From Wikimazigh

Encyclo: Bureau de Coordination de l'Arabisation

"Le Bureau de Coordination de l'Arabisation dans le monde arabe à Rabat ( Maroc)" est le titre de la thèse de Mongi Sayadi, présentée devant l'université de Paris III le 30 juin 1976. L' organisme, du même nom, relève de l' Organisation Arabe pour l’Education, la Culture et les Sciences (OAECS) , agence spécialisée de la Ligue Arabe.

Né officiellement en 1961, le BCA siège à Rabat et a été agrée par la Ligue Arabe en 1969, durant la période progressive du nationalisme arabe dont l' aspiration à "l' unité arabe" en était un des moteurs. Le contexte général dans lequel s' inscrit la naissance du BCA est lié à l' organisation du premier Congrès de l' Arabisation qui s' est tenu à Rabat même du 3 au 7 avril 1961, le roi Mohamed V faisant partie des invités. Le démembrement du "monde arabe", accru par les dialectes, les effets décisifs sur l' élaboration d' une langue scientifique étaient des raisons suffisantes pour tenir ces assises. Il fallait aussi essayer de coordonner les efforts des pays officiellement arabes dans le domaine de l' arabisation, faire bénéficier l' Afrique du Nord de l' expérience des pays du Moyen-Orient sur ce plan.

La thèse de M. Sayadi porte, donc, sur le rôle du BCA, son organisation, ses activités, ses idées et les moyens mis en place pour les diffuser. Avec clarté, l' auteur redéfinit le concept d' arabisation et fait une description extrêmement détaillée du mouvement d' arabisation en Afrique du Nord.

Concernant le statut de la langue arabe, il prend soin d' évoquer les questions linguistiques que se pose les linguistes de l' organisme arabe (graphie,lexique, sémantique, dialectologie, terminologie, grammaire...). En effet, le rôle du BCA, selon Sayadi, consiste à " affronter la situation critique qui découle du fait que les pays arabes ont préparé, chacun pour son propre compte, une terminologie, sans attendre que les Académies donnent leur agréement, ce qui crée un hiatus entre signifiant qui est le concept scientifique et signifié qui est le terme scientifique qui l' exprime". En d' autres termes, les pays officiellement arabes ont des problèmes de communication, de diffusion et d' échange de savoir entre pays appartenant à la même langue (officiellement toujours). L' objectif est simple : faire de la langue arabe un instrument véhiculaire de la science, c' est-à-dire une langue scientifique.

Une tâche que même les spécialistes arabes ont considéré comme difficile étant donné les nombreux obstacles qui augmentent le retard de la langue arabe. Les osstacles qui empêchent de faire de la langue arabe une langue internationale sur le plan scientifique sont nombreux mais en voci quelques uns : " inexistence de références scientifiques en arabe, en nombre suffisant pour dispenser un programme de sciences à l' Université " ( un professeur arabe de sciences ne peut donc faire un cours entier sans avoir un dictionnaire arabe-anglais sur lui puisque beaucoup de termes scientifiques typiquement arabes n' existent pas ), " le mouvement d' arabisation dans les pays arabes ne suit pas l' évolution rapide des sciences et des techniques et n' applique pas un plan bien défini, aux délais bien fixés " ( il s' ensuit que la langue arabe reste continuellement démunie de nombreux termes scientifiques et techniques dont elle le besoin le plus urgent), " la terminologie arabisée varie selon les pays arabes", " complexité de l' écriture et de la grammaire arabe " ( c' est pourquoi un projet de simplification de la langue arabe- au même titre que le projet de standardisation de la langue amazighe- a été recommandé au Congrès d' Arabisation de 1961) , " manque d' intérêt pour la diffusion de la langue arabe à l' étranger, " absence d' une politique d' unité culturelle et scientifique entre les pays arabes" etc...

Sayadi explique que le projet d' arabisation en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ne peut se faire sans donner un réel statut à la langue arabe et sans lui accorder la plus grande importance puisqu' elle sera l' instrument idéologique principal du mouvement.

Avant d' arabiser les individus, il faut arabiser " l' arabe ", c' est-à-dire tous ces multiplies dialectes dont l' emploi quotidien dérange les défenseurs de l' arabisation massive et forcée. En Afrique du Nord, vaste région appartenant originellement aux autochtones amazighs, se trouve non seulement une langue autochtone, qui a pondu au cours de l' Histoire une trentaine de dialectes, et qui est la langue authentiquement maternelle, mais aussi différents dialectes ou "parlers" essentiellement arabisés. Ce sont ces dialectes là qui doivent être, selon le Bureau, à tout prix arabisés dans le sens classique du terme et uniformisés car perturbant le projet politique et idéologique d' arabisation. Sans parler de la langue française, "seule langue coloniale" selon le BCA.

Le passage le plus intéressant est celui qui évoque la situation de l' arabisation en Afrique du Nord. Effectivement, l' Afrique du nord est, comme son nom l' indique, une région purement africaine mais en (grande) partie arabisée. Les Amazighs, qui en ont les autochtones comme nous l' avons dis plus haut, se dispersent géographiquement dans la région ( Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie, Mauritanie, Algérie, diaspora etc...). Mais, pour le Bureau, la langue amazighe n' est pas "la langue ennemie" ; qui est " la langue française, instrument des sciences et de la modernité" alors que la langue arabe, elle, ne semble être que "la langue du rêve, de la poésie, en un mot du passé" et " il faut en finir avec ce dualisme" à tout prix. La langue amazighe n' a presque qu' aucun rôle et donc ne constitue pas un problème en soi puisqu' elle n' a qu' une très moindre valeur. La langue française est une "langue étrangère" contrairement à la langue arabe qui est, bien au contraire, ancrée dans "la personalité maghrébine". Et pourtant, la langue amazighe a bel et bien survécu face à ce déni identitaire normalisé...

