Africa Nova

La province romaine d’Afrique, aussi nommée Afrique Proconsulaire, correspondait au territoire naturel de Carthage et la côte ouest de la Libye. Cette province, qui était issue de la réunion de l’Africa Vetus et de l’Africa Nova, fut plus tard divisée par Dioclétien en trois : la Tripolitaine, la Byzacène et l'Afrique Proconsulaire résiduelle, appelée aussi Zeugitane.

L'Afrique sous la République


La conquête


La province d’Afrique fut conquise en 146 av. J.-C. lors de la troisième guerre punique. Guerre qui opposa les cités de Carthage et de Rome. En 149 av. J.-C., le consul Scipion Émilien débarqua dans le territoire de Carthage et prit la ville après un siège de trois ans. Après cette victoire la ville de Carthage même fut détruite et son site voué aux dieux infernaux par une cérémonie d’execratio, les romains en particulier empoisonnèrent la terre en semant du sel. Le chôra, territoire, de la cité défunte, fut annexé à l’ager publicus, le domaine public de la ville de Rome, formant ainsi une nouvelle province. Dans cette province, on y distinguait sept cités qui avaient pris parti pour Rome lors de la guerre et qui reçurent le privilège de liberté et ne furent donc pas annexées à l’ager publicus: Utique, Hadrumète, Leptis Minor, Thapsus, Acholla, Usula et Theudalis Le territoire de la nouvelle province était assez important, de 2000 à 25000km², mais peu densement peuplé, 700000 habitants au maximum avant la conquête romaine, et surtout extrêmement fertile. .

La province d’Afrique était bordée à l’Ouest et au Sud par le [[Numidie]]]], organisé après la deuxième guerre punique par le roi Massyle Masinissa, allié de Scipion l'Africain. À la mort de Micipsa, fils de Masinissa, une querelle sur sa succession opposa ses fils Adherbal et Hiempsal et son neveu Jugurtha. Cette querelle déboucha sur une guerre dans laquelle Rome ne se priva pas d'intervenir contre Jugurtha trop heureuse de damé le pion à un nouveau Masinissa en puissance. En 111 av. J.-C. une première campagne menée par le consul L. Calpurnius Bestia n’eut que peu d’effet, Jugurtha se révélant particulièrement coriace et au fait des tactiques militaires romaines. Il fallut aux romains mener une nouvelle campagne contre le roi Numide en 107 av J-C. C'est le consul Marius et son second Sylla qui, grâce à l’alliance du roi de Maurétanie Bocchus I, qui réussirent à capturer Jugurtha en 105 av. J.-C.. La Numidie ne fut pas annexée entièrement à la province. Seul l'est et le sud du royaume, son débouché sur les plaines de la Medjerba et le golfe de la petite Syrte, furent rattaché à l’ager publicus. La ville de Leptis Magna, située dans cette région, reçut elle le privilège de liberté pour s’être rangée du côté de Rome dans le conflit. Le royaume Numide proprement dit fut donné à un demi-frère de Jugurtha, Gauda, qui le divisa plus tard entre ses deux fils. À partir de là il ne fut guère plus qu’un protectorat romain.

La lutte entre Marius et Sylla


Lors de la guerre menée contre Jugurtha le consul Marius, qui devint chef des populares à Rome, avait engagé dans son armée des « prolétaires », des paysans sans terre. Pour les récompenser de leur fidélité, il fit voter à Rome en 103 av. J.-C. une loi attribuant à chaque vétéran 252 ha de terres. Les auxiliaires recrutés dans le peuple nomade des Gétules reçurent aussi ces dons en même temps que la citoyenneté romaine. Les implantations de ces vétérans se firent dans la région du royaume numide récemment annexée, ce qui permettait de consolider la frontière avec les territoires du roi Gauda. On ne peut toutefois pas y voir une colonisation au sens propre puisqu’aucune colonie ne fut fondée dans ce territoire. Lors de la guerre civile qui opposa les partisans de Marius et ceux de son ancien second Sylla entre 88 av. J.-C. et 83 av. J.-C., l’Afrique constitua un bastion pour les marianistes, grâce notamment à la présence de ces vétérans de l’armée de Marius.

