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Encyclo: Akakus, Préhistoire

L’occupation « épipaléolithique »

L’Akakus n’a pas fourni de traces de peuplement plus anciennes que celles de l’abri de Ti-n-Torha Est, où un groupe apparemment sédentaire s’installe autour d’une source, certainement de débit alors notable, vers 7 100 BC (datation C 14 non calibrée, ainsi que toutes celles qui sont données ici) (Barich, 1974). Nous sommes, vers cette date, dans la phase la plus humide du « Grand Humide » qui, succédant à l’ Hyperaride postatérien », marque un peu partout au Sahara la réoccupation du territoire (Muzzolini, 1983, p. 96).

Les hommes de Ti-n-Torha possédaient un équipement matériel analogue à celui d’Amekni, dans le Hoggar, ou de Tagalagal, dans l’Aïr, sites de dates C 14 analogues (6 700 bc et 7 400 bc respectivement) : une industrie du silex à caractère microlithique marqué, une abondance remarquable de meules, molettes et broyeurs, et surtout les premières céramiques, parmi lesquelles figurent des tessons à décor « wavy line ». Ce décor de lignes ondulées, peu régulières, tracées avant cuisson, continues ou constituées d’une suite de points (c’est alors la « dotted wavy line », mais sa spécificité et surtout sa valeur chronologique par rapport à la « wavy line » simple ont été surestimées) se retrouve dans de très nombreux sites africains, du Nil et du Lac Turkana jusqu’à l’Atlantique, vers les débuts de l’Holocène. Camps (1974), adoptant comme critère du Néolithique l’usage de la céramique, attribue ces groupes anciens au Néolithique (« Néolithique saharo-soudanais »), tandis que Mme Barich, privilégiant comme critère le mode de vie économique, et ne trouvant aucune trace de domestication du boeuf ni d’ovicaprinés dans ces niveaux anciens, attribue ces chasseurs plus ou moins sédentaires et collecteurs de graines à l’étage « épipaléolithique ». Ce n’est là qu’une question de vocabulaire.

La domestication du boeuf

Toutefois, A. Close (1984), arguant de l’importance des restes de mouflon (Ammotragus) à Ti-n-Torha Est (70 % de la faune), et de la difficulté, pour un groupe sédentaire, de vivre aussi largement aux dépens d’une espèce farouche, suggère qu’il y eût ici une économie « largement pastorale plutôt que de chasse seule ». On peut disputer cette notion de prédomestication : s’il y eut un certain contrôle du groupe sur le troupeau sauvage de mouflons, ses modalités nous échappent. On ne peut par contre suivre Mme Close pour ce qui concerne la domestication du boeuf, qu’elle situerairvolontiers ici aux mêmes dates -VIIe ou VIlle millénaires BC— que celles avancées par Wendorf et Gautier (1984) pour les premiers boeufs, considérés comme domestiques, du Désert occidental d’Egypte (Nabta Playa, Bir Kiseiba, etc.). Ce qui évidemment corroborerait la thèse d’une domestication très ancienne en Nubie. Mais nous avons ailleurs exposé (Muzzolini, 1983) que la domestication n’est quasi- certaine à Nabta Playa qu’au Néolithique moyen (vers 5 200-4 500 bc environ), et les restes de Ti-n-Torha n’apportent aucune confirmation de domestication très ancienne du boeuf: Ti-n-Torha Est n’a livré que deux os de boeuf, d’identification douteuse, et Ti-n-Torha-Deux Grottes, aucun.

En fait, des phénomènes susceptibles d’être interprétés comme des indices de domestication ne deviennent perceptibles, dans l’Akakus, qu’après l’épisode climatique majeur de l’ Aride mi-holocène » (5 500-4 500 bc, à ± 500 ans près). Au moins dans les débuts de cet Aride, très sévère, Ti-n-Torha est abandonné. Les hommes n’y reviennent qu’entre 5 000 et 3 500 bc environ, ils occupent alors l’abri de Ti-n-Torha Nord. On a décrit ces nouveaux occupants comme de vrais pasteurs, maintenant, sur la foi de quelques restes d’os de boeuf de taille « moyenne », très peu nombreux, et de toute façon postérieurs à 4 000 bc. On a aussi retrouvé et daté au C 14 des «:fumiers » de leurs « étables » : les dates (3 900 à 3 600 bc) d’un tel matériau soulèvent toutefois quelques doutes méthodologiques. A Uan Muhuggiag, l’occupation débuterait plus tôt (Niveau X : 5 500 bc, mais cette date est peu sûre). On y relève, dès la base, comme on les relève à Nabta Playa vers la même période, des os de boeuf, de taille également « moyenne » (Gautier, 1982). Cette taille réduite (appréciée par rapport à la taille, souvent imposante, de l’aurochs) est considérée comme une conséquence, et donc une preuve, de la domestication. Ce critère reste toutefois très peu sûr.

