Ajim

Village amazighorophone à l’extrémité sud-est de l’île de Djerba, petit port de pêche et de cabotage, Ajim a été longtemps le seul point d’accès de l’île pour qui venait du continent, mis à part les gens de la presqu’île de Zarzis. On venait par terre jusqu’au Jorf, à l’extrémité de la pointe des Mehabel et l’on cmpuntait une embarcation pour traverser le bras de mer de deux kilomètres qui séparait Jorf de Ajim.

Ajim eut un moment de célébrité, en 1551, lorsque Dragut, surpris par l’amiral André Doria dans le canal d’El Kantara entre l’île et Zarzis, après avoir creusé un canal durant sept nuits à travers les bancs impraticables des hauts fonds, put rejoindre Ajim avec ses navires, et de là s’emparer de l’île.

Le village étale une partie de son habitat dans les jardins de la campagne environnante. On y rencontre les quatre types de propriétés traditionnels à Jerba : jardin où est bâtie une maison à coupole, avec tour d’angle, menzel verger planté d’arbres fruitiers, mais sans maison bâtie, et où se trouve un puits, d’où le nom de sânya ; jardin non irrigué, jnânet petite parcelle plantée d’oliviers frawa.

On rencontrait autrefois à Ajim des raïs spécialistes du cabotage et du bornage ; ils longeaient les côtes avec leurs bateaux à fond plat, à mât incliné vers l’arrière et à voile trapézoïdale, les loudes, conçus spécialement pour la navigation dans les hauts-fonds. Vers les années 1940, on en trouvait encore une cinquantaine qui effectuaient presqu’uniquement le trafic à travers le détroit d’Ajim et d’El Kantara (Sur cette association du personnel de ces barques, cf TLATLI, l’île de Djerba dans Revue Tunisienne, 1942, p.88). Actuellement il ne reste plus que 5 embarcations de ce type, dont 2 seulement sont utilisées. C’est surtout la pêche qui intéresse la population : pêcheurs en pêcheries fixes, pêcheurs au filet, pêcheurs ou cueilleurs d’éponges, pêcheurs au mérou.

Ajim reste un centre important de pêche aux éponges. La barque utilisée est en fait une barquette légère de 4,50 m de long, dont l’arrière est carré. Dans la petite teugue d’avant un trou a été aménagé dans lequel se place le « chercheur d’éponges ». A l’aide d’une boîte cylindrique pourvue d’une vitre en son fond, il scrute le sol marin. Dès qu’il voit une éponge il la harponne au trident. Certains pêchent à la plongée et dès qu’ils ont arraché une éponge, ils la lancent à la barque-dépôt.

La pêche au mérou (mennâni) se pratique à la saison chaude. Dès que le poisson a été décelé, grâce, au boitier-miroir, le plongeur presque nu, un crochet de fer à la main, plonge et cherche à atteindre le mérou. Parfois celui-ci se réfugie dans une cavité, ce qui le rend difficile à atteindre ; une fois harponné, le mérou est remonté par une corde, tandis que l’homme regagne la surface pour reprendre son souffle. Ajim, comme Guellala et Sedouikech, est un des rares villages où l’on parle encore berbère: langue du foyer, pour autant que la vie moderne n’a pas modifié la condition de la femme, langue de l’artisan, du paysan et marin, encore que s’y mêlent de très nombreux vocables arabes ou des termes arabes berbérisés.

A. Louis

Source initiale: Encyclopédie Berbère, Livre III