Almoravides


Les Almoravides sont une dynastie amazighe musulmane qui régna sur le Sahara, une partie de l'Afrique du nord occidental (Maghreb) et une grande partie de la péninsule Ibérique (al-Andalus) fin XIe siècle–début XIIe siècle. Les Almoravides (étymologie arabe : al-murabitun) tirent leur origine d'un groupe de tribus amazighs sahariennes qui nomadisaient entre le Sénégal, le Niger et le sud du Maroc, et converties à l'islam à la fin du IXème siècle: les Lemtouna et les Goddala. Ces deux tribus faisaient partie du grand groupe amazigh des Sanhadja. Ces tribus étaient connues par leur coutume de porter un voile (litam) sur le bas du visage. Les Lemtouna, les Messouffa et les Goddala -ou Guezzala- contrôlaient les routes commerciales entre l’Afrique du Nord et les régions subsahariennes. Ils étaient des pasteurs et cavaliers, ils étaient aussi de redoutables guerriers formés à la rude école du désert et vivaient également de razzias qu’ils opéraient chez les sédentaires Noirs installés plus au sud.

Les Réformateurs de la foi

Au XIe siècle, Yahya Ibn Ibrahim, un des chefs Lamtuna,constatant le manque de connaissances de ses hommes en matière d'Islam, fit appel au religieux Abdullah Ibn Yassin, d'obédience malékite et puritain. Son enseignement fut d'abord rejeté par les tribus. Aussi Abdullah Ibn Yassin fonda-t-il un ribat (couvent militaire, d'où le nom en arabe de al-Murabitun, « ceux du ribat »), probablement sur l'île de Tidra en Mauritanie 1048. Il prêchait avant tout l'obéissance à la lettre du Coran, et au sein duquel les guerriers se préparant à la guerre sainte, tout en vivant dans le respect le plus strict des principes du sunnisme de rite malikite. L’existence ascétique menée par Abdullah Ibn Yassin et ses fidèles leur valut rapidement un grand prestige attirant de nombreux disciples. Le guide spirituel se transforma bientôt en chef de guerre. Ce ribat constitua rapidement un centre de diffusion de la doctrine. Il formait les « guerriers de la foi », animés d'une foi intense, ils entreprirent de soumettre au rigorisme religieux, c’est-à-dire à l’orthodoxie sunnite, d’abord les tribus sahariennes voisines. Ils parvinrent rapidement à imposer par la force leur doctrine religieuse aux autres Sanhadja, fondèrent des armées, et partirent à la conquête vers le nord comme le sud.


guerrier Almoravide

Il fallut aux almoravides quatorze ans (de 1042 à 1056) pour conquérir le Sahara occidental et le Sud du Maroc. La première intervention des Almoravides se fit dans le Sud marocain en 1053: étant aussi attirés par l'or de Guinée qui transitait par une oasis plus tard appelée Marrakech, les almoravides montèrent vers le Nord et déferlent en 1053 sur le Sud du Maroc en exterminant les amazighs jugés hérétiques Barghwata Sidjilmassa qui régnaient sur la vallée du Drâa. La cité capitale de Sidjilmassa ne nous a laissé que des ruines quelques kilomètres au sud d'Erfoud. Puis au sud, dès 1054, Abu Bakr Ibn Omar (ou Abou Bekr, Abou Bakr) attaqua l'empire du Ghana et détruisit la ville d'Aoudaghost. Abdullah Ibn Yassin mourut au combat vers 1059, en attaquant l'émirat des Barghwata, considéré comme hérétique par les Almoravides.

Abu Bakr Ibn Omar succède à Ibn Yassin, mort au combat, il cumulait ainsi l'autorité militaire et religieuse, on le considère comme le premier souverain almoravide, il poursuivit sa route jusqu'à Taroudant et la plaine du Souss. En mai 1070, lui et son cousin Youssef Ben Tachfine arrivent en vue de l'oasis principale de la plaine du Haouz, au carrefour des grandes routes traversant l'Atlas et des pistes caravanières du désert et au pied de la butte rocheuse de Guéliz, et décident d'y établir leur campement qui deviendra leur capitale Marrakech - lequel viendrait d'une expression masmouda " Marrakouch " - " va-t-en vite "- allusion au danger que représentait ce lieu d'embuscade. Il fut contraint de retourner au Sahara en 1071 afin de calmer des querelles entre tribus Sanhadja. Abu Bakr Ibn Omar confia la destinée de la nouvelle ville et du pouvoir au Maroc à son cousin Youssef Ibn Tachfin alors âgé de 60 ans, qui s'érigea en souverain, empêchant de fait le retour d'Abou Bakr en 1072. Celui-ci ne régna alors effectivement que sur le désert et le sud. En 1076, il s'empara de la capitale du Ghana, Koumbi Saleh, avec l'aide du royaume de Tekrour, ce qui provoqua l'effondrement de l'empire pendant les décennies suivantes. Il fut tué au Sénégal en 1087, touché par une flèche empoisonnée, et les Almoravides ne parvinrent pas à maintenir leur contrôle sur le Ghana.