En les marianistes d’Afrique détronèrent le roi de [[Numidie]]]] orientale Hiempsal II, fils de Gauda, partisan de Sylla. Ils furent vaincus par une alliance regroupant le roi maure Bocchus et le second de Sylla, Pompée et en 80 av. J.-C. Hiempsal fut restauré. Les partisans de Sylla lui reconnurent même une juridiction sur les Gétules fait citoyens romains par Marius. En 75 av. J.-C. les populares empêchèrent le retour dans le giron numide des territoires annexés en 105 av. J.-C., mais il fut reconnu à Hiempsal en 64 av. J.-C. l’indépendance de ses terres vis-à-vis de l’ager publicus. Le roi numide étant un allié des optimates et des pompéiens, successeurs dans une certaine mesure des partisans de Sylla. La rivalité grandissante entre Jules César et Pompée ne manqèrente pas d’avoir des répercussions sur le royaume numide. En 50 av. J.-C., à la mort de Hiempsal II, le tribun césarien Curion proposa l’annexion de la Numidie orientale, ce qui précipita le nouveau roi Juba I dans le camp pompéien, qui contrôlait alors toute la province.

La lutte entre César et Pompée


En 49 av. J.-C. une première expédition menée par Curion fut défaite par les troupes numides. Lors de la défaite pompéienne de Pharsale en 48 av. J.-C., les dirigeants du parti pompéien se réfugièrent en Afrique, où ils formèrent avec les armées numides une force de plus de 70 000 hommes, dernier obstacle pour César. Ce dernier débarqua en 47 av. J.-C. avec six légions. Il comptait sur l’alliance du roi maure et celle des Gétules]], soumis aux Numides depuis 80 av. J.-C.. En 46 av. J.-C., un campanien exilé en Maurétanie, P. Sittius, réussit avec l’appui maure à vaincre le roi de [[Numidie occidentale, Massinissa II, engagé aux côtés de son cousin Juba I. Les Numides et les pompéiens furent pris entre deux feux et vaincus dans la plaine de Thapsus. Le roi Juba I se suicida, de même que Caton d'Utique le leader pompéien. La victoire de César fut donc totale.

César réorganisa l’Afrique romaine : le royaume de [[Numidie occidentale fut pour moitié annexé par le royaume maure et pour moitié confié à P. Sittius ; le royaume de [Numidie orientale était annexé à l’ager publicus et devint une nouvelle province : l’Africa nova ou Afrique nouvelle. Pour la différencier l’ancienne province d’Afrique prit alors le nom d’Africa vetus Afrique ancienne. Dans la droite ligne de la politique de Marius, César reprit la colonisation en Afrique en envoyant des vétérans italiens, mais aussi gaulois voire africains fonder des ports sur la côte africaine. Cette politique lui permit d’installer ses vétérans, mais aussi de contrôler les trajets de cabotage du blé africain, nécessaire au ravitaillement de Rome.

La prise en main de l’Afrique par Octave


Cette nouvelle organisation devait être bouleversée par la troisième guerre civile, qui opposa entre 44 et 42 av. J.-C. les héritiers de César, Octave, Lépide et Marc Antoine, et les assassins de César, Brutus et Cassius. Le prince numide Arabion, fils du dernier roi de Numidie occidentale, tenta de reconquérir son royaume sur Sittius en 44 av. J.-C. Au même moment le gouverneur de l’Afrique nouvelle, T. Sextius, partisan du triumvirat césarien, éliminait son homologue d’Afrique ancienne, partisan du Sénat. En 41 av. J.-C. il élimina ensuite Arabion et offrit au triumvirat une Afrique unie. Cette dernière fut confiée en 40 av. J.-C. à Lépide. Mais en 36 av. J.-C. ce dernier intrigua contre Octave, qui lui confisqua ses possessions. Les deux provinces d’Afrique étaient désormais gouvernées par un même magistrat, généralement ancien consul, qui portait le titre de Proconsul, d’où le nom d’Afrique proconsulaire que l’on allait donné à la province unifiée en 27 av. J.-C..

L’Afrique sous le Haut-Empire


La réorganisation impériale


Octave, reprit la politique volontaire de colonisation de Jules César, mise quelque peu en retrait par Lépide. La politique augustéenne consista dès lors à accentuer la Romanisation de l’Afrique en la structurant sur le modèle de la cité. Pour cela une hiérarchie urbaine fut mise en place, distinguant les colonies, les municipes et les cités pérégrines. Auguste fonda notamment un cercle de colonies romaines autour de Carthage, mais également dans l’Afrique nouvelle aux confins de la Maurétanie. Ces colonies eurent sans aucun doute comme but celui de renforcer la romanisation de l’Afrique par l’implantation de noyaux citadins fonctionnant sur le modèle romain. La colonie augustéenne la plus importante fut celle de Cirta, ville au centre de la principauté de Sittius qui n’était pas annexée à la province d’Afrique. À l’autre extrémité du territoire romain d’Afrique, la ville de Carthage vit ses privilèges augmentés : elle devint capitale de la province, bénéficiant d’une exemption fiscale et surtout de la dotation d’un territoire étendu, la pertica Karthagensis semé de pagi et de castella qui étaient des communautés de Romains installés en Afrique mais qui ne constituaient pas des villes.

