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Afariq
- les Rum,
- les Barbar,
- les Afariqa,
- les Nasara.
Les premiers sont les Byzantins (ainsi El-Idrisi, p. 110 et 128, dit que le patrice Grégoire était le chef des Rum) dont les descendants sont encore nombreux dans certaines villes du Jerid (Tozeur, El Hamma, Nefta) et de l'ancienne [[Numidie]]]] militaire (Baghaï, Tobna).
Les Barbar sont bien évidemment les Berbères, Africains ayant échappé à la romanisation ou l'ayant perdue, conservant leurs coutumes et leur langue. Il n'est pas tout à fait sûr, comme on l'affirme généralement, que leur nom dérive du latin « barbari » ; ils sont très nombreux, certains sont chrétiens, surtout parmi les Branès (Ibn Abd el-Hakam, trad. Gateau, Alger, 1948, p. 81), d'autres sont restés païens; d'autres encore sont judaïsés. Le terme « Nasara » n'a qu'une connotation religieuse; ces disciples du Nazaréen sont les chrétiens considérés collectivement.
Restent les Afariqa qui, comme les Rum, sont aussi des Nasara ; étymologiquement ce sont les habitants de l'Africa et plus particulièrement les Africains parlant le latin, donc surtout des citadins latinisés et chrétiens de vieille date, mais aussi les populations des bourgades et des ruraux sédentaires de Byzacène et de Tripolitaine.
El-Yaqubi (p. 86) mentionne des Afariqa jusque dans des localités du Mont Nefoussa et surtout dans le Jerid et à Tobna (p. 213); mais ils ne sont pas localisés dans les seules régions méridionales: El-Bekri connaît des Afariqa dans une bourgade entre Kairouan et Béja (Monastir Utman: Henchir Monastir). Les découvertes d'épitaphes chrétiennes latines très tardives de Kairouan (XIe siècle) et de Tripolitaine (Aïn Zara, N'Gueila, X-XIe siècles) confirment pleinement les indications d'El-Idrisi sur l'existence de communautés chrétiennes dans le Sud tunisien de même dans le Sahel. Au XIIIe siècle encore, selon Ibn Khaldoun (t. l, p. 231, t. III, p. 156), il existait des chrétiens dans le Nefzaoua.
Des communautés chrétiennes ont subsisté aussi dans l'ancienne Maurétanie, à Tahert au VIIIe et IXe siècles puis à Sedrata et Ouargla (Th. Lewicki, 1976) ; à Tlemcen il existait au temps d'El-Bekri une église qui était régulièrement fréquentée, il en était de même à Fez où l'une des portes s'appelait Bab-el-kanisa « Porte de l'église », El-Bekri, p. 227). Mais, bien que le terme d' Afariq ne soit pas inconnu dans ces régions (cf akaba al-afarik entre Ceuta et Fez, El-Bekri, p. 224), il n'est guère employé en dehors de l'Ifriqiya ; les auteurs lui préfèrent le terme ambigu d'àjam qui servit d'abord en Orient à désigner les Perses et qui finit par recevoir l'acception générale de « non arabe ».
La langue des Afariqa est le latin africain (Th. Lewicki, 1953), al-lisan al-latini al-afariq, précise El-Idrisi qui, ayant vécu plusieurs années à la cour de Roger II de Sicile, était à même de faire les comparaisons qui s'imposaient entre les dialectes romans de Sicile et d'Afrique. Trois siècles plus tard, Jean Léon l'Africain reconnaissait encore la parenté entre la langue « africaine » et l'italien. Th. Lewicki a tenté de suivre à partir du latin l'évolution de cette langue disparue dont il ne reste que des épaves dans le vocabulaire agraire et la toponymie. Mais ses passionnantes recherches ne permettent pas de retrouver en totalité ce « parler roman » de l'Afrique du Nord; les difficultés signalées par S. Lancel (1981) viennent essentiellement du décalage très fort entre le système phonétique de l'arabe qui nous a transmis une partie de cet héritage et celui des langues latines. Cet auteur a le mérite de signaler les limites des investigations en ce domaine particulièrement délicat.
« Limites qui tiennent d'abord à l'objet même que l'on s'efforce de saisir, puisque ce que l'on peut appréhender, ce sont au mieux des mots isolés, pris dans la gangue d'un autre langage qui n'a pas manqué de les altérer d'une certaine manière en les fossilisant. Limites qui tiennent également aux conditions historiques de cette survie partielle: les historiens admettent en général qu'au milieu du XIIe siècle la conquête [(Almohade|almohade]] a marqué une coupure nette; la politique brutale de conversion attestée à cette époque a dû réduire alors à peu de chose les derniers vestiges des chrétientés indigènes, et donc le peu qui restait encore du milieu vivant d'un latin africain en évolution. C'est ainsi qu'est restée inachevée la formation, non d'un seul parler roman d'Afrique du Nord, mais plus vraisemblablement de plusieurs dialectes qui se seraient partagé ce vaste territoire si l'histoire leur avait donné leur chance. » (S. Lancel, 1981.)
Adapté de l'article de G. Camps paru dans l'encyclopédie Berbère, Livre II''
BIBLIOGRAPHIE
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