Armement Antique-Chevaux

Les chevaux

La race

La taille

Les africains sont principalement des cavaliers. Le cheval occupe donc une place primordiale :

« Dès sa jeunesse, Jugurtha, fort, beau, surtout doué d'une vigoureuse intelligence, ne se laissa pas corrompre par le luxe et la mollesse, mais, suivant l'habitude numide, il montait à cheval, lançait le trait, luttait à la course avec les jeunes gens de son âge, et, l'emportant sur tous, leur resta pourtant cher à tous ; il passait presque tout son temps à la chasse, le premier, ou dans les premiers, à abattre le lion et les autres bêtes féroces, agissant plus que les autres, parlant peu de lui. » (Salluste : Guerre de Jugurtha, VI).

Les chevaux sont d’une manière générale plus petits que ceux d’aujourd’hui :

« Les Numides montèrent à cheval, et vinrent se montrer devant les postes ennemis, sans faire aucune provocation. Rien n'offrait au premier abord une plus pauvre apparence que ce détachement. Hommes et chevaux étaient petits et fluets (…) » (Tite Live, XXXV, 11).

Ils ont la réputation d’être agiles et d’être remarquablement dressés (Strabon, XII, 3, 7). Ils manquent d’élégance mais leur qualité d’endurance et leur adaptation en milieux montagneux font d’eux des atouts précieux.

Les races


Cheval barbe


Deux races proches de ce cheval, existent toujours, la race de Dongola sur le Nil soudanais, et la race barbe au Maghreb. Au combat les cavaliers africains n’hésitent pas à changer de monture selon Tite-Live (Livre XXIII, 29,5):

« Ils ne plaça pas d’ailleurs tous les Numides à l’aile droite mais seulement ceux qui, à la façon des écuyers de cirque, menant chacun deux chevaux, ont l’habitude souvent au plus fort du combat, de sauter touts armées du cheval fatigué sur le cheval frais ».

La qualité de ces chevaux africains pousse les romains a en faire l’élevage dans un but essentiellement militaire. Des mosaïques romaines retrouvées en Tunisie près de Sousse (Hadrumète), témoignent des haras que les Romains consacrèrent aux chevaux africains. Cette race de chevaux est la monture par excellence des cavaleries légères. A partir du IVe siècle, le chameau commence à s’imposer progressivement au détriment du cheval.

L’harnachement

Les brides

Les écrits latins soulignent l'absence de brides chez les cavaliers numides :

« (…) il prit avec lui trois légions, huit cents hommes de cavalerie régulière, un grand nombre de cavaliers Numides qui ne se servaient pas de brides (…) » (César : Guerre d'Afrique, 48)


Cavalerie amazighe



Comment les cavaliers peuvent-ils alors diriger leurs chevaux ? Strabon, dans le chapitre qu’il consacre à la Maurétanie (Strabon, Géographie, XVII, 3, 7), souligne que les cavaliers africains tiennent à la main une baguette et que leurs chevaux ont autour du cou une corde qui leur tient lieu de rênes. Les représentations des auxiliaires Maures de la Colonne Trajane ainsi que les peintures murales de la région du Tassili N’Ajjer confirment l’usage d’une simple corde attachée à la tête du cheval sans mors dans la bouche, ce qui leur vaut de la part des romains le qualificatif sine frenis (sans mors).

Quel est l’usage de cette baguette ? S’ajoutant à l’action des jambes, elle permet les changements de direction. Par un coup sur l’encolure ou sur les flancs le cavalier exige au cheval de tourner vers la droite ou vers la gauche. Il peut aussi frapper l’encolure du cheval du plat de la main.

« là galopent librement les cavaliers numides, sur leurs chevaux sans rênes qu’ils font obéir avec une baguette souple, aussi efficace qu’un mors, et dont ils jouent entre les oreilles de leurs montures » (Silius Italicus, I, 215-218).

En lui donnant des coups sur la croupe, le cavalier contraint le cheval à accélérer l’allure. Cette baguette est cependant inutile pour stopper brusquement des chevaux excités lors d’une bataille. Cela explique l’utilisation d’une corde autour du cou des chevaux. Cette dernière en faisant pression sur la trachée artère, force le cheval à l’obéissance. Elle est proche de la corde à noeud coulant en poil de chèvre qui, à la fin du XIX siècle, était toujours utilisé dans les montagnes d’Afrique du Nord.

L’absence de mors conduit cependant le cheval à avoir des réactions brutales et à redresser brusquement l’encolure. Tite Live constatait que les chevaux numides « couraient le cou tendu et la tête allongée » (Tite Live, XXXV, 11, 8). Cela impliquait pour le cavalier d’avoir une excellente tenue à cheval. Ce « collier-frein » était sans doute utilisés par les Africains romanisés à l’époque impériale. Une mosaïque africaine évoquant une scène de chasse représente un cavalier romain montant un cheval sans frein dont l’encolure est entourée par un collier identique que ceux des auxiliaires Maures de la Colonne trajane. Le cavalier tient fermement le collier dans la main gauche, à la hauteur du garrot, tandis que de sa main droite levée, il salue ou fait un geste de victoire. Sa monture, à demi cabrée, a l’encolure raidie d’un cheval qu’on vient de retenir brusquement par un coup de collier sur la trachée-artère.

La selle

Les cavaliers africains chevauchent à cru ou sur des tapis de selle, d’après Lucain (Pharsale, IV, 677 et 680) :

« Les Numides errants et le Gétule toujours prêt sur un cheval sans housse (…) et la tribu des Massyles qui, montés sur le dos nu du cheval, dirigent avec une légère baguette sa bouche qui ignore le frein »



Il faut malgré tout rester prudent. Les cavaliers africains combattant au sein des armées impériales n’ont pas dû restés hermétiques de toutes influences extérieures. Plusieurs peuples africains dont les Gétules orientaux sont en contact depuis longtemps avec les Nubiens qui eux connaissent le mors.