Au second rang se trouvaient les municipes, villes qui reçevaient des privilèges d’administration comparables aux villes d’Italie, mais sans apport de colons romains. Le statut de municipe participa donc à la promotion de villes d’origine amazighe. Ces villes furent d’abord au nombre de trois, comptées parmi les sept villes libres du moment de la conquête romaine : Hippone, Utique et Mustis. Ce statut de municipe ne leur fut accordé que parce que ces villes comptaient une majorité de citoyens romains dans leur population, majorité descendante des installations marianistes et césariennes. Leurs institutions, calquées sur celles de Rome, se distinguaient des villes amazighes principalement par la présence d’un sénat, aussi appelé curie, et d’assemblées du peuple.

Enfin les villes indigènes se virent conférer le statut de cités pérégrines, qui leur reconnaissait une personnalité juridique propre et le pouvoir de s’administrer selon leurs propres coutumes. On y trouvait souvent une administration dirigée par deux magistrats appelés les suffètes, nom d'origine carthaginoise et qui se retrouvait dans les villes les plus importantes. Nombre de villes de plus petite taille étaient dirigées par un conseil de onze membres, appelés les undecimprimi. Ces cités pérégrines restaient toutefois en dehors du droit romain et leurs habitants ne bénéficiaient pas de la citoyenneté romaine.

Les rapports avec la Maurétanie


Le royaume de Maurétanie était en droit totalement indépendant de Rome, même si dans les faits les souverains maures devaient composer avec la politique romaine pour conserver leurs États. Cette situation prit fin en 33 av. J.-C. quand le roi Bocchus II légua son royaume à Octave. Cette cession n’était pas sans ambiguïté politique pour le futur Auguste : se posant en restaurateur des valeurs morales anciennes et respectant en apparence la légalité républicaine, il lui était impossible de devenir roi. Il choisit donc une solution complexe : il donna le royaume à l’ager publicus (c’est-à-dire qu'il en fit la propriété du Peuple Romain), mais y installa un souverain, le prince numide Juba II, fils du dernier roi de Numidie orientale, qui avait été élevé par la sœur d’Auguste, Octavia Thurina Minor. Juba II fut marié avec Cléopâtre Séléné, fille de Marc Antoine et de Cléopâtre VII. Le nouveau roi, installé sur le trône en 25 av. J.-C., devait servir de symbole de l’union de l’Afrique avec la romanité. La Maurétanie forma donc un royaume distinct de la province d’Afrique proconsulaire jusqu’à la mort de Ptolémée de Maurétanie le fils de Juba II et de en 39 ap. J.-C assassiné par l'empereur Caligula à Lyon. Dès 41 la Maurétanie fut organisée en provinces romaines, Tingitane et Césarienne. Les Maurétanies furent alors des province impériale, alors que la Proconsulaire, dont elles formaient en quelque sorte des marches moins romanisées, moins urbanisées, était une province sénatoriale.

La Maurétanie fut divisée en deux provinces séparées par une bande littorale de 300 km aux abords de la rivière Moulouya :

Un procurateur ducénaire nommé par l'empereur, gouvernait ces provinces, avec pour la défendre des unités auxiliaires, divisées en ailes de cavalerie et en cohortes d'infanterie, souvent composées de cavaliers émésiens. La défense de ces provinces était assurée, en Maurétanie Tingitane par une quinzaine de forts, notamment postés sur la rivière Sebou, et un mur entre Sala Colonia et l'Atlas, au sud, en Maurétanie Césarienne, avec deux routes militaires parallèles au littoral. La Maurétanie sera plutard réorganisée par Dioclétien à la fin du IIIe siècle : la Maurétanie Sitifienne fut détachée de la Césarienne, tandis que la Maurétanie Tingitane devait être rattachée à la préfecture d'Espagne.(Bétique)

Voir aussi


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