Les conquêtes

Youssef dote Marrakech de ses remparts et en fait une cité fortifiée de laquelle il poursuivit les conquêtes almoravides au nord, prenant Fès en 1075, et Tlemcen en 1080, et fondant le Royaume de Tlemcen, qui englobait le Maroc actuel et une partie de l'Algérie occidentale jusqu'à Béjaîa. Tlemcen devenant, une nouvelle fois, la capitale d'un vaste royaume. Il se lance ensuite à la conquête du sud de l'Espagne à l'appel des rois des Taifa (1086) menacé par la reconquête d'Alphonse VI et du Cid.

Débarqué le 30 juin, Tachfine est rejoint par les rois de Séville, Grenade, Malaga et Badajoz, et infligea le 23 octobre une sévère défaite à Alphonse VI à Sagrajas, non loin de Badajoz. Il rentra ensuite en Afrique pour régler ses propres affaires, avant d'être rappelé en 1089. Voyant que les rois des Taïfa complotaient contre eux et contre lui, appuyé par les dignitaires religieux locaux, il conquiert pour lui-même tout le pays d'al-Andalûs entre 1090 et 1094. Malgré son échec relatif face aux chrétiens menés par le Cid, c'est l'apogée des Almoravides. Maître de l'Espagne musulmane, Youssef importa la civilisation andalouse - les arts et l'architecture, à Marrakech. A sa mort ( à l'âge, selon la tradition, de 100 ans) en 1106, Marrakech est la capitale d'un royaume immense, pacifié et immensément riche. Le règne de Youssef ben Tachfin marque l’apogée de la puissance almoravide en Espagne.

Ali Ben Youssef

L'apogée de l'empire almoravide fut atteint durant le règne de Ali ben Youssef (1107-1124),qui lui succéda à l'âge de 23 ans. Il agrandit et consolida l'empire maure, la renommée intellectuelle de l'empire almoravide s'accrut jusqu'à Paris et Rome. Ali ben youssef qui avait grandit en andalousie et qui fut gouverneur de l’Andalousie s'entoura des plus grands savants de l'époque. Sur les instructions d'Ali, un ingénieur du nom d'Abdallah Ben Younès, transposa les système perse des khettaras, réseau souterrain de canaux d'irrigation, et assura à la capitale de l'empire: Marrakech et à ses alentours une alimentation en eau fiable. Ali ben Youssef, ami des arts et grand bâtisseur, avait fait de sa capitale Marrakech une réplique des grandes cités andalouses. Pendant son règne furent également ériger d’imposants monuments d’une richesse décorative jusqu’alors inconnue dans l’Occident musulman. D’après les récits de l’historien al Marrakchi, l’entourage intellectuel du souverain almoravide à la cour de Marrakech était comparable à celui des Abbassides au début de leur règne. De nombreux savants, philosophes et poètes rejoignirent la jeune capitale, mais lorsque le rigorisme religieux officiel des Almoravides sévit, ceux-ci préfèrent rejoindre Fès où la souplesse voir l’absence de rigorisme religieux leur permit de pleinement s’épanouir.


La bataille d'Uclès

Dans le domaine militaire et politique Ali ben youssef se heurta à la résistance des princes chrétiens d'Espagne, il ne put éviter que Saragosse tombe entre les mains du roi Alphonse Ier d'Aragon, ni la consolidation Castillane à Tolède assiégé une dernière fois en 1139, il vainquit les castillans à la bataille d'Uclès en 1108,. Mais dans le même temps il dû faire à une première révolte à Cordoue en 1120, face au mécontentement qui grandissait chez les andalou face au rigorisme religieux et à la présence et l’autorité brutale des Almoravides. Aucune entente réelle n’avait régné entre princes d’Al Andalus et Almoravides. L'agitation des Almohades qui en 1123 s’installait au cœur du Haut-Atlas, à Tinmel, avec pour chef le mahdi Ibn Toumert avait un seul l’objectif anéantir les Almoravides qui à leurs yeux n’étaient que des hérétiques et des débauchés. Marrakech connu alors de nombreuses attaques et incursions.

