Alele

Localité mentionnée par Pline l’Ancien (H.N., V, 35) dans sa relation du triomphe de Cornelius Balbus, comme une « ville » du pays des Phazaniens en arrière de la petite Syrte. Après elle, est citée Cilliba puis, en venant de Sabrata, Cidamus. Cette dernière ne pouvant être que Ghadamès, il en résulte que les deux autres centres se situaient au nord, entre cette oasis et la côte, comme l’a montré J. Desanges. L’identification de Cilliba = Tillabari avec Remada établie par M. Euzennat confirme la localisation de la Phazania, distincte du Fezzan actuel, dans cette même région des confins tuniso-libyens et donne un nouveau fondement à la proposition de G. Mercier reconnaissant dans Alele la forme originale libyque de Talalati station de l’Itinéraire Antonin sur le limes Tripolitanus (Itin. Ant, 76, 7) puis poste romain créé sous Gallien (C.I.L. VIII, 22765) dont le nom se retrouve dans celui du limes Talalatensis (Notitia Dign. 0cc. XXXI, 18). Le camp était situé à Ras el-Aïn, à l’ouest de Tataouine, non loin du Mont Tlalet, dernier avatar du toponyme ancien.

Le même G. Mercier, avait rapproché Alele de la forme panberbère ilili qui signifie le laurier-rose. Mais le parler berbère de Ghadamès autorise un rapprochement à la fois plus logique et plus simple, compte tenu du lien établi par le texte de Pline entre les différeits centres de la Phazanie le terme Alêlê y désigne le mil qui avait conservé une grande importance dans la vie de l’oasis, puisqu’un tour d’eau spécial —la h’adjezet— était réservé encore récemment à cette culture en hiver. J. Lanfry qui rapporte ce fait, signale également cette chanson destinée à chasser les oiseaux :

Ahu! alili m — baba! laissez le mil de mon maître!

Or, la région de Tataouine est propice aux cultures de céréales sur les plateaux du Mont Demmer et plus encore dans les zones d’épandage des rivières de la Jeffara. La configuration de la Phazanie telle qu’elle résulte des données de Pline est donc celle d’un territoire allongé du nord au sud du Jebel tunisien à l’oasis de Ghadamès. Elle suggère un genre de vie semi-nomade dont les confédérations du Nefzaoua ou de Tripolitaine donnent encore aujourd’hui l’exemple en associant les cultures céréalières au nord, la vie d’oasis au sud et l’utilisation des parcours du Dahar ou de la Guibla.

P.TROUSSET

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III

BIBLIOGRAPHIE

  • MERCIER G. La langue libyenne et la toponymie antique de l’Afrique du Nord. Journal asiatique, CCV, 1924, p. 289-290.
  • LANFRY J. et LAPERROUSAZ A. Chronique de Ghadamès, L’eau d’irrigation. I.B.L.A., 36, 1946, p. 352
  • DESANGES J. Le triomphe de Cornelius Balbus (19 av. J. -C.), R. Afr., CI, 1957, p.

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  • LANFRY J. Ghadamès, étude linguistique et ethnologique (préface de L. Galand), I, textes, notes philologiques et ethnographiques. Fort National, 1968, p. 206.
  • CAUNEILLE A. Le semi-nomadisme dans l’ouest libyen (Fezzan, Tripolitaine) Nomades et nomadisme au Sahara (UNESCO, Recherches sur les zones arides, 19), Paris, 1963, p. 101-112.
  • TROUSSET P. Recherches sur le limes Tripolitanus du Chott el-Djérid à la frontière tuniso-libyenne. Paris, 1974, p. 98-102.
  • EUZENNAT M. et TROUSSET P. Le camp de Remada, fouilles inédites du Commandant

Donau (mars-avril 1914). Africa V-VI, 1978, p. 151-156.

  • PLINE L’ANCIEN Histoire naturelle, livre V, 1-46, texte établi, traduit et commenté par

J. DESANGES, Paris, Les Belles-Lettres, 1980, p. 384-390.

  • DALLET J. M. Dictionnaire kabyle-français. LAPMO-SELAF, Paris, 1982, p. 441.
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