Ajjer

Ajjer, Azger, Azdjer, Adjer

La variante tamâhaq Ajjer provient d’une forme primitive azger (Kel-Azger, izegren) attestée dans les parlers touaregs méridionaux. Azger désigne en berbère nord et en touareg méridional le «boeuf». Cet ethnonyme est peut-être à rapprocher du nom de tribu antique Zegrensis.

Pays des Kel-Ajjer, territoire situé entre les 21e et 29e degré de latitude nord et le 6e et le 12e de longitude est, entre l’Ahaggar à l’ouest, la Hamada de Tinghert au nord, le Ténéré du Tafassasset et le plateau du Djado au sud, le massif de Tadrart et l’erg de Mourzouk à l’est. En fait, aujourd’hui, les frontières algéro-libyennes à l’est et algéro-nigériennes au sud restreignent et limitent politiquement le territoire qui fut sous l’autorité des Touaregs Ajjer avant 1908 (voir Tassili-n-Ajjer).

Kel-Ajjer : gens de l’Ajjer. Nom propre des Touaregs qui habitaient traditionnellement le territoire de l’Ajjer. Ils formaient avant 1908 un seul et même ensemble sous le commandement d’un amenukal (voir Foucauld, 1940, p. 262-63).

Démographie. Sur environ soixante années, les chiffres démographiques relatifs à l’Ajjer manquent de cohérence parce qu’ils ne concernent pas toujours les mêmes découpages de territoires. En 1960 les services de l’O.C.R.S. (Organisation Commune des Régions Sahariennes) fournissaient les chiffres suivants sur la région Ajjer : superficie : 264 000 km², population : 5 200 habitants (évaluation du recensement de 1958) dont 2 250 à Djanet et 2 950 à Elezi (ex Fort-Polignac).

En 1977 le recensement effectué par le secrétariat d’Etat au Plan (résultats préliminaires par commune) donne 5 319 résidents pour la daïra de Djanet; en 1979, 5 847 pour Djanet et 5 081 pour In-Amenas. Depuis 1962 la commune d’In-Amenas, centre d’exploitation des puits de pétrole d’Egelé et sa région, n’a cessé de s’accroître au point de dépasser Djanet. Il en va de même d’Elezi plus proche d’In-Amenas.

Eléments d’Histoire

L’histoire des Kel-Ajjer est rapportée principalement par H. Duveyrier (1864) et G. Gardel (1961, texte écrit entre 1911-1914) depuis leurs traditions orales jusqu’à l’époque coloniale.

Les Imenan

Au XVIIe siècle le Sahara central (Ajjer, Ahaggar) est sous l’autorité d’un clan de shorfa se disant originaires de la Seguiet-el-Hamra au Maroc (voir Ahaggar) et appelé Imenan. Ces ""descendants"" du Prophète pourvus de la baraka, du prestige et du pouvoir religieux qui en résultent, étaient mariés à des femmes de l’aristocratie locale et qu’on appelait toutes timenukalin (pluriel de tamenukalt amenukal: chef suprême touareg). Eux-mêmes portaient tous le titre arabe de sultan (souverain). Comme on peut l’observer dans d’autres sociétés de l’Afrique de l’Est en particulier, quand un descendant du Prophète (sherif) s’allie à des dynasties locales où la transmission des biens et du pouvoir s’effectuent en matrilignée, les clans issus de ces alliances fonctionnent en bilatéralité (voir Gast 1976). Ce phénomène transitoire permet, selon les circonstances, soit de faire basculer les règles de dévolution du pouvoir en faveur des consanguins, soit de faire prévaloir le droit des utérins en enrichissant la force démographique du groupe au pouvoir par le jeu des alliances.

Mais les Kel-Ajjer supportent mal la tutelle des Imenan. Plusieurs clans fuient leur commandement au début du XVIIe siècle, soit au Fezzan (les Kel-Tin-Alkum), soit à l’ouest dans le Tidikelt (les Iwinhadjen).

Au milieu du XVIIe siècle le sultan Goma, chef des Imenan et de l’ensemble des Touaregs du Nord, met sous sa dépendance la ville de Ghat qui vivait auparavant en métropole libre. Goma réside à l’abri, tantôt à Ghat, tantôt à Djanet, car son despotisme brutal, très impopulaire, était contesté chez les nomades, en particulier par les clans suzerains de l’Ajjer à propos de l’exploitation des terres et des Kel-Ulli. Il a cependant comme alliés permanents les guerriers Imanghasaten qui lui servent de gardes de corps.