Mori et Pasa ajoutaient, comme preuve de domestication des boeufs de Uan Muhuggiag, la découverte d’un fragment de frontal dans le niveau VII, daté de 4 000 bc. Ils l’attribuaient (en raison de la taille et de la direction de départ des cornes) à B. brachyceros, variété qu’on ne connaît que sous statut domestique. Le fragment est malheureusement trop réduit pour permettre une quelconque identification. En résumé, les seuls arguments possibles en faveur d’une possible domestication restent le « fumier » et la taille réduite : arguments non décisifs, ils ne dégagent qu’une présomption, une vague probabilité de domestication du boeuf dans l’Akakus vers 4 000 bc.

La domestication des ovicaprins

La domestication des ovicaprinés apparaît moins incertaine : contrairement au boeuf, ils n’ont pas, eux, d’ancêtre sauvage local et leur statut domestique est donc affirmé d’emblée : ils ne sauraient, assure-t-on, qu’avoir été « introduits » par l’homme. Cette thèse traditionnelle demanderait discussion. Mais force est de constater leur apparition : dès le 6ème millénaire bc à Nabta Playa et au Gilf Kebir, le 5ème en Egypte et en Nubie soudanaise, le 4ème à Shaheinab, Kadero, Zakiab (Soudan), dès le 5ème millénaire à Haua Fteah en Cyrénaïque, et peut-être aussi à la Grotte Capeletti dans les Aurès. Les faunes de Ti-n-Torha étudiées par Gautier (1982) ne livrent aucun os de mouton ni de chèvre : ni dans les niveaux « épipaléolithiques » (ni à l’abri Est, où, nous l’avons dit, abonde Ammotragus, ni à Ti-n-Torha-Deux Grottes, où l’on note quelques os d’Ammotragus), ni même, curieusement, dans les niveaux « néolithiques » de l’abri nord (où même Ammotragus fait défaut). Par contre, le petit bétail abonde à Uan Muhuggiag, dès la base, et le pourcentage augmente encore dans les niveaux récents (Gautier, in litt). Malheureusement, cette base n’est datée que par la même date C 14 de 5 500 bc, non confirmée et suspecte. Le contraste total avec les faunes de Ti-n-Torha, mieux datées, jette un doute sérieux. En outre, la séquence culturelle qu’évoquent les niveaux de base de Uan Muhuggiag est plutôt celle des niveaux à « fumier » de Ti-n-Torha Nord (datés de 3 900-3 600 bc). Ce qui incite à abandonner la date suspecte de 5 500 bc, et suggère que les ovicaprinés (présumés domestiques) de l’Akakus ne sauraient y être antérieurs à 4 000 bc.

Les figurations rupestres : chronologie relative

F. Mori (1965) a proposé, pour les figurations de l’Akakus, une classification assortie d’une chronologie relative. Elle adopte les divisions antérieurement définies par Monod et Lhote pour le Tassili, et plus généralement pour le Sahara. Elle s’articule ainsi :

  1. phase du Bubalus antiquus, affirmée d’âge « prépastoral » : elle ne comprend que des gravures, et ne représente —selon Mori— que des animaux sauvages. Elle correspond à la « période bubaline » de Lhote.
  2. phase des Têtes Rondes, étage chronologique distinct, pour Mori (tandis que Lhote déclare ignorer sa position par rapport à la « période bubaline ») et qui comprendrait à la fois des peintures et des gravures.
  3. phase « pastorale », assimilée au « Bovidien » du Tassili et subdivisée en
  1. « récente », celle des « Pasteurs de Ti-n-Anneuin » ( peut-être de type nilo-chamitique »).
  2. phase du cheval, puis phase du chameau, à populations méditerranéennes.

Mais des comparaisons avec d’autres ensembles rupestres sahariens, dont les documents se sont accumulés ces vingt dernières années, autorisent un certain réexamen de la chronologie relative de Mori.

