégique romaine qui longeait la frontière militaire de la Tripolitaine. Buli. du Com. des Trav. hist., 1901, p. 85-105.
  • LAMBERT N. Cultes septenaires en Afrique du Nord. Actes du LXXIXe congr. des Soc. savantes, Alger, 1954 (1957), p. 207-235.
  • Louis A. Tunisie du Sud. Ksars et villages de crêtes. C.N.R.S. Paris, 1975, p. 46-48. MASSIGNON L. Les Sept Dormants d’Ephèse en Islam et en chrétienté. Rev. d’Et. islamiques, 1974, p. 61-102.
  • TROUSSET P. Recherches sur le limes tripolitanus, du chott El-Djerid à la frontière tuniso-libyenne. Paris, C.N.R.S., 1974.