Vers 1660, selon les estimations de Duveyrier (1864, p. 344), Goma est assailli dans le hameau d’Azelluwaz, qui fait partie de Djanet, par une troupe de rebelles conduits par des Uraghen. On retient le nom de Biska, du clan des Uraghen, qui achève Goma.

Son successeur Edakan, aussi despote que lui, ne fait qu’aggraver les tensions déjà existantes, à tel point qu’une troupe d’Uraghen partie de l’Ayr (Aïr) et conduite par Moxamed ag Tinakerbas envahissent les environs de Ghat où vivait Edakan, le tue dans le village de Fehuwet, poursuit les Imanghasaten, tue leur chef Kotika et reçoit l’allégeance de la population de Ghat. Les Imenan qui échappent au massacre fuient chez leurs parents d’Agadez, les Ihad'anaren vont chez les Kel-Fadey en Ayr, d’autres alliés des Imenan fuient au Fezzan.

En cette fin du XVlle siècle les Uraghen, vainqueurs des Imenan, demandent le renfort de tous les membres de leur clan existant en Ayr et créent un commandement (ett'ebel) à leur profit, c’est-à-dire qu’ils s’attribuent la vassalité d’un certain nombre de clans Kel-Ulli avec celle de jardins et de villages du pays.

Cependant, par la suite, les Imanghasaten et les Imenan exilés reviennent en Ajjer pour retrouver, avec l’accord des Uraghen, leurs relations de suzeraineté auprès d’une partie de leurs anciens imghad. Certains de ceux-ci accordent d’ailleurs des dons à la fois aux Uraghen et aux Imenan. Les trois principaux clans suzerains sont alors les Uraghen, les Imenan et les Imanghasaten qui vivent séparément de leurs troupeaux et de ceux de leurs imghad. Mais le chef suprême ou amenukal de l’Ajjer est reconnu chez les Uraghen qui détiennent la part la plus importante de Kel-Ulli et de terres du pays (comme les Kel-Ghela en Ahaggar).

Le commandement des Urcayen

L’histoire détaillée du commandement des Uraghen n’est pas aussi bien connue que celle des Kel-Ahaggar durant le XVIIIe siècle. Les Kel-Ajjer vivent des revenus prélevés sur les échanges caravaniers qui traversent leur pays, exploitent le sel de l’Amadghor et l’échangent contre du mil du Soudan ainsi que les quelques vingt centres de cultures qui peuvent totaliser, selon Gardel (1961, p. 347) environ plus de 1 000 ha cultivables. La proximité des territoires de la Cyrénaïque gérés durant cette période par la dynastie des Karamanli, d’obédience ottomane, n’a pas manqué de procurer une dynamique économique et des profits aux Kel-Ajjer 392 / Ajjer.

  • Au cours du XIXe siècle les Kel-Ajjer ont à se défendre contre les tentatives d’hégémonie du Fezzan sur Ghat, en rivalité avec Mourzouk, contre les Chaàmba de Ouargla, contre les Kel-Ahaggar (1874-1878). Durant ce temps de nombreux explorateurs européens tentent la traversée du Sahara vers le Soudan en passant par l’Ajjer (voir Gardel, 1961 : 105-120). C’est surtout H. Barth, explorateur allemand (1850) et H. Duveyrier (1860) qui pénètrent le plus intimement ces populations sur lesquelles ils laisseront des témoignages qui deviennent des oeuvres de référence.

La dynastie des Karamanli va s’achever en Tripolitaine (1830) et les Turcs, déjà solidement établis à Tripoli et sa région, soumettent le Fezzan. Avec la fondation de la Sanusiya (première zaouia de Cyrénaïque : 1843) qui reconnaît l’autorité du sultan otoman, et son rapide développement sur les territoires sahariens de l’Est, les Kel-Ajjer se trouvent dans l’orbite d’une communauté islamique en pleine expansion idéologique et politique, mais soutenue par un empire turc en plein déclin.

