Africa

Pour les Romains, Africa désignait tout d'abord le territoire soumis à la do­mination carthaginoise transformé après la prise de Carthage (146 avant J.-C) en province romaine. Cette ancienne provincia Africa correspondait à peu près au nord-est de la Tunisie actuelle, de Thabraca (Tabarca) jusqu'à Thae­nae (Thyna, Il km au sud de Sfax) au golfe de Gabès.


La déesse afrique

Après la défaite de Juba 1er à Thapsus (46 avant J.-C) la majeure partie de son royaume, la [[Numidie]]]], fut annexée comme Africa nova pour la distinguer de l'ancienne province appelée Africa vetus. Les deux parties formèrent l'A­frique proconsulaire.

Sous Dioclétien (284-305) l'Afrique formait un diocèse comprenant les pro­vinces de Tripolitania, Byzacena, Proconsularis ou Zeugitana, Numidia milita­ris, Numidia cirtensis, Mauretania Sitifensis et Mauretania Caesarensis. Le Nord-Ouest marocain, Mauretania Tingitana, faisait partie du diocèse d'Es­pagne.

L'Afrique prise au sens large que les Grecs appelaient la Libye (Pline l'An­cien, VI), à savoir la partie de l'Afrique délimitée par le Nil, la Méditerranée et l'Atlantique (Pomponius Mela 1,4) constituait une des trois parties du mon­de des Anciens.

Ce n'est que plus tard, à l'époque des découvertes, que le nom d'Afrique fut étendu à tout le continent.

Etymologie


La désignation latine (Africa) signifie primitivement la terre des Afri, peuplade indigène (amazighe) du nord de la Tunisie actuelle, souvent confon­due avec les Carthaginois, mais Tite-Live distingue bien les Afri des Cartha­ginois :

- « Hasdrubal plaça les Carthaginois à l'aile droite et les Afri à l'aile gau­che» (XXIII 29, 4) ; - « les Carthaginois et les vétérans Africains» (XXIII 28, 14) ; - « les Carthaginois avaient comme mercenaires des Afri et des Numides»(XXIII 28, 44) ; - « les cavaliers des Libyphoeniciens, une peuplade carthaginoise mélangée d'Afri» (XXIII 21, 22).

Frontin rapporte également que Maharbal avait été envoyé par les Cartha­ginois « pour réprimer une rébellion des Afri » (Strat. II 5, 12).

Afer (subst. et adj.) a plusieurs significations:

A. adj. « relatif à l'Afrique, d'Afrique, africain », par ex. absinthum « ab­sinthe », ammoniacum « gomme ammoniaque », avis « pintade », bitumen « bitume », bulbi « bulbes », cyminum « cumin », ficum « figue », fucus « fu­cus, orseille », murex « coquillage dont on tirait la pourpre », oleum « huile », opopanax « opopanax », serpentes « serpents », spongia « éponge », sulphur « soufre », tapetia « tapis », tunicae « tuniques », vinum « vin ». L'expression afer turbo existe comme expression poétique et correspond à africus ventus « vent de sud-ouest ».

B. subst. « habitant l'Afrique du Nord (sauf l'Egypte) », à savoir (1) Car­thaginois, Punique », (2) au pl. les « Carthaginois et leurs alliés africains », (3) les « Africains, auxiliaires ou ennemis des Carthaginois ».

C. subst. « Africain » comme cognomen latin, comp. Publius Terentius Afer (poète comique, né à Carthage) et Cn. Domitius Afer (orateur). Le cognomen Africanus désigne P. Cornelius Scipio Africanus (major), vainqueur de Zama (202 avant J.-C) et P. Cornelius Scipio Aemilianus Africanus (minor) qui détruisit Carthage (146 avant J.-C).

Il est donc hors de doute que les Afri étaient une peuplade distincte des Carthaginois. La forme primitive de cette désignation était certainement Afri (au singulier) considérée par les Romains comme génitif du singulier « de l'Afri ») ou nominatif du pluriel « les Afris »). La forme Afer est une forme « refaite» comme Poenus «Carthaginois» est «refait» d'après poenicus, punicus « punique », comp. Φοίυιχεζ et égyptien Fnx-w « nom d'un peuple syro-palestinien » (A. Erman und H. Grapow, Worterbuch der ägyptischen Sprache, Vol. 1, Leipzig 1926, p. 577).

On peut s'étonner que la forme Afri ne présente pas la métaphonie, phéno­mène fréquent dans l'ancienne Tunisie, comparer les noms de lieu Thibilis, Thigibba, Thignica, Thimida, Thimisua, etc. On s'attendrait plutôt à Ifri. Or, les formes sans et avec métaphonie sont assez irrégulièrement réparties. Nous donnons, à titre d'exemple plusieurs formes de noms en berbère des Beni Snous et en kabyle: aghil (BSn), ighil (Zw) « bras », afer (BSn), ifer (Zw) « aile », asli (BSn), isli (Zw) « fiancé, jeune marié », etc. (BSn = Beni Snous ; Zw = Zwawa, kabyle) (E. Destaing, Étude sur le dialecte des Beni Snous, vol. 1, Paris 1907, p. 53). D'ailleurs, la forme ifri existe peut-être comme nom de l'ancêtre des Aït Ifran (Banu Ifran) qui constituent la branche la plus considérable de la grande tribu des Iznaten (Zenata) (Tadeusz Lewicki, Banu Ifran. Encyclopédie de l'Islam. Nouvelle édition. Tome III. Leyde et Paris 1971, p. 1065-1070). La tribu des Aït Ifran était considérée comme les descendants dIfri, fils dIslitan, fils de Misra, fils de Zakiya, fils de Warsik (ou Warchik) fils d'Adi­dat, fils de Djana, ancêtre éponyme de toutes les tribus zenatiennes.

Quant à Africus ou Africus ventus « vent du sud-ouest », vent qui amène la pluie, c'est bien le vent provenant d'Afrique. Ce n'est pas l'Afrique qui a reçu son nom du vent, mais le contraire.

En grec Αφριχή désigne primitivement la province romaine d'Afrique (dis­tincte de la région géographique du même nom que les Grecs appelaient Λιβύη) (A. Bailly, Dictionnaire latin-français. Paris, 1950, p. 330). Αφριχή est la transcription du latin Africa.

L'arabe connaît deux formes, 'Ifriqiya-t et 'Ifriqiya (M. Talbi, Ifriqiya. Encyclopédie de l'Islam. Nouvelle Edition. Paris, 1971. III, p. 1073-1076). Cet article réunit également les étymologies mythologiques des Grecs et les essais d'explication des auteurs arabes.

Adapté de l'article de WERNER VYCICHL paru dans l'Encyclopédie Berbère. Livre II.