Au Maroc, l' arabisation de l' enseignement a été la première étape du processus. C' est en 1961 que Mohamed Al Fassi, alors délégué marocain, a exprimé le point de vue de son pays sur l' arabisation, considéreée comme le fondement du développement économique et industriel. L' enjeu était de faire de la langue arabe, au Maroc, non pas une langue scientifique ce qui semblerait trop abusif vu la situation linguistique du pays, premier pays amazighophone mais l' enjeu était de faire de la langue arabe " une langue usuelle à l' école " afin de " l' unifier en tant que véhicule de la culture". Sur le plan administratif, on a tout simplement contraint les fonctionnaires à rédiger leurs travaux en arabe. Après l' administration et l' enseignement, arabiser tous les domaines de la vie s' est avéré fondamental : la langue arabe va devenir la langue de travail et d' activité économique ( usines, magasins, ateliers...) qui concernera toutes les catégories sociales. Le milieu rural est le moins réceptif puisqu' il est essentiellement et authentiquement amazighophone mais on apprend ( encore ) le français à l' école. Comme le dit Mongi Sayadi, au Maroc, " arabiser signifie rompre l' isolement dans lequel vit le citoyen". Les Amazighs qui n' ont pas été épargnés par l' arabisation ne sont plus, ainsi, isolés puisqu' ils parlent, enfin, "La langue" que tout le monde parle. Et être dans les normes est vital.

En Algérie, l' arabisation s' inscrit dans une révolution depuis 1954, la fameuse "révolution algérienne". Celle-ci repose sur un triptyque: la réforme agraire, l' industrialisation et l'arabisation qui en consitue le volet culturel. L' Algérie veut renouer avec son passé et voici une citation du Dr Taleb Ibrahimi " Si j' insiste sur cette notion du passé, c' est que l' édification de l' avenir passe par la remise à jour du passé et ces retrouvailles avec nos ancêtres elles-mêmes, passent nécesairement par une connaissance de la langue nationale "

Ce passé dont parle M. Taleb Ibrahimi occulte la réalité historique amazighe mais aussi toutes les traces culturelles qui ont marqué l' Afrique du Nord au cours de l' Histoire. Les discours se basant sur la fabrication d' une histoire reposée sur l' arabité originelle de la région nord-africaine et son instrumentalisation politique et idéologique par les tenants de l' arabisme se sont multipliés au fil des années. Marquant ainsi la réelle ambition politique que nourissent les gouvernements arabes pour concrétiser, ensemble puisque rien ne se fait sans l' unité (arabe), cet projet grandiose. Les moyens, notemment financiers, ne peuvent en être que considérables. Au lieu d' investir dans l' éducation, les régimes politiques arabes ont investi dans l' arabisation de l' éducation. Un raccourci simpliste qui privilégie la forme au lieu du fond. L' échec des systèmes éducatifs en Afrique du Nord n' étonnent absolument pas les spécialistes dits "étrangers", c' est-à-dire les spécialistes objectifs, loin de toute considération idéologique ( les linguistes occidentaux à titre d' exemple répètent qu' on n' impose pas à un enfant d' apprendre, d' écouter, d' assimiler des enseignements dans des langues qui lui sont étrangères, c' est-à-dire qu' on ne contribuera jamais au développement de cet élève si on ne privilégie pas sa langue maternelle comme langue principale d' enseignement).

C' est parce que la langue arabe a été combattue dans les organismes publics que la personalité algérienne a perdu de son authenticité à l' époque coloniale. Il a donc fallu arabiser, là aussi, dans tous les domaines : enseignement, conversation, correspondance, préparation des livres scolaires etc...Le français a préservé son privilège au niveau de l' enseignement de certaines matières définies. En Algérie, le gouvernement a encouragé la société à accepté l' arabisation sur la base du critère colonial, encore plus qu' au Maroc puisque l' Algérie a été davantage francisée que son voisin. On a ainsi expliqué aux Algériens que l' ennemi français a laissé des traces que le phénomène d' arabisation se doit de faire disparaître. La langue française ne saurait demeurer ancrée alors que l' arabe, quant à lui, se perd. Les populations amazighes du pays ont été évidemment largement ignorées. Si ce n' est cette déclaration qui veut plus calmer les foules plutôt que les réconforter (ce qui constitue une nuance importante) : " Quiconque croit en la nécessité d' étendre l' instruction à la plupart des Algériens par l' usage des langues vivantes donc, au préalable, admettre la réalité du berbère, sous peine de fournir des armes à ses adversaires ". Credo d' un homme politique algérien qui ne reste qu' un simple credo, par conséquent des dires non accompagné de faits...

L' auteur accorde plusieurs autres chapîtres à l' aspect matériel, c' est-à-dire aux supports utilisés dans le cadre du processus d' arabisation, comme les dictionnaires et les lexiques mais aussi la mise en place de " l' encylopédie maghrébine". La revue du BCA, "Al Lisan Al 'Arabi" est le reflet des réalisations de l' arabisation. Une autre partie de l' ouvrage porte sur les " Congrès d' Arabisation", " Sections nationales d' Arabisation" (SNA) etc...

Récupéré sur http://www.wikimazigh.com/wiki/Encyclopedie-Amazighe/Encyclo/BureauDeCoordinationDeLArabisation
Page mise à jour le 06 décembre 2007 à 11h06