Cependant la Sanusiya aura comme confrérie concurrente la Tidjaniya (Tidjania) favorable aux Français. C’est grâce au soutien de Tidjaniya qu’Henri Duveyrier doit la réussite de son exploration. Car les Ifoghas de l’Ajjer sont affiliés à la Tidjaniya et leur influence religieuse et politique est très forte en pays Ajjer. Ce sont eux qui patronnent la zaouia de Timasinin où se trouve le tombeau du «saint» (wali) Sidi Musa. Le père de ‘Otman, guide de Duveyrier, El-Hadj el-Bekri, était chef de la zaouia de Timasinin. ‘Otman devenu célèbre, devint en quelque sorte l’ambassadeur des Français en pays touareg, surtout après sa visite en France en 1862 « Les Chambres de Commerce de Marseille, Lyon, Paris, Rouen, votent des millions pour organiser des caravanes devant se rendre chez les Ajjer» (Gardel, 1961, p. 140). Un traité commercial est signé â Ghadamès lors d’une réunion le 26 novembre 1862. Mais les principaux chefs touaregs et l’amenukal Ixenuxen y sont absents.

H. Duveyrier avait donné l’illusion d’une nation touarègue, les Français croyaient avoir comme interlocuteur un Etat, les réalités étaient à la fois plus prosaïques et plus complexes. Durant cette époque ce sont les Anglais qui de Tripoli maîtrisent les flux du commerce transsaharien à l’Est. L’empereur Napoléon III, qui ne veut pas s’opposer à l’Angleterre met volontairement en veilleuse ces projets et la France, va affronter la guerre de 1870 contre l’Allemagne.

A propos de la succession des Imanghasaten en 1868, une série d’hostilités éclatent entre eux-mêmes et les Uraghen. Les Megarha du Fezzan s’en mêlent. Les Imanghasaten fuient en Ahaggar, à Idélès en 1870, bientôt suivis par les Ihad'anaren (1871). Les Uraghen s’en prennent alors aux Imenan qui demandent l’aide des Kel-Ahaggar. De 1874 à 1878, de nombreuses batailles affaiblissent profondément tous les clans en présence; les Kel-Ajjer ne s’en relèveront pas (voir Gardel, 1961, p. 144-156).

Les explorateurs européens qui durant cette période apparaissent en pays Ajjer se font assassiner en série : Mlle Tiné, Dournaux-Dupéré et Joubert, Erwin Von Bary, les pères Richard et Kermabon, les pères Morat et Pouplard. Les Kel-Ajjer n’ont cependant pas participé à l’attaque de la mission Flatters à In-Uhawen le 16 février 1881 en territoire Ahaggar. Les explorations françaises ne reprendront qu’en 1892, notamment avec Fernand Foureau.

Durant la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, les puissances occidentales qui s’occupent activement des dépouilles de « l’homme malade» (l’Empire ottoman), veulent maîtriser les voies d’accès au Soudan par la Libye et l’Ajjer. La France signe des accords avec les Anglais fixant le 5 août 1890, un partage d’influence sur le Sahara central et oriental, occupe le Tibesti, alors que les Turcs occupent Ghadamès et Ghat.

En 1905, les Turcs revendiquent la possession de Djanet. Le capitaine Abdelkader (alias Djamy Bey) se rend avec sa troupe à Ghat pour disputer aux Français la maîtrise de Djanet qui permet l’accès vers Bilma. Un chef imenan commence à faire parler de lui, on l’appelle Sultan Amud, il invite les Turcs à s’installer à Djanet. Sultan Amud reçoit l’investiture turque en 1908 et s’affilie à la Senoussiya (Sanusiya) en 1909.

Les troupes françaises et le colonel Laperrine sont très actifs dans tout le Sahara. Timasinin qui devient une tête de pont des déploiements vers le Tassili-n-Ajjer, se voit doté d’un fort militaire appelé « Fort-Flatters ». Musa ag Amestan (Amast'an) participe à de nombreux combats contre les Kel-Ajjer et soutient la politique française au Sahara central. Un autre fort est construit à Elezi qui devient «Fort-Polignac». En septembre 1908 c’est la révolution turque; Djamy Bey est relevé de son commandement. Mais la petite guerre continue avec les troupes turques car Sultan Amud qui veut étendre son pouvoir, conteste celui de l’amenukal Ingedazen. Le drapeau turc est hissé à Djanet en juin 1909. Les troupes françaises effectuent une démonstration de présence pacifique à Djanet en juillet, mais ne peuvent obtenir de parler à l’assemblée des notables. Une rencontre a lieu entre Turcs et Français à Djanet en janvier 1910; elle est suivie d’autres contacts. Le 9 octobre 1911 l’Italie déclare la guerre à la Turquie à propos de la Tripolitaine. La Libye restera sous domination italienne jusqu’en 1942. Les Français occupent Djanet le 27 novembre 1911.

