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Ahnet
L’Ahnet connut une aventure géographique fort curieuse. Au cours de l’été 1887, un rezzou de Touaregs, formé de gens de l’Ahnet, partit attaquer des campements chaambas installés au nord d’El Goléa. Les Chaambas, prévenus de leur arrivée, se rassemblèrent pour leur faire face et parvinrent à leur couper l’accès des puits sur la route du retour. Quinze hommes furent capturés huit furent fusillés, les sept autres remis aux autorités françaises, qui les dirigèrent sur Alger où ils furent internés au fort de Bab Azoun. Le capitaine Bissuel, des Bureaux Arabes, fut chargé de les interroger sur leur pays, et c’est ainsi que naquit la plus extraordinaire des cartes sahariennes, établie sur renseignements. Elle reste comme un témoignage de la parfaite connaissance géographique de leur pays que possèdent les Touaregs. Ils dessinèrent sur le sable, représentèrent les montagnes par de petits monticules, tracèrent avec le doigt le cours des rivières dans le sens de leur écoulement, localisèrent par des points les puits et les gueltas, marquèrent par des traits continus les principales pistes caravanières. La patience du capitaine Bissuel et de ses prisonniers, devenus ses amis, aboutit à un document d’un rare fidélité, très proche des cartes établies ultérieurement et auxquelles elle servit de canevas. De plus, les renseignements politiques donnés par les prisonniers, tous originaires du pays —plusieur d’entre eux appartenaient aux meilleures familles de la grande tribu noble des Taytok— permirent de dresser une étude complète de ce groupe touareg.
L’Adrar Ahnet est effectivement le fief des Touaregs Taytok et de leurs imghad. Ceux-ci sont représentés par les tribus Kel Ahnet, Ireccumen, Tédjéhé-n-Efis, Kel I-n-Tunin, Iweruweren, Ikutissen et Ikeccemaden. Ces tribus occupaient ainsi les marches sud-ouest du Hoggar, protégeant ainsi le massif des incursions des pillards Rguibats et autres. Leurs terrains de parcours s’étendaient jusqu’à Aoulef et à Quallen. Leur recul est dû à deux raisons. La première est que toute la zone qu’ils occupaient a accusé, depuis un peu plus d’un siècle, un caractère de plus en plus désertique, ce qui les a obligés à rechercher des pâturages meilleurs. Ensuite, l’état de guerre que les Taytok maintenaient presque en permanence, les conflits sanglants qu’ils eurent avec leurs cousins Kel Ghela, détenteurs du tobol du Hoggar, les réduisirent à un nombre de plus en plus faible. Si quelques éléments des Kel Ahnet demeurèrent dans le massif, d’autres tribus partirent nomadiser dans le nord de l’Adrar des Iforas, d’autres dans la plaine contingué à la partie ouest de l’Aïr, que l’on appelle Talak, fréquentant aussi le Tamesna, la région de Téguidda-n-Tésemt et d’Azelik.
Dépendant, jusqu’en 1945, de l’administration de Tamanrasset, ils quittèrent le territoire algérien et sollicitèrent leur rattachement au poste d’Agadez. Ils vivent, aujourd’hui, sur le territoire de la république du Niger. Quelques hommes sont restés au Hoggar, de même que leurs imghad Iweraweren, les Kel Ahnet, les Ikutissen, les Tédjéhé-n-Efis demeurèrent rattachés administrativament à Tamanrasset.
La région de l’Adrar Ahnet abrite de nombreuses gravures rupestres ; vues, en partie, pour la première fois, par E. F. Gautier, elles furent ensuite recensées par Th. Monod dans l’Ahnet. Il les étudia systématiquement, compara les méthodes d’investigation utilisées jusque-là par les chercheurs qui avaient étudié celles du Sud oranais, les mieux connues à cette époque ; il tenta un schéma de classement qui marqua un réel progrès dans ce domaine et reste encore valable à condition d’y faire quelques adjonctions. Il mit en évidence que les grandes gravures de style naturaliste du Sud oranais, parmi lesquelles figuraient le Buffle antique (Homoïoceras antiquus), animal appartenant à une espèce disparue de nos jours, mais typique de cette période, l’éléphant ainsi que des éléments de la faune dite éthiopienne ou tchado-zambézienne n’existaient pas dans 1’Adrar Ahnet. Il y vit surtout le témoignage du passage de populations pastorales, ultérieurement de populations cavalières, en dernier lieu de populations chamelières. Son étude fit connaître des outillages lithiques provenant de la même région ainsi qu’un grand nombre de tumulus préislamiques.
H. LHOTE
« L’Ahnet a été de tout temps un lieu de passage obligé. C’était l’antique voie des caravanes, amenant du Soudan au Touat des esclaves, de la poudre d’or, des mehara, des moutons, des plumes d’autruche, de l’ivoire, etc. Aujourd’hui, beaucoup plus prosaïquement, c’est la grande route moutonnière approvisionnant sur pied les marchés du Tidikelt et du Touat. Les routes moutonnières ne sont viables que d’octobre à mai pour les moutons par suite des grandes étapes à parcourir sans eau. » (Lt Mercadier, les pistes moutonnières de l’Ahnet, Trav. de l’Institut de recherches sahariennes, t. III, 1945, p. 151-154.) Vers 1940, plus de 17 000 moutons originaires du Sahel étaient vendus sur les marchés du Tidikelt après avoir traversé l’Ahnet; aujourd’hui le transport s’effectue surtout par camions en empruntant de préférence les grands axes routiers du Mouydir, à l’est, ou du Tanezrouft, à l’ouest.
E. B.
Source Initiales:Encyclopédie Berbère, Livre III
BIBLIOGRAPHIE
- BISSUEL H. Les Touaregs de l’Ouest. Aiger, Jourdan, 1888.
- BESSET Lt. Esquisse géologique des régions de l’Ahnet, du Tanezrouft, de l’Adrar (nord), du Tassili des Ahaggar, du Ahaggar et du Tefedest. Bull. de l’Afrique Française (rens. col.), n° 3, mars 1905, p. 123-134.
- GAUTHIER E.-F. Le Mouidir-Ahnet, essai de géographie physique, d’après les observations faites au cours du raid effectué par le commandant Laperrine (printemps 1903). La Géographie, t. X, 15 juil. 1904, p. 1-18, et 2, 15 août 1904, p. 85-102.
- MONOD Th. L’Adrar Ahnet. Contribution à l’étude archéologique d’un district saharien. (Trav. et Mém. Inst. d’Ethnologie, Musée de l’Homme, Paris, 1932.)
- —L’Adrar Ahnet. Contribution à l’étude physique d’un district saharien. (En collaboration avec J. Bourcart pour la deuxième partie et la carte.) —Revue de Géographie Physique et de Géologie Dynamique, t. IV, 1931, fasc. 2, p. 107-150, t. IV, 1931, fasc. 3, p. 223-262, t. V, 1952, fasc. 2, p. 245-297.
- FOLLOT J. Ahnet et Mouydir, XIXème Congr. Intern. de Géologie, Alger, 1952, Monographie régionale 1ère série, n° 1.