Akhamouk (Axamuk)

Axamuk, fils d’Ihemma et de Tehit (petite-fille de Taghawsit, sixième et dernière fille de Kella ancêtre des Kel-Ghela), fut le dixième amenukal de l’Ahaggar depuis Salah, de 1920 à 1941.

Il serait né en 1874. Il a été 17 ans l’un des conseillers et représentant de Musa ag Amastan et élu à la mort de ce dernier comme amenukal, le 30 décembre 1920 par l’assemblée des nobles et chefs de clans vassaux (voir H. Lhote, 1955, p 223).

Axamuk était le frère de la célèbre Dasin dont Musa ag Amastan fut très épris sans pouvoir en faire son épouse. Il s’est marié une première fois avec Hebbani ult Chikat (Kel-Ghela du lignage à commandement) dont il eut Biska, Bey, Fati, Tameghrek. Puis, après la mort de Hebbani, il épouse Damla fille de Ebbah ag Mohammed et de Tinest ult Urzig et dont il eut: Belata, Amma, Sidi-Musa (Hadj Musa, actuel député de la wilaya de Tamanrasset), Tabelhoyt. Son fils Bey, doté du droit d’accès au commandement par sa mère Hebbani, fut le dernier amenakul de l’Ahaggar de 1950 à 1975 (date de son décès).

Les vingt et un ans de son commandement n’ont pas été marqués par de grands événements. Cependant, son époque se èaractérise par une lente et irréversible érosion de la société touarègue traditionnelle et de sa dynamique, avec l’affermissement de la colonisation : extinction des rezzous, établissement des frontières divisant le pays touareg, renforcement de plus en plus rapide des centres de sédentarisation et de la gestion administrative. L’administration militaire française se substitue progressivement aux réseaux d’autorité des suzerains qui ne maîtrisent plus les rapports de production ni la politique locale (Gast, 1979 et 1986).

Parallèlement à cette transformation d’ordre politique et économique, de nombreux tolba et chorfa s’installent un peu partout à la faveur de la paix, jettent l’anathème sur les moeurs et la culture traditionnelles (pratique de l’ahal, égalité des sexes, poésie profane, musique, etc.) en vivant des ventes d’amulettes et de récitation du Coran pour les premiers et de dons contre leur baraka pour les seconds. Ils « ont invité plusieurs chefs importants à renier publiquement leurs anciennes croyances, à dénoncer tout ce qui pouvait subsister en eux de paganisme. L’amenukal Axamuk et, après lui, Meslah [Meslagh] auraient abjuré en ce sens» (H. Lhote 1955, p. 351).

On brise parfois les imz'ad au campement de l’amenukal, l’on interdit l’ahal comme une pratique honteuse. Les séances de violon sont parfois tolérées comme une curiosité à l’usage des visiteurs étrangers; l’imz'ad est joué alors par une vieille femme renommée, mais ces séances ne ressemblent en rien à celles d’autrefois. C’est l’époque où apparaît un instrument et une réunion d’un type nouveau : le tindé, mode venue de l’Adrar des Iforas. Le tindé, c’est le grand mortier à piler le mil devenu tam-tam grâce à une peau tendue sur sa bouche.

Axamuk qui avait participé aux côtés de Musa ag Amastan à de nombreux raids, a versé dans la dévotion et la sédentarité quand il fut amenukal. Il affectionnait de vivre près d’Abalessa pour plusieurs raisons: il était près de jardins où il possédait de nombreux domestiques et quinteniers qui travaillaient pour lui ; il avait fait venir un taleb pour enseigner le Coran et les pratiques religieuses aux adultes et aux enfants de son campement; il était près de Daghmuli siège de la zaouïa d’un cherif, Mulay Abdallah venu à la fin du XIXe siècle; enfin, il était proche de Tamanrasset où se situait le siège de l’administration française qui avait souvent besoin de lui. Axamuk meurt le 26 mars 1941 (à 67 ans), à Tunin-Akurim, dans son campement. Il est enterré sur les bords de la rivière Tiffert, affluent de la rivière Eteghes qui passe à Abalessa.

Akhamouk (Axamuk) est l’éponyme de la famille Akhamouk actuelle à qui ce nom a été officiellement attribué depuis la constitution de l’état civil et des noms patronymiques en 1968.

M. GAST

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III

BIBLIOGRAPHIE

  • GAST M.- 1979. Pastoralisme nomade et pouvoir: la société traditionnelle des Kel Ahaggar, in Production pastorale et société, Cambridge University Press et Maison des Sciences de l’Homme, Paris, p. 201-220.
  • GAST M.- 1986. Les verrous secrets d’une société indépendante au Sahara central: règles d’héritage et de transmission des biens chez les Kel Ahaggar; in Habus, lait vivant, manyahuli, Règles d’héritage et de transmission des biens en pays islamiques, G.I.S., Maison de la Méditerranée, cahier n.° 9, Aix-en-Provence.
  • FLORIMOND Cpt.- Rapport annuel 1940. Annexe du Hoggar (voir p. 31). Archives d’Outre-Mer, Aix-en-Provence.
  • LHOTE H. Les Touaregs du Hoggar, Payot, Paris, 1955, 468 p.