Bataille de Lehry

Lehry : la grande bataille des Amazighs contre la France coloniale.

Au tout début de la colonisation, le Maroc, n’a rien d’un territoire paisible. Les tribus berbères se soulèvent régulièrement contre les Français ou le Makhzen.

Et Moha ou Hamou Zayani, le redoutable guerrier Zayane, mène la vie dure aux forces coloniales. Les tribus berbères insoumises des montagnes voient d’un très mauvais oeil l’arrivée de ces Français, chargés de rétablir l’ordre au nom du sultan. Lyautey cherche à assurer les intérêts de la France. Mais il tient aussi à consolider le trône alaouite, en ramenant dans l’obédience ces tribus soulevées. La majorité étaient déjà rebelles au pouvoir du Makhzen bien avant l’arrivée des Français et constituaient le « bled siba ».

En 1914, elles proclament la guerre sainte contre ces colonisateurs. Elles sont aidées par les Allemands qui leur fournissent l’armement nécessaire et quelques complicités espagnoles. Pour Lyautey, la région de Khénifra constitue sur le plan stratégique un atout qui permet de contrôler la porte de Tadla et de Taza . Il tient donc à assurer la liaison Maroc-Algérie, via le couloir de Taza et à contenir les assauts de ces tribus insoumises.

Moha ou Hamou mène plusieurs batailles dont celles de la Chaouia en1908, celles contre le colonel Mangin (surnommé le boucher) à Oued Zem en 1913, à Tadla en 1913 et en 1914. Mais cette même année, la France engage à Elhri (village situé à 20 km de Khénifra) une colonne de 1273 hommes à l’assaut du campement de Moha ou Hamou Zayani. Côté français, le désastre est total et la défaite se solde par plus de 600 morts. Cette bataille précède l’intervention redoutable des colons. Moha Ou Hamou est attaqué par surprise, mais sa riposte est immédiate. Il parvient à obtenir pour la première fois, la participation massive des confédérations Amazighes.

Toutes s’unissent autour d’un seul leader : Moha ou Hamou Zayani. Des milliers de cavaliers faiblement armés s’opposent farouchement, malgré l’avantage technologique de l’ennemi (canons, fusils mitrailleurs...). Les services secrets du Reich Prussien de Guillaume II sont présents à leurs côtés (rivalité coloniale oblige). Cette victoire permettra aux Zayanes de mener une guerre d’usure jusqu’en 1917. Mais en attisant les querelles tribales et en s’appuyant sur de grands caïds, Lyautey regagne peu à peu tout le terrain perdu.

L’intrigue française consiste à diviser les Zayanis. Les anti-colonialistes sont contraints de quitter les territoires conquis. Leurs terres sont spoliées au profit des caïds. Les pro-colonialistes (dont le fils même de Moha ou Hamou, Hassan nommé Pacha des Zayanes, suite à sa soumission aux Français) deviennent de grands propriétaires terriens. Certains possèdent jusqu’à 50.000 hectares de terre appartenant à la « Jemaa ». Tout cela aboutit au déséquilibre de la structure sociale des tribus Amazighes attachées profondément à leurs terres, véritable espace vital.

La plupart sont des nomades à la recherche des pâturages, qui, par principe appartiennent à la collectivité (Jemaa). Suite à la soumission des tribus limitrophes du pays Zayane, Moha ou Hamou se retranche dans les montagnes sans approvisionnement en nourriture et en arme. En1920 suite au massacre des populations par l’aviation coloniale , la prise de Khénifra est définitive. Moha ou Hamou est presque seul, lorsqu’il meurt les armes à la main, dans un combat mené dans le Moyen-Atlas en 1921. Voyant leurs terres exploitées par des colons dont le nombre ne cesse de s’accroître, les Amazighes continuent le combat à Tazagzaout (Tazizawt) en 1932.

La France ne soumet la totalité du territoire Marocain qu’en 1934 à Bougafer dernier bastion de la rébellion Amazigh. Par la suite, les Imazighen se rebellent en créant l’Armée de Libération du Nord et ensuite celle du Sud. Leur réputation d’hommes courageux, de guerriers puissants et redoutables est incontestable !

Source : Bouchra Bensaber,Gazette du Maroc .