Les cinq années durant lesquelles s’est déroulée la guerre mondiale de 1914-18 ont eu de profondes répercussions en pays Ajjer. La propagande germano-turque dans ce territoire et en Libye, l’influence très vive qu’opéraient les réseaux de la Sanùsza à partir du Fezzan sur le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, ont provoqué de 1916 à 1917 un sursaut de révoltes généralisées en Ajjer, en Ahaggar, en Ayr et chez tous les Touaregs du Niger. Kaocen en Ayr, sultan Amud en Ajjer avec les Turcs, Fihrun amenikal des Iwellemmeden, n’ont pas pu convaincre Musa ag Amastan qui, après une période d’hésitation (et les maladresses de Kaocen à Agadez), s’engage aux côtés des Français contre Kaocen (Kwsen) et contre les Kel-Ajjer. Car Musa voyait durant cette époque la perspective d’étendre son autorité d’amenukal à l’Ajjer et à l’Adrar des Ifoghas.

Les protagonistes de cette lutte sont le grand sanusi Ahmed Chérif au Fezzan, relayé par son frère Si Làbed et sultan Amud dans l’Ajjer, le chef des Uraghen Ingedazen qui meurt en 1914 et est remplacé par Bubakar ag Alegwi, les Turcs qui cèdent la place aux Italiens et les troupes françaises qui au nord, à l’ouest et au sud établissent des liaisons difficiles sur des milliers de kilomètres (voir Lehuraux 1936, p. 275-320 qui raconte en détail l’historique des combats et la stratégie française à l’échelle du Sahara central et du Soudan).

Mais d’une part, les différents opposants à la domination française n’ont pas de pensée politique cohérente et coordonnée, d’autre part ils pratiquent tour à tour des alliances et livrent des combats entre eux-mêmes et les troupes françaises. La position-clé de Musa ag Amastan au Sahara central et les forces qu’il a mis en balance contre les Kel-Ajjer en faveur des Français ont été décisives à ce moment. En sorte qu’en décembre 1917, le général Laperrine pouvait entreprendre une grande tournée d’inspection an Sahara jusqu’en Afrique occidentale sans incident. Sultan Amud qui ne revendiquait en définitive que l’autorité sur Djanet se retire au Fezzan après la reprise de cette oasis le 28 octobre 1918 par les Français. Brahim ag Abakada nouveau chef des Kel-Ajjer demandait la paix et obtenait son investissement du général Laperrine en juin 1919, comme amar des Kel-Ajjer.

La période de 1905 à 1920 a représenté l’époque la plus héroïque pour tout le Sahara. Des combats très durs ont marqué l’histoire et nourri l’imaginaire des Occidentaux tel celui d’Esseyen (10-11 avril 1913) qui opposait une petite troupe commandée par le lieutenant Gardel (une quarantaine de sahariens) à un groupe d’environ quatre-vingts guerriers commandés par Sultan Amud et Ingedazen, l’amenukal des Kel-Ajjer (voir Blaudin de Thé 1955, p. 36-39). De nombreux militaires français ont marqué de leur nom cette époque tels Laperrine, Charlet, Gardel, Nieger, Meynier, Dupré et beaucoup d’autres. Leurs aventures ont inspiré des romanciers comme Joseph Peyré qui écrit entre autres romans L’escadron blanc (Grasset 1931), Le chef à l’étoile d’argent (Grasset 1933) où ces officiers, Sultan Amud, les Touaregs Ajjer et tous les méharistes sahariens passent à la postérité dans la littérature française (succès qui continuent de nos jours avec Fort-Saganne, Seuil, 1980, écrit par le petit- fils de Gardel).

