Fulgence

Fabius Planciades Fulgentius dit « Fulgence le Mythographe », on ne sait à peu près rien : ses dates aussi bien que sa biographie elle-même ont fait l'objet de nombreuses hypothèses et de débats dont certains ne sont pas encore tranchés. En effet, depuis le Moyen Âge, on s'est demandé s'il fallait voir en Fulgence le Mythographe la même personne que Fulgence de Ruspe, l'évêque bien connu pour son combat contre les Ariens, qui vécut de 468 à 533.

Tentative de datation


Si l'on s'en tient aux éléments de l'œuvre de Fulgence qui permettent d'établir de façon certaine un terminus post quem et un terminus ante quem, l'intervalle obtenu ne permet guère de situer précisément l'époque de Fulgence : on sait en effet avec certitude qu'il écrivit entre 363 (date de l'accession au trône de l'empereur Valentinien Ier, à laquelle il fait allusion dans le De aetatibus, p. 179.10) et environ 800 (car on trouve des échos sans ambiguïté dans les Libri Carolini). Aucun détail vraiment assuré ne permet de préciser cet intervalle de plus de 400 ans. On peut toutefois insister sur le fait que Fulgence fait allusion à Martianus Capella, qu'il désigne sous le nom de Felix Capella dans l'Expositio sermonum antiquiorum (1, 45, p. 123, l. 4 Helm, Leipzig, Teubner, 1898 : unde et Felix Capella in libro de nuptiis Mercurii et Philologiae ait…). Mais les dates de Martianus sont elles aussi incertaines : on le situe soit entre 410 et 439, soit dans les années 480. Par ailleurs, les quelques parallèles entre Fulgence et Dracontius (on peut notamment comparer Drac. Laud. 2, 391-4 et Fulg. Æt. p. 136.5) ne permettent pas d'établir avec certitude lequel des deux auteurs s'est inspiré de l'autre. En ce qui concerne l'origine géographique, l'adjectif Libycus, employé par Fulgence pour désigner sa langue natale (Aet. 131, 5-14), semble indiquer une origine africaine. Par ailleurs, la dédicace des Mitologiae à un certain Catus, prêtre de Carthage, semble confirmer cette localisation géographique.

Quoi qu'il en soit, ces rapprochements littéraires (en particulier avec Martianus et Dracontius), ainsi que le style et la langue de Fulgence (caractéristique des rhéteurs africains tardo-antiques, avec un goût pour les hapax, les hellénismes et l'attention au rythme de la prose) permettent de considérer Fulgence, avec une certaine probabilité, comme une auteur africain de la fin du Ve ou du début du VIe siècle, écrivant vraisemblablement dans le contexte de la « renaissance vandale » (c'est-à-dire de la renaissance culturelle, et en particulier littéraire, à partir des années 480).

Il convient toutefois de mentionner ici une hypothèse récente, de G. Hays (dans le Journal of Medieval Latin, 2003), qui rapproche un passage du prologue des Mitologiae de Fulgence d'un passage de la Johannide de Corippe (VIII, 278), et pense pouvoir prouver que Fulgence imite Corippe, ce qui donnerait pour notre auteur un terminus post quem dans les années 550 (donc après la libération de Carthage par la flotte byzantine).

Enfin, comme pour de nombreux auteurs de cette période, on peut poser la question du christianisme de Fulgence : on s'accorde généralement pour dire que Fulgence le Mythographe était chrétien, et on se fonde pour cela sur le vocabulaire (qui est typiquement celui des auteurs chrétiens africains) et sur le fait que son œuvre ait été utilisée au Moyen Âge pour accréditer l'hypothèse d'une interprétation allégorique chrétienne des poètes antiques. Certaines allusions permettent par ailleurs d'étayer cette hypothèse : on trouve ainsi des références à l'Antéchrist (Mitol. III, 1, 59), à Adam (ibid., III, 6, 69, 15–17) ainsi qu'au Christ (Expos. 87, 7–10).

Le problème des deux Fulgence'


Tous ces éléments — dates supposées, localisation et religion chrétienne — ont donc incité rapidement à une assimilation de Fulgence le Mythographe avec une autre Fulgence, beaucoup mieux connu, qui vécut de 468 à 533, et fut évêque de Ruspe (on connaît relativement bien sa vie, et l'on conserve beaucoup de ses écrits, en particulier les controverses contre les Ariens).

Dès le IXe siècle, et pendant tout le Moyen-Âge, les auteurs pensaient qu'il n'y avait eu qu'un seul Fulgence, et cette identification n'a été remise en cause qu'avec l'édition des œuvres de Fulgence de Ruspe par A. Molanus, en 1573. Toutefois, la question a été à nouveau posée au XIXe siècle, lorsque R. Helm publia quatre études dans lesquelles il affirmait qu'il s'agissait bien d'une seule et même personne ; cette hypothèse fut reprise par O. Friebel, mais peu après M. Schanz et P. Hosius estimèrent que leurs arguments n'étaient guère probants.

Dans les recherches actuelles, cette question n'a pas été tranchée de manière définitive, même si dans l'ensemble on s'accorde aujourd'hui pour voir deux personnes différentes dans Fulgence de Mythographe et Fulgence de Ruspe (cependant, dans les années 1960, P. Langlois a affirmé de nouveau l'identité des deux auteurs). De fait, en l'absence d'éléments précis sur l'identité de Fulgence le Mythographe, il n'existe pas d'élément permettant de trancher nettement pour l'une ou l'autre thèse : l'un des arguments souvent évoqués pour rejeter l'identification est que l'évêque Fulgence de Ruspe, connu pour le caractère sérieux et grave de ses écrits anti-ariens, n'aurait pas pu écrire les textes empreints de fantaisie qui constituent l'œuvre de Fulgence de Mythographe. Mais on peut également retourner l'argument en proposant de voir dans les textes du Mythographe des écrits de jeunesse de l'évêque.

La datation proposée par G. Hays à cause du rapprochement avec un passage de Corippe (voir plus haut, dans le paragraphe sur la datation), qui tendrait à situer Fulgence le Mythographe dans les années 550, permettrait de trancher en faveur d'une distinction des deux auteurs, puisque Fulgence de Ruspe est mort en 533.

'Les œuvres de Fulgence le Mythographe'


On conserve quatre œuvres que l'on peut avec certitude attribuer à Fulgence le Mythographe : trois d'entre elles nous ont été transmises par les manuscrits sous le nom de Fulgentius Fabius Planciades, et une autre — le De ætatibus mundi et hominis — sous le nom de Fabius Claudius Gordianus Fulgentius, mais on admet généralement qu'il s'agit du même auteur ; enfin, le commentaire grammatical Super Thebaiden, attribué à « S. Fulgentius Episcopus », est généralement considéré dans les recherches actuelles comme un faux médiéval datant du XIIIe siècle.

Sources: Wikipedia.fr