Le Déclin

En 1143, quand Ali Ben Youssef mourut, l'agitation almohade était à son comble. Son fils Tachfin dû affronter les Almohades qui occupaient maintenant la majeure partie du Maroc tandis qu’en Espagne se révoltaient les musulmans d’Andalousie. Au cours de luttes entre ces derniers et les Almoravides un des chefs séditieux réclama l’intervention des Almohades ce qui provoqua la chute décisive de la puissance Almoravide en Espagne comme au Maghreb. En 1145, Tachfin Ben Ali se tua en tombant dans un précipice, dans sa fuite après une défaite près d'Oran. Deux rois almoravides, Ibrahim Ben Tachfin et Ishaq Ben Ali se succédèrent ensuite, mais ce ne fut que symbolique. La prise de Marrakech par les Almohades en 1147 sonna la fin de l'empire des Almoravides. En effet, seulement cinq ans après le décès d’Ali, le Maroc se trouvait désormais sous l’autorité almohade.

Art almoravide


Architecture

A partir du début du XIIe siècle, le degré de raffinement atteint par les Almoravides apparait dans la Qoubba ou coupole de Marrakech, où s’exerce toute la virtuosité des gypso-plastes et s’entremêlent harmonieusement épigraphie, géométrie complexe et flore. L’existence de la corporation des faïenciers et de l’industrie de la céramique à Fès semble remonter au moins à la période Almoravide comme nous le suggère le nom de Bab al-Fekharin al-Qoudama ou Porte des anciens faïenciers donné à l’une des portes almoravides de la mosquée al-Qaraouiyin.


Qoubba almoravide de Marrakech

Grâce à la richesse de l’empire almoravide et à la puissance du pouvoir, l’art local s’épanouit pleinement et ne fut plus tributaire des réalisations extérieures même si l’influence andalouse fut toujours perceptible dans les formes architectoniques, en particulier les arcs (lobés, en plein cintre outrepassé…) et les motifs d’entrelacs losangés. Cependant, les répertoires ornementaux se virent désormais enrichis d’une multitude de variantes élaborées par les artistes et artisans almoravides.

Architecture religieuse

Bien que peu de constructions almoravides subsistent, l’influence de l’architecture andalouse dans certains éléments architecturaux est très nette. Parmi ces constructions, se trouvent les vestiges de palais au nord du minaret de la Koutoubia à Marrakech mis à jour par des fouilles et les palais de Tagrart (Tlemcen). A ceux-ci s’ajoutent les agrandissements et fondations de mosquées comme la Grande Mosquée d’Alger et celle de Tlemcen, la mosquée Quaraouiyine de Fès, et surtout la Qoubba el-Barudiyyin près de la mosquée Ben Yousef à Marrakech. La koubba el Ba'adiyne C'est le monument le plus ancien de Marrakech. Un des rares vestiges de l'art almoravide (XIe siècle) à ne pas avoir subi les destructions almohades. Bâtie en pierre et en brique, la Koubba arbore à l'extérieur un décor de rosaces. A l'intérieur, de riches éléments floraux ornent le marbre sculpté. La mosquée Ben Youssef fut construite durant la seconde moitié du XIIe siècle par le sultan youssef ben tachfin, cette mosquée est la plus vaste de la médina et la plus ancienne de Marrakech.

Construction militaire

Dans le domaine de l'architecture militaire, les Almoravides entreprirent la construction de forteresses afin de surveiller les montagnes comme celle d’Amergou (Rif), celle du Tasghimout (Atlas) et de nombreuses autres comme à Massa. La ville de Meknès fut fondée et dotée de remparts. De plus, la réalisation de nombreux travaux d’utilité publique, surtout à Marrakech et Fès, fit des Almoravides de véritables architectes, urbanistes et hydrauliciens. Il s’agissait principalement de l’aménagement de réseaux de canalisations pour irriguer les jardins de Fès, de la construction d’un pont sur l’oued Tensift près de Marrakech et de la construction de fontaines, moulins, bains et hôtelleries ainsi que de l’organisation des marchés. Ali ben Youssef dressa les remparts de l’enceinte de sa capitale, Marrakech. Il fut également à la tête de la création d’un système très sophistiqué d’adduction des eaux ou khettara emprunté aux Perses, et permettant déjà au XIIe siècle d’alimenter en eau la ville entière et toute la région avoisinante.

Liste des sultans almoravides


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