Amazighs et Etat chérifien au XXe siècle

La France n’avait pas caché sa volonté d’inclure le Maroc dans le domaine colonial. En effet, cette volonté se manifeste explicitement depuis 1898, dans le milieu de la bourgeoisie française. « Le Maroc est à nous », est le slogan préféré du comité du Maroc, créé en 1903 par la sphère dirigeante française partisane de l’idée de conquérir le Maroc.

Dans ces circonstances, la révolte des tribus Imazighen contre le makhzen (l’Etat marocain) corrompu va atteindre son paroxysme, surtout après la signature de l’acte d’Algésiras, par le Sultan Alaouite Moulay Abdel Aziz. Moulay Abdel-Hafid, avait été proclamé sultan à Marrakech le 16 août 1907 contre son frère Moulay Abdel Aziz, à qui l’opinion marocaine, en majorité amazighe, ne pardonnait pas d’avoir ratifié la copropriété européenne sur le pays introduit par l’acte d’Algésiras, et entériné l’occupation de Casablanca. Moulay Abdel-Hafid avait été désigné sultan par les tribus imazighen du sud, spécialement pour déclarer le djihad (la guerre sainte) contre les impérialistes européens. Le nouveau sultan, Moulay Abdel-Hafid, n’avait pas pris les mesures nécessaires pour arrêter la pénétration française au Maroc, au contraire, il recommençait à coopérer avec la France, malgré l’occupation d’Oujda et de Casablanca, ce qui entraînera le soulèvement amazigh. Le mouvement de Bou Hmara qui émerge dans le Rif en 1902, menace la caste dirigeante makhzenienne en assiégeant la capital Fès en 1909, suite à cette menace, le sultan Moulay Abdel-Hafid, demanda à la France d’intervenir pour écraser le mouvement de Bou Hmara de et de libérer Fès. Le sultan envisage la domination française comme un dernier recours pour endiguer la colère des tribus, qui grondait sur fond de révolte patriotique. L’intervention de la France va rétablir un lien de confiance et de coopération étroite, entre le Makhzen et la France, ce qui aboutira à la signature du traité du protectorat en 1912. Une protection spéciale pour le sultan et la caste arabe dirigeante du pays, qui profitent de pension avantageuse et patrimoine immobiliers considérable. Le traité de Fès avait conduit à la révolte et l’insurrection des tribus Imazighen au Rif, dans l’Atlas et dans le Sud. Bref, trois mouvements insurrectionnels se succèdent, la première à Fès, les unités militaires instruites à l’européenne se révoltent du 17 au 22 avril 1912, ils reçoivent le soutiens des gens des tribus alentours, qui descendent sur Fès pour reprendre à Regnault, l’acte de vente du Maroc qu’il avait extorqué à Moulay Abdel-Hafid. La deuxième à la fin de mai 1912, c’est tout le nord du Maroc qui s’enflamme. Des milliers de cavaliers accourent du Rif, du moyen Atlas et du couloir de Taza, pour livrer l’assaut à Fès, où Lyautey, le premier résident général de la France au Maroc, venu prendre contacte avec le sultan, est encerclé, et dont il peinera à se dégager au prix de furieux combat début juin 1912. La troisième et la dernière dans le Sud et le Sahara où le cheikh Ahmed El Hiba est proclamé à Tiznit le 3 mai 19112, conducteur de la guerre sainte, c’est le Sud qui se mobilise à son tour, sans parvenir à une synchronisation avec les cavaliers de la région de Fès, El Hiba y est proclamé sultan à Marrakech, le 15 août 1912. Le sultan Moulay Abdel-Hafid, pu s’échapper du piège de Fès. Poursuivi par le remords comme par la lassitude, il avait même pensé de se suicider, il paralyse la mise en place du protectorat, hanté par l’idée fixe de se retirer à Tanger dans une villégiature dorée, après avoir abdiqué au prix fort. Soutenu et choisi par la France en 1912, après la renonciation au pouvoir par son frère Moulay Abdel-Hafid, le sultan Moulay Youssef qui avait toujours été au service des français, signe des dizaines des Dahirs qui servent l’intérêt de la colonisation française, dont le dahir du 27 avril 1919, qui prévoie de transformer en terres collectives le pays soumis, et le dahir du 15 juin 1922, qui autorise les transactions relatives à l’acquisition d’immeubles par les étrangers dans les tribus imazighen. En effet, devant le désir des européens d’acquérir des terres, compte tenu de la législation très particulière du régime foncier en pays amazighe, les autorités françaises voulurent légiférer pour permettre que de tels achats puissent avoir lieu. Or, le doit coutumier amazigh comportait un droit très particulier, qui s’appelait le droit de préemption. Le sultan Moulay Youssef promulgue le dahir du 15 juin 1922, qui prévoyait (qu’une telle aliénation fût enregistrée par la djemaa et devant le conservateur de la propriété foncière), et que le droit ne pouvait être exercé que par les seuls parents du vendeur. Ce dahir montre que les autorités françaises n’accordaient aucune importance au coutumes amazigh, surtout quand elle s’opposait à leurs intérêts. Menacé par les rifains, qui ont crée leur Etat en 1922, la république confédérale des tribus du Rif, le sultan Moulay n’avait pas tardé à soutenir l’armées française et espagnole, pour écraser les Rifains. En 1926, la coalition makhzeno-impérialiste porte la guerre du Rif, sous le regard et les applaudissement du sultan, les rifains furent les premières victimes des armes chimiques ( la guerre sale).

Après la mort du sultan Moulay Youssef en 1927, la France avait désigné son petit fils, Mohammed ben Youssef qui avait 17 ans, comme nouveau sultan. Ce petit adolescent poursuivra, sous les ordres du résident général de la France, la politique de pacification, qui va mettre tout le Maroc sous le contrôle du Makhzen en 1934.

Références :

  • 1-Afrique du nord en marche
  • 2- La politique berbère de la France et nationalisme marocain
  • 3- Berbères, Mythe ou réalité
  • 4- le Maroc de Lyautey à Mohammed V

Sources initiale : amaynu