Adrar des Iforas (Adghagh n Foghas)

Le Pays

Adghagh ou Ad'agh, variantes locales de adrar, signifient en berbère « monta­gne »; malgré son nom, l'Adrar des Iforas est plutôt un plateau qu'une monta­gne. Il n'est guère différent, du point de vue géologique, de l'Ahaggar; comme lui, il est constitué d'un socle très ancien, précambrien, où domine le granite, mais il n'a guère connu les importants phénomènes volcaniques de l' Atakor, à l'exception d'un petit ensemble basaltique au nord-est. La surface de ce socle n'est pas plane : des vallées très larges et peu profondes, séparées par des seuils à peine sensibles, donnent un faible relief en creux parsemé d'insel­bergs. L'altitude est modérée et ne dépasse pas 1 000 m (mont Essai: 960 m). L'Adrar des Iforas proprement dit est limité à l'ouest par la large dépression du Tilemsi, qui est plus une plaine qu'une vallée, de pente nord-sud, par laquelle passe la route qui, venue de Tessalit, atteint le fleuve Niger à Bourem.

Cette « vallée» du Tilemsi fut toujours une région relativement favorisée. Dès le Néolithique, un faciès particulièrement riche caractérise cette dépres­sion. La région d' Asselar, dans le nord-ouest de l'Adrar, a livré le plus ancien squelette de race noire (4440 av. ].-c., d'après le C 14).

A l'ouest du Tilemsi, l'altitude se relève dans les « monts » de Timetrine qu'il faut considérer comme une annexe de l'Adrar. Jusqu'à ces dernières an­nées, l'Adrar des Iforas paraissait une région privilégiée par rapport à l'Ahag­gar ; en effet les pluies de mousson, qui ont lieu de mai à la fin août, parvien­nent au nord jusqu'à Tessalit et le had, qui donne de bons pâturages, remonte jusqu'à cette latitude. Dans ses vallées, l'Adrar des Iforas possède des boise­ments d'espèces d'origine sahélienne parfois importants.

Le cram-cram, abon­dant dans la partie méridionale, permet l'élevage, non sans risque, de bœufs àbosse. La terrible sécheresse qui débuta en 1969, reprit en 1973 et sévit tou­jours sur toute la région, a eu des répercussions plus catastrophiques dans l'A­drar qu'ailleurs. Il y a, à cela, plusieurs raisons. La première est que l'élevage bovin avait atteint sa limite extrême vers le nord et qu'il était d'autant plus fragile, la seconde est l'inexistence, signalée dépuis longtemps, de toute agri­culture, absence à mettre en relation avec celle des populations noires.

Les Ifoghas et autres fractions touarègues étaient tous uniquement pasteurs, de bœufs au sud, de chèvres au nord. R. Capot-Rey (Le Sahara français, p. 389) faisait remarquer que les Harratin susceptibles de cultiver des