Armement Antique-Bouclier

Les boucliers

Boucliers ronds

Le bouclier est un élément important de l’armement des soldats africains. Au début du premier siècle, les auteurs romains le décrivent petit et rond (Strabon, XVII, 3, 7). Hérodote précise que la tribu des Ma Kae, habitant la Côte Cyrénaïque, recouvrent leurs boucliers de cuir d’autruche, ou de cuir d’éléphant selon Orose (LivreV, 15, 16-17) dont la peau est tendue et durcie. Au IVe siècle, on trouve encore des éléphants dans les provinces de Maurétanie et des Autruches dans l’Atlas.


Stèle d'Abizar

Ces témoignages littéraires sont confirmés par les découvertes archéologiques comme la célèbre pierre gravée d’Abizar (IIème siècle av.- J. C) ou la statue en terre cuite de Canosa (Fin IVe ou début IIIe siècle). On retrouve ce type de représentations sur les stèles libyques de la région de Bordj el-Ksar et les stèles puniques de Volubilis (Maroc). Les nombreuses gravures des massifs de l’Aïr (au Niger) et de l’Adrar des Iforas (au Mali) dans le Sahara, représentent aussi des guerriers avec des petits boucliers ronds.

Avant le début de notre ère, en Grande Kabylie, ce type de bouclier semble aussi le modèle le plus répandu chez les Maures et chez les Numides ainsi qu’à la fin du Ier siècle dans la province romaine de Maurétanie Césarienne, comme le confirme la stèle funéraire de l’auxiliaire Gétule Aurélius Masfelus (CIL VIII, 21516).


Cavaliers maures de la colonne trajane

Au IIe siècle, l’armée romaine recrute de nombreux soldats originaires des provinces de Maurétanie. Les sculptures de la colonne Trajane à Rome, nous les montrent avec un armement proche du cavalier de la stèle d’Abizar sauf que leurs boucliers sont légèrement plus grands.

Plusieurs stèles funéraires comme celles des soldats Lurius Rogatus et Rufinus, ou encore la stèle du cavalier de Toudja, montrent que ce type d’armement se perpétue jusqu’au IIIe siècle.


Stèle d’Aurelius Masfelus

Stèle de Lurius Rogatus


Au IVe siècle l’historien Ammien Marcellin note que, avant la bataille, les Maures frappent leurs boucliers ronds contre leurs genoux pour impressionner leurs adversaires (Livre XXIX, 5, 39). L’efficacité du soldat africain repose avant tout sur la rapidité. C’est la raison pour laquelle il dispose d’un petit bouclier pour une question de poids mais aussi de maniabilité en le faisant pivoter autour de lui (Orose, V, 15, 17). Au VIe siècle, L’historien byzantin Procope rapporte que les Maures ont des petits boucliers « mal fabriqués et inaptes à repousser les agressions » (La guerre contre les Vandales, Livre II, 11, 26).


Faut-il en conclure que tous les soldats d’origine africaine portent ce type de bouclier ?

Boucliers ovales

Strabon (Livre, XVII, 3, 7) affirme que les Libyens ont presque tous le même équipement et se ressemblent pour tout le reste. Il semble pourtant que cela ne soit pas toujours le cas. Plusieurs documents représentent des boucliers de formes ovales comme la stèle punique d’El Hoffra (Constantine) ou la stèle peinte de Djorf Torba dans la partie occidentale de l’Algérie.

A l’époque impériale plusieurs mosaïques comme la « Mosaïque des Captifs » (fin du IIe siècle ou début du IIIe siècle) ou celle plus tardive de la « Légende d’Achille » (IVe-Ve siècle), découvertes dans la ville côtière de Tipasa (province de Maurétanie Césarienne), montrent des boucliers de forme ovales. La mosaïque des captifs représente un couple de prisonniers Maures. L’homme captif est complètement dénudé avec un bouclier ovale à ses pieds. Pourquoi des prisonniers Maures ? La province romaine de Maurétanie Césarienne n’est pas encore complètement pacifiée. Des « enclaves Maures » persistent même si elles sont officiellement intégrées à l’Empire. Dans ces zones vivent des populations organisées en tribus et considérées comme « barbares » par les africains romanisés comme les Bavares et les Quinquegentanei au IVe siècle. Les relations avec le pouvoir impérial sont le plus souvent pacifiques mais, parfois, des violents conflits éclatent. D’ailleurs les villes côtières durent régulièrement faire face aux menaces de tribus berbères au IVe siècle.

La ville de Tipasa ne dût son salut que grâce à ses puissantes murailles. La présence d’une telle mosaïque dans un endroit aussi symbolique que la basilique de Tipasa n’a qu’un seul objectif : montrer la puissance Rome contre les tributs rebelles. Les guerriers africains entre le IIe siècle et le IVe siècle ne sont donc pas tous dotés d’un bouclier identique.


Mosaïque des Captifs

Stèle punique d’El Hoffra (Constantine)


Le port du bouclier

Bandoulières

Les soldats africains sont essentiellement des cavaliers. Comment le bouclier est-il porté ? Tite Live (Livre XXII, 48) souligne (indirectement) la présence d’une bandoulière :

« Environ cinq cents Numides qui portaient, en dehors de leurs armes habituelles, défensives et offensives, des glaives cachés sous leur cuirasse, ayant, comme s’ils désertaient, quitté les leurs, le bouclier sur le dos, et galopé jusqu’à l’ennemi, sautent brusquement de cheval, et, jetant boucliers et javelots aux pieds des Romains, sont reçus au milieu de leurs lignes et conduits au dernier rang, avec l’ordre de rester là derrière.»

Cavalier numide de Canosa

Cette description est confirmée par la statue en terre cuite du Cavalier numide de Canosa. Il s’agit d’un cavalier blessé par une flèche et dont le bouclier reste accroché à la bandoulière. L’avantage d’une telle bandoulière est de pouvoir porter le bouclier sur le dos ou sur le côté. Le soldat peut ainsi tenir les brides de son cheval et lancer ses javelines mais comment est-elle fixé au bouclier ?

Une sculpture (IIe siècle av. J.-C) conservée au musée archéologique de Jaen en Espagne peut être un élément de réponse. Elle représente un guerrier Ibère portant une bandoulière en cuir avec un bouclier proche de ceux des cavaliers africains. Les sangles sont fixées sur l’extérieur du bouclier au niveau de la partie centrale avec des anneaux.

Poignées

Tous les boucliers ne sont pas forcément accrochés par une sangle. Les cavaliers Maures de la colonne Trajane n’en portent aucune mais leurs boucliers présentent certaines particularités. Ils possèdent deux poignées : l’une au centre (probablement en cuir) pour tenir l’avant bras et l’autre (cuir ou métal) à l’extrémité pour avoir le boulier bien en main.


Mosaïque à Scène de chasse (IVe siècle) Chlef (Castellum Tingitanum)


Le cavalier n’a donc pas besoin de bandoulière car il peut tenir à la fois son bouclier et les rênes de son cheval. L’autre avantage est de mieux répartir, en cas de choc, le poids sur l’épaule et non plus seulement sur l’avant bras. La mosaïque à Scène de Chasse (IVe siècle), trouvée dans la ville de Castellum Tingintanum (province de Maurétanie Césarienne), nous montre l’intérieur d’un tel bouclier. Le cavalier est dépourvu de bandoulière. Malgré la faiblesse des sources, il est probable que la plupart des cavaliers portent leurs boucliers sur le dos ou le bas côté pour des raisons de commodités.


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