Akkar

La légende

Akkar était le chef des Isabaten, peuple ancien aujourd’hui disparu et qui occupait l’Atakor-n-Ahaggar avant l’arrivée des Touaregs actuels. Ceux-ci considèrent les Isabaten comme des gens primitifs et stupides sur lesquels ils racontent toutes sortes d’anecdotes dérisoires (voir Textes touaregs en prose, 1984, p. 130, 234 et Ch. de Foucauld 1951, t. II, p. 535-536). Celle concernant Akkar n’échappe pas à cette règle.

Un jour, Akkar réunit tous les Isabaten et leur ordonna de rabattre tous les mouflons de l’Atakor vers le grand fleuve Amded pour les exterminer. Les mouflons représentant des réserves importantes de chasse pour les montagnards, ceux-ci se révoltèrent et lapidèrent Akkar jusqu’à ce qu’il fut enseveli sous un énorme tas de pierre qu’on montre aujourd-hui comme étant sa sépulture.

Ce tombeau du genre appelé édebni (adebni) par les Touaregs n’a pas été l’objet d’attention ou de vénération particulière de la part des Dag-Ghali parmi lesquels existaient encore, il y a 30 ans, des individus qu’on disait descendre des Isabaten. Comme tous les Berbères, les Touaregs n’attachent guère d’importance aux témoins matériels de leur passé. Seule reste l’histoire orale sous forme de légendes ou d’anecdotes: Celle d’Akkar nous enseigne la rupture entre une chefferie archaïque considérée comme dérisoire et inopérante et un peuple prêt à sauvegarder ses moyens de survie.

M. GAST

Tombeau d’Akkar

Le tombeau attribué à Akkar, chef des Isabaten, est situé dans la haute vallée du fleuve Taghemmout (lequel devient Tamanrasset à sa sortie du massif de l’Atakor), au sud de la piste qui mène au pied de l’Assekrem, au voisinage de l’abankor de Ti-n Serine.

Avant les fouilles qui furent effectuées en mars 1968, le monument se présentait sous l’aspect d’un tumulus tronconique d’un diamètre moyen, à la base, de 12,60 m (entre 12,40 m et 12,75 m), haut de 1,30 m et déprimé au sommet.

Il s’agit, en fait, d’un monument du type « chouchet » ou plus précisément d’un monument à margelle. La partie centrale est une sorte de puits qui avait été comblé. L’intérieur une fois déblayé, le puits apparut en bon état son diamètre oscillait entre 2,80 m et 2,60 m ; les parois étaient assez soigneusement construites en parpaings de basalte dont quelques-uns étaient posés en boutisse. A notre grande surprise, deux témoins, comparables à ceux qui sont placés sur les tombes musulmanes, étaient plantés verticalement contre la paroi ; leur alignement avait une orientation de 320. Mais Ouksem ag Axmed, Dag-Ghali qui participait aux fouilles, ne reconnaît pas dans cette orientation celle des shahed des tombes musulmanes actuelles.

Les témoins reposaient sur une aire partiellement dallée située à 0,30 m au-dessous du sol actuel. A ce niveau furent recueillis un fragment de bracelet en serpentine et des tessons de poterie lisse. Ces documents n’ont malheureusement aucune valeur chronologique : les bracelets en stéatite ou serpentine étaient déjà portés au cours du Néolithique ancien (Amekni) et le sont encore par les Touaregs ; quant aux tessons lisses, ils sont sans âge. Sur l’une des pierres retirées du puits était gravée une paire de sandales.

La même observation a été faite dans la nécropole de fleuve Amejjour (T-in Afelfellen). On sait la valeur symbolique de telles gravures, il n’est donc pas indifférent que des pierres qui en sont ornées aient participé à la construction de monuments funéraires.

Sous le dallage imparfait apparaissait, à peu près au centre du puits, une dalle de 0,80 m de long sur 0,65 m de large. Elle reposait sur un sol meuble dont la fouille fut poursuivie jusqu’à 1,15 m de profondeur et n’apporta que d’infimes esquilles osseuses indéterminables, sans le moindre mobilier funéraire.

L’interprétation de ces données évanescentes se révèle particulièrement délicate. Faut-il rapprocher la présence des grosses pierres, qui tapissent imparfaitement le fond du puits, de la légende qui rapporte la lapidation d’Akkar par ses sujets révoltés? En se fondant sur les seules données archéologiques, on peut proposer la reconstitution suivante: dans un premier temps, des ossements décharnés auraient été déposés dans une fosse recouverte d’une dalle, mais l’absence de dents est surprenante et la très faible quantité d’esquilles autorise à penser que ce dépôt d’ossements fut très partiel, voire symbolique. Le fait fut plusieurs fois observé, tant au Sahara qu’au Maghreb, particulièrement dans les monuments à margelle et les chouchet. Au-dessus et autour de cette sépulture fut édifié un vaste monument à margelle.

Dans un second temps, qu’il est difficile de préciser, une pseudotombe avec implantation de témoins fut aménagée à l’intérieur du puits. La différence d’orientation des témoins par rapport aux tombes musulmanes actuelles (nord/sud au Maghreb) dénonce l’âge « isabaten » ou antéislamique du tombeau primitif.

Le monument à margelle subit ensuite une destruction partielle qui combla le puits.

Le tombeau d’Akkar est, avec celui de T-in Hinan à Abalessa, le seul monument funéraire non islamique de l’Ahaggar qui soit attribué par les Touaregs à une personne nommément désignée. Les découvertes d’Abalessa ont montré qu’il ne fallait pas dédaigner ces légendes qui s’accrochent à des faits concrets. Il est sûr que l’Atakor fut le domaine par excellence des Isabaten, dont certains Dag-Ghali reconnaissent descendre. L’attribution du tombeau du fleuve Taghemmout à la personne d’Akkar est d’autant plus intéressante que ce monument ne présente aucun caractère particulier, ni dans sa construction, ni dans ses dimensions. Seule une très ancienne tradition reflétant la mémoire collective peut expliquer cette attribution

G.CAMPS

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III

BIBLIOGRAPHIE

  • FOUCAULD, P. Ch. de, Dictionnaire Touareg-français, Imprimerie Nationale, Paris,

4 vol. 1951. t. II, p. 536. Textes touaregs en prose de Ch. de Foucauld et A. de Calassenti-Motylinski, édition critique avec traduction par S. Chaker, H. Claudot, M. Gast, Edisud, Aix-en- Provence, 1984, 360 p.

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