Aïr, le pays

Aïr (Ayr, Ayar, Azbin, Abzin) : Azbin ou Abzin, synonymes haoussa d’Aïr, auraient un sens plus large qu’Aïr qui désigne strictement le massif montagneux. Azbin est utilisé par les Haoussas de l’est, Abzin par ceux de l’ouest (Djibo Hamani, 1985, p. 5).

Cerné de tous côtés par des plaines, sauf au nord où il se raccorde à l’enceinte tassilienne de l’Ahaggar, l’Aïr apparaît comme un monde à part et original. Le massif lui-même, dont l’ovale s’encadre entre le 17° et le 20°30 de latitude nord et le 7° et 10° de longitude est, s’étend sur 400 kilomètres du nord au sud. Il est formé de paliers étagés: une pénéplaine granito-gneissique inclinée vers le sud-ouest est surmontée de massifs isolés aux parois abruptes de forme grossièrement circulaire, dont les «younger granites» ont émergé au Jurassique selon un jeu de failles annulaires. Sur le granite sont venues se surimposer des formes volcaniques récentes: coulées basaltiques recoupées par le réseau hydrographique actuel et par conséquent antérieures à lui et coulées basaltiques postérieures insérées dans le moule des vallées ou prenant sur les sommets la forme de cônes en pain de sucre ou d’aiguilles volcaniques. L’Aïr, dont les plus hauts sommets se trouvent sur la bordure orientale, possède un réseau hydrographique dissymétrique qui traverse le massif dans une direction générale est-ouest; il représente un toit qui rassemble et collecte les eaux de ruissellement vers les immenses plaines d’épandages de l’ouest et du sud où vivent les nomades du Tamesna et de l’Eghazer-wa-n-Agadez. « Au nord d’Agadez, le massif de l’Aïr ne s’élève pas brusquement.

C’est avant tout un plateau coupé de longues vallées, où les bois de palmiers doums et d’acacias font d’interminables galeries d’ombre et de verdure. Sur ce plateau s’enlèvent des massifs bleuâtres ou mauves dont le relief est à peine raccordé à la pénéplaine rocail-leuse par les coulées de lave, les champs de tuf, les cônes volcaniques doucement bombés. Lorsqu’on s’en approche, ce ne sont que falaises abruptes, pics dentelés, amoncellements de blocs granitiques. Chacun de ces bastions, Tarrouadji, Bagzan, Adrar Billet, Aguellal, Agamgam, Tamgak, Greboun, est un petit monde isolé, difficilement accessible, mais où se trouvent des lacs d’eau glaciale, des sources cascadantes, parfois de minuscules palmeraies. » (Chapelle, 1949 p. 72).

De la pénéplaine, à une altitude comprise entre 500 et 900 m, se dressent d’un jet ces bastions de 1 500 à 2 000 m, dont celui des Bagzan (Idukal-n-Taghes) est le point culminant avec 2 022 m, alors que le Mont Greboun, qui figura longtemps sur les cartes comme le plus haut sommet, n’atteint que 1945 m. L’Aïr est plus arrosé que les plaines qui l’environnent: les isohyètes à son approche remontent vers le nord, ce qui correspond à un accroissement des pluies de mousson: l’altitude ici corrige la latitude et le sud-ouest de l’Aïr, partie la plus arrosée du massif, peut recevoir un total annuel de 180 à 200 mm. Les contrastes entre les massifs montagneux et la pénéplaine, entre les vallées et les régions qu’elles traversent sont toujours saisissants: on passe sans transition des ombrages épais, peuplés d’oiseaux et parcourus de troupeaux, à des déserts minéraux, chaos rocheux ou dalles nues et patinées. Les contrastes se retrouvent partout, mais se modifient à mesure que l’on pénètre dans une région de plus en plus aride: les pluies diminuent à la fois du sud au nord et d’ouest en est en raison de la dissymétrie du massif. D’après Bruneau de Miré et Gillet (1954. carte h.t), l’Aïr comporte plusieurs secteurs phyto- géographiques qui traduisent des conditions climatiques et topographiques précises. Une enclave sahélienne, jusqu’aux monts Bagzan inclus, possède le réseau hydrographique le mieux développé : à partir du lit principal du kori, se succèdent une bande étroite portant des espèces hygrophiles, une zone arborée d’une centaine de mètres avec tageyt ou palmier doum (Hyphaene thebaica), tiggart (Acacia nilotica) et à l’extérieur afagag (Acacia raddiana) ; au delà, jusqu’aux premières pentes, une savane à mimosées et graminées. Dans certaines vallées du sud, le palmier doum constitue des peuplements exclusifs. La zone moyenne, qui fait suite à l’enclave sahélienne, va d’El Meki à Iferwan, jusqu’aux monts Tamgak inclus : elle se limite à une végétation sahélienne dans les talwegs, alors que les hauteurs sont dénudées : les espèces sahariennes apparaissent. Une zone de transition sahélo-saharienne forme un croissant entourant du nord-ouest au sud-est les régions précédentes: presque tout le système hydrographique fonctionnel a ici disparu. Tout au nord apparaît la zone saharo-sindienne avec le Greboun, point culminant de l’Aïr septentrional.

On distingue également des étages montagnards au dessus de 1 500 m d’altitude. Dans les monts Bagzan et Tamgak les espèces sahélo-sahariennes sont majoritaires aux côtés de quelques espèces méditerranéennes connues au Sahara central. Au nord et dans le Greboun, seules ces dernières subsistent en altitude, avec l’olivier de Laperrine (Olea Laperrinez) et Rhus oxyacantha en particulier.

L’Aïr « est une zone complexe de transition où s’affrontent les tendances de deux régions phytogéographiques» (Bruneau de Miré, Gillet, 1954, p. 884). La position insulaire de l’Aïr est marquée non seulement par sa végétation méditerranéenne d’altitude mais aussi par une faune originale, avec le mouflon et surtout le singe (Erythrocebus patas) absent dans toutes les zones environnantes (Dekeyser, 1950, p. 422-423). Ces conditions géographiques ont permis aux Touaregs qui vivent dans le massif et sur ses bordures de pratiquer une économie diversifiée, en fonction de leur implantation et de leurs traditions.

E. BERNUS

Source Initiales:Encyclopédie Berbère, Livre III

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