Akafal

Contrairement à aqqa, littéralement « contre-coup » d’une guerre d’honneur, ou encore téwét, « coup frappé » à l’improviste, qui se traduisent par des pillages codifiés respectant certaines règles, akafal rend compte surtout d’une façon de s’accaparer par la violence des biens d’autrui, intégralement, sans faire de distinction ni de quartier. Akafal se pratique d’abord à l’extérieur du pays touareg, et même au delà de son aire d’influence politique et culturelle. Il caractérise les rezzous lancés contre des étrangers avec lesquels n’existe aucun lien, ni aucune affinité. Vers 1850, par exemple, des nobles de l’Ajjer, les Ihadanaren, « attaquent, dans le sud du territoire Ajjer, une caravane de Tebbou de retour du Soudan. Elle comprend environ dix chameaux et trente cinq esclaves noirs. Les Tebbou sont massacrés ; leurs biens, raflés » (Gardel, 1961, p. 114). C’est également sur ce mode que se déroulent les expéditions des Touaregs menées contre les villages de sédentaires au Soudan, en pays Haoussa et Bernou..., pour acquérir des esclaves.

Les Maures, les Arabes ou les Peuls ne sont jamais réduits en captivité. Par contre, bien que proches des Touaregs, les Toubous, s’ils sont pris, deviendront esclaves, et inversement.

Ce mode de pillage est également appliqué contre les Touaregs par des groupes étrangers comme par exemple les Régibat du Maroc, les Uled Sliman du Fezzan et du Tchad, les Chamba du sud des Hauts-Plateaux algériens..., à moins qu’une conciliation ne finisse par s’établir entre eux. Les Chamba attaquent ainsi, vers 1845, un campement d’Ifoghas des Kel Ajjer : « Les pillards sont inexorables, même les femmes ne sont pas respectées. La veuve d’El Hadj Bekri, noble Kel Ghela de l’Ahaggar, mère de Cheikh Othman, est laissée presque sans vêtements. L’outrage est vivement ressenti par Cheikh Othaman... (qui) ne pardonnera jamais l’injure » (Gardel 1961, p. 110).

Le sang coule souvent. En 1847, par exemple, un rezzou chamba fait quinze morts dans un campement touareg ; les femmes « sont une fois de plus maltraitées et dépouillées. C’est contre toutes les lois de la guerre au désert » (Gardel 1961 : 111). Vers 1850, toujours les Chamba, massacrent un groupe entier, les Kel Azahban de 1’Ajjer « Les assaillants en furie n’épargnent personne les Touaregs laissent une trentaine de morts sur le terrain... (les Chamba) atteignent les fuyards dans les dunes.., et les massacrent » (Gardel 1961, p. 112).

Des extrémités sont ainsi atteintes où aucune dignité n’est reconnue à l’adversaire, aucun droit ne lui est accordé. Akafal est représenté comme un acte barbare et « sauvage » qui ne se pratique qu’avec des « sauvages n. Cependant, quelle que soit la situation, un homme d’honneur, pense-t-on, ne devrait jamais en arriver à se conduire ainsi.

M. CLAUDOT et M. HAWAD

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III

BIBLIOGRAPHIE

  • CLAUDOT H. et M. HAWAD. Coups et contre-coups: l’Honneur en jeu chez les Touaregs. Annuaire de l’Af. du N., t. XXI, 1982, p. 793-808.
  • FOUCAULD, Père Ch. de. Dictionnaire touareg-français. Dialecte de l’Ahaggar, Paris, Imprimerie Nationale, 4 vol., 1951-1952.
  • GARDEL, G. Les Touareg Ajjer, Alger, Institut de Recherches Sahariennes, Ed. Bacon- nier, 1961.

Textes Touaregs en Prose, DE FOUCAULD, Ch. de, et CALASSANTI-MOTYLINSKI, G. A. de, Alger, 1922 : Réédition critique et traduction par CHAKER S., CLAUDOT H., GAST M., Edisud Aix-en-Provence, 1984.