1) Les gravures. En premier lieu, l’attribution de gravures à l’« étage » Têtes Rondes ne paraît pas acceptable : définies au Tassili, les Têtes Rondes y constituent un groupe n’incluant que des peintures. L’assimilation, dans l’Akakus, de peintures et de gravures, probablement sur la base d’une appréciation stylistique, relève d’une démarche personnelle, non contraignante.

D’autre part l’ensemble des gravures (celles de la « phase du Bubalus » et celles dites de la « phase Têtes Rondes ») manifeste un groupe hybride. Certaines gravures, à connotations sexuelles, ou à technique piquetée, ou à patine claire, de dessin assez fruste, caractérisent partout ailleurs des phases récentes ( Pastoral » ou plus récent?). D’autres, que nous avons proposé de constituer simplement en « groupe ancien », d’ancienneté imprécise, rappellent quelque peu les réalisations de la période « bubaline » classique du Fezzan, du Djerat et de l’Atlas saharien. Elles apparaissent toutefois de dessin plus fruste, ici, le contour poli est moins fréquent (et les surfaces intérieures polies manquent, sauf sur quelques exemplaires de l’I-n-Djaren en Algérie), le piqueté est plus abondant. Elles figurent presque toujours des animaux isolés, révélant la même grande faune « éthiopienne » que les ensembles « bubalins », et sont donc d’âge relativement ancien, mais non « prépastoral » pour autant.

Nous avons en effet exposé ailleurs (Muzzolini, 1983) que la prétendue « période » bubaline —au sens de Lhote— ne constitue en fait, au Tassili, au Fezzan ou dans l’Atlas, qu’un « style » bubalin, d’âge déjà pleinement « bovidien ». Les animaux isolés présentés par Mori comme appartenant à la « phase du Bubalus » sont sauvages, certes —il s’agit d’éléphants, de girafes, de lions, outre le Grand Buffle— mais pourquoi seraient-ils d’âge « prépastoral »? Des gravures de même style représentent aussi des manades classiques de boeufs.

On ne perçoit aucune raison de leur attribuer un âge différent, sauf si l’on admet le préjugé de l’existence d’un groupe « prépastoral » —cercle vicieux évident.

2) Les peintures Têtes Rondes. La distinction faite par Mori entre une sous- phase initiale monochrome, et une phase finale polychrome, ne représente probablement que l’affirmation d’un schéma évolutif considéré comme logique (le simple précède le complexe), et n’est justifiée par aucune superposition. La comparaison avec les ensembles tassiliens permet seulement d’indiquer que le groupe qui apparaît au Tassili le plus ancien, celui des « Martiens primitifs », manque ici complètement. Les groupes représentés ici figurent essentiellement des personnages, du type « seminaturaliste commun » ou du type « Dame Blanche », au corps ponctué de points blancs (à Trachori, notamment), qui caractérisent, au Tassili, les phases finales (Fig. 2).

3) L’ensemble « Pastoral » de l’Akakus ne nous paraît pas pouvoir être mis en parallèle chronologique avec le « Bovidien » défini par Monod et Lhote plus à l’ouest. Le « Bovidien » est essentiellement représenté au Tassili par deux sous-groupes:

Le premier de ces deux sous-groupes semble manquer presque totalement dans l’Akakus (une fresque, à Teshuinat, en relève peut-être).

Par contre le « Pastoral » de l’Akakus, tel qu’il a été défini par Mon, manifeste essentiellement deux sous-groupes à correspondances tassiliennes nettes :

Cet ensemble n’est qu’une variante locale du groupe tassilien d’Iheren-Tahilahi : le style exclusivement méditerranéen des personnages, les techniques picturales (contours ocres et aplats), la présence ici aussi de chèvres et moutons, des thèmes iconographiques communs (celui de la chasse au lion ou au mouflon), les armes (« arme courbe », épieu ou javelot), des détails vestimentaires (les manteaux à franges), les soins apportés à la coiffure (à Uan Amil, la mode impose un toupet de cheveux sur le front (Fig. 4), les boeufs montés, etc., soulignent l’analogie, sinon l’identité, des deux groupes, et donc leur probable contemporanéité. Quelques très rares personnages de type Uan Amil peuvent d’ailleurs être relevés dans des compositions tassiliennes de contexte « Bovidien final » (à Sefar, notamment);

b) le « Pastorale recente » ou « Pasteurs de Ti—n-Anneuin » (ou « Pasteurs de Ti-n-Lalan »), typiquement longilignes. Ces « pasteurs » sont le plus souvent représentés en files de guerriers ou chasseurs, armés du bâton de jet ou d’un petit arc. Les corps, en blanc, se couvrent d’un manteau ocre à large ceinture ornementée. On les connaît bien au Tassili, dans des compositions datant d’un « Bovidien » très tardif ou de la pleine période du cheval. Dans l’Akakus également, certains de ces « pasteurs de Ti-n-Anneuin » apparaissent dans des compositions renfermant déjà des chevaux.