Face aux visées impérialistes des Puissances occidentales, les Kel-Ajjer se sont en majorité mobilisés grâce à la dynamique de l’idéologie islamiste hostile au monde « chrétien» et dont la Sanusiya était le moteur. Mais avec la défection de l’aide turque d’une part et celle de la Sanusiya (qui favorise parfois l’installation des Italiens) s’ajoutait le manque d’unité des Kel-Ajjer, la disparité des pouvoirs entre Uraghen, Imanghasaten et Imenan, la faiblesse démographique de l’arrière-pays, la fragilité économique des métropoles telles Ghadamès, Ghat et Djanet situées à mi-chemin des échanges nord-sud, est-ouest qu’elles ne maîtrisaient plus et qui tombaient entre les mains des Occidentaux.

Mais de plus, après 1920, l’échiquier politico-économique des rapports entre l’Europe occidentale, la Méditerranée, l’ensemble du Maghreb et l’Afrique de l’Ouest allait complètement se transformer : les transactions les plus importantes n’allaient plus utiliser les voies transsahariennes, mais les voies maritimes par l’océan Atlantique. Djado et ses satellites, Assodé allaient mourir ainsi que de nombreuses autres villes sahariennes situées â la charnière des relations transsahariennes d’est en ouest. Tripoli allait s’enfermer dans la colonisation italienne; Ghat et Ghadamès, séparées de l’Ajjer par des frontières, allaient vivre du pâle reflet de leurs activités antérieures. Le territoire traditionnel des Kel-Ajjer se trouvait divisé entre trois Etats, trois régimes différents : l’Afrique occidentale française au sud, l’Algérie au centre, la Libye à l’est.

L’histoire locale des Kel-Ajjer durant les premières décennies du XXe siècle (outre le travail de G. Gardel qui s’arrête en 1913), l’analyse et l’évolution de leur société, restent encore à étudier et à écrire. Le contenu des nombreux rapports militaires des différentes instances qui ont eu la responsabilité de gérer le pays Ajjer reste encore inédit (sans compter celui des archives privées extrêmement riches comme la correspondance du capitaine Charlet à sa famille).

Dès lors que les combats ont cessé, que les intérêts commerciaux et géopolitiques de l’Ajjer diminuaient brusquement, une espèce d’oubli, de pesanteur s’est abattue sur l’Ajjer malgré les efforts des compagnies sahariennes et des administrateurs locaux à redonner vie à ce pays jusqu’en 1962. Cependant, à partir de 1953 la découverte des produits pétroliers engendra la ville d’In-Amenas et donna à Elezi une importance nouvelle. Le tourisme aussi, avec la publicité donnée aux découvertes des fresques du Tassili, allait contribuer au réveil économique de Djanet. La route bitumée jusqu’à In-Amenas, son aéroport, la proximité de la Libye nouvelle, ont relancé récemment l’intérêt stratégique de l’Ajjer. Territoire de transit clandestin de travailleurs africains vers la Libye et d’échanges de marchandises, l’Ajjer n’a cependant pas l’activité et l’importance de la wilaya de Tamanrasset. Les bonnes relations internationales des pays frontaliers conditionnent les activités de cette région. Alors que la frontière algéro-nigérienne a été établie d’un commun accord en 1982, celle avec la Libye est une source de soucis pour l’Algérie (comme pour le Niger et le Tchad). Il est évident que les régions frontalières dans cet espace auront tout à gagner d'une libre circulation des personnes et des transactions commerciales. C'est l'espoir contenu dans le projet de Grand Maghreb; mais qui n'a pas encore trouvé d'application réelle.

Configuration des clans chez les Kel-Ajjer au début du xx0 siècle (selon Foucauld, 1952, t. II, p. 537).

Il est évident que depuis les années 1908-1915 durant lesquelles le Père de Foucauld recueillait ces informations, tous ces clans ont beaucoup évolué, ou sont désormais disparus. En revanche, il manque à cette nomenclature la mention des Imenân peu nombreux mais influents, des Geramna clan « arabe» de la région de El-Bayad fuite au Fezzan et au Tassili depuis 1896 et un certain nombre d’autres clans gravitant entre Ghât et le Fezzan. Les Kel-Arikin, Kel-Tin-Alkum, Ihehawen ne sont pas mentionnés.

G. Gardel, en revanche, décompte les Kel-In-Tunin, Kel Terurit, Kel Ohet (1961,332) qui sont des Iseqqamaren dépendant des Taytoq et des Tédjéhé-Mellet de l’Ahaggar. Ces trois clans, en effet, ont toujours vécu davantage en relation avec Djanet sur les limites des territoires des deux «confédérations».

M. GAST

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III

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