En résumé, les correspondances chronologiques entre les étages rupestres du Tassili et ceux de l’Akakus peuvent se schématiser ainsi :

Les figurations rupestres : chronologie absolue

Aucune méthode ne permet, ici pas plus qu’ailleurs, de dater les figurations rupestres avec quelque précision. Mori (1974, 1978) a toutefois proposé un décompte, controversé. Il part des dates de quelques charbons recueillis au pied de figurations (Fozzigiaren, 6 100 bc — Uan Muhuggiag, 5 500 bc — Uan Telocat, 4 800 bc — Uan Tabu, 5 100 bc), qui situeraient, d’après lui, les débuts du « Pastoral » vers 6 000 bc. Au-delà, il essaie d’apprécier en millénaires les différences de patine d’une gravure de Ti-n-Ascigh où une girafe, qu’il attribue à la « phase Têtes Rondes » pour son style, est superposée à un Grand Buffle, attribué, lui, à la « phase du Bubalus ». Mon intercale d’ailleurs « quelques millénaires » entre les diverses « étages » ainsi articulés, et aboutit à un début de l’art rupestre pouvant se situer dans le « Tardiglaciaire » ou le « Pléistocène ».

Les objections à cette construction sont multiples : les attributions sur base seulement stylistique restent douteuses, le Bubalus de Ti-n-Ascigh n’est pas nécessairement d’âge « bubalin », deux animaux superposés peuvent appartenir à une même phase chronologique, et la position chronologique des Têtes Rondes reste inconnue. Surtout, la quantification des diffèrences de patines paraît un exercice téméraire (on connaît des chars et même des compositions camelines à patine « totale »). Enfin, la base fournie par les dates d’âge « pastoral » ne nous paraîtra fiable que lorsque ces dates, établies dans les années 50, seront confirmés.

Pouvons-nous lui opposer quelque spéculation moins hasardeuse? Nous ne disposons guère de données utiles et sûres. Le « Pastorale recente » descend assez bas dans la «période du cheval », au 1er millénaire bc, et les débuts du « Pastorale antico » de Uan Amil, contemporain du style tassilien d’Iheren-Tahilahi, pourraient, eux, remonter au IIe (ou même IIIe?) millénaire bc : une indication, vague, provient des armes (lance, javelot et petit bâton de jet, armes plus récentes que l’arc, qui se raréfie alors partout) et de détails vestimentaires qu’on retrouve chez les « Libyens » décrits par l’iconographie égyptienne. On soupçonne que l’« arrivée » des Méditerranéens (les « Paléoberbères », comme les appelle Camps, 1980) au Sahara central ait pu se situer vers la fin de l’épisode climatique de l’« Aride postnéolithique », qui débute vers 2 500 bc (mais une notation discordante provient de Ti-n-Torha, où l’habitat n’est pas abandonné pendant cet Aride). La faune sauvage figurée par les Méditerranéens de Uan Amil et d’Iheren-Tahilahi (si un « filtre culturel » ne nous la déforme pas trop...) manifeste, lorsqu’on la compare à la grande faune « éthiopienne » de l’école « bubaline », ou du « groupe ancien » des gravures de l’Akakus, un dessèchement certain du climat : le Grand Buffle et l’hippopotame ont disparu des parois, le rhinocéros et l’éléphant y deviennent maintenant rarissimes, par contre girafes et antilopes, notamment oryx, abondent.

Il est tentant de projeter la grande faune « éthiopienne » (et donc l’école « bubaline », le Bovidien négroïde du Tassili, et les Têtes Rondes probablement aussi) dans l’ Humide néolithique » (4 500-2 500 bc ± 500). Tout cela reste largement spéculatif.

Quant à la faune domestique, nous avions exposé, dans des textes antérieurs, que le mouton, présent dans le « Bubalin » de l’Atlas saharien, était absent des peintures pastorales du « Bovidien ancien » négroïde du Tassili, et pratiquement absent (ou douteux) dans les gravures « bubalines » de la rivière Djerat et, pensions-nous, dans celles du Fezzan. Son « arrivée » en nombre sur les figurations rupestres des Méditerranéens du « Bovidien final » d’Iheren-Tahilahi ou de Uan Amil pouvait donc, elle aussi, s’interpréter comme une conséquence du dessèchement du climat le pastoralisme à base exclusive de boeuf devenant désormais impossible.

Cette thèse, qui permettrait de considérer le mouton, au Sahara central, comme témoignage d’un âge relativement récent, nous paraît maintenant moins assurée si l’absence de mouton à Ti-n-Torha semble confirmer notre thèse, sa présence à Uan Muhuggiag (à partit de 4 000 bc?) semble l’infirmer. Surtout, nous avons récemment pu constater (dans une collection de photos prises aux alentours du Mathendous) que le mouton figurait aussi dans l’école « bubaline » du Fezzan : comme celui de l’Atlas saharien, c’est un mouton à cornes d’Ammon classiques. Nous ne pouvons donc tirer aucun argument de datation, même relative, à partir des figurations de cette espèce. Son absence dans les gravures « bubalines » du Djerat, dans le « groupe ancien » des gravures de l’Akakus, chez les Têtes Rondes ou dans le Bovidien ancien (négroïde) du Tassili peut simplement refléter un « filtre culturel » : le mouton, quoique déjà introduit et connu, n’était peut-être pas important dans l’économie du groupe auteur des figurations ; ou encore, sacré comme dans l’Atlas, sa représentation pouvait en être interdite.

Puisque les figurations de l’Akakus, comme celles du Tassili, ne renferment aucun groupe « prépastoral », les datations au C 14 des faunes domestiques provenant des fouilles n’autorisent, en toute hypothèse, pour l’ère « pastorale » de l’Akakus (c’est-à-dire pour la totalité des figurations), aucune date antérieure à 4 000 bc. On est loin des dates « hautes » dans le « Pléistocène », ci-dessus discutées.

Les Garamantes

La fin des temps préhistoriques, dans l’Akakus, voit s’établir une « phase du cheval » qui se manifeste par les figurations traditionnelles de cette période, très analogues à celles du Tassili (personnages bitriangulaires, « têtes- bâtonnets », chars peints, dits « au galop volant », tifinars, etc.). Les compositions camelines, qui la suivent, très frustes, ne se distinguent guère, elles non plus, de celles connues plus à l’ouest.

Les groupes paléoberbères du « Pastoral ancien », du « Pastoral récent » et de la phase du cheval ont sans doute quelque rapport avec les Garamantes historiques qui, depuis leur capitale Germa dans la vallée de la rivière el Agial, débordaient largement vers le sud. Leur domaine a pu, récemment, être mieux balisé : on a trouvé leurs traces tout autour de l’edeyen de Murzuk, de Zuila à la rivière Bergiug, et à Ghat. Des auteurs leur ont attribué les chars peints dits au « galop volant », interprétant ainsi le passage bien connu d’Hérodote sur les Garamantes qui pourchassaient les « Ethiopiens troglodytes ». Mais aucun établissement garamantique n’a encore été trouvé dans le Tassili ni le Hoggar. En outre, Hérodote parle de chars à quatre chevaux or les quadriges sont excessivement rares parmi les figurations de chars au « galop volant ».

La séquence « paléoberbère » ininterrompue de l’Akakus : « Pastoral ancien » — « Pastoral récent »— pleine « phase du cheval », sur une région aujourd’hui encore occupée par des Touaregs, montre que le territoire berbère était déjà et définitivement fixé dès cette époque : dans cette zone périphérique du domaine berbère traditionnel, les cartes de répartition des chars, des tifinars, des gravures de « guerriers libyens » concordent dessinent déjà très exactement, sur leurs limites est et sud, le domaine des Touaregs actuels.

A. Muzzolini

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III

BIBLIOGRAPHIE


t. VIII, 1974, p. 7-184.

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J. Afr. Hist., 1984, 25, p. 1-24.

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boeuf dans la préhistoire africaine. Thèse 3ème cycle, Univers, de Provence, Aix-enProvence, 1983, 2 tomes, 602 p., 135 ill.

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Page mise à jour le 23 février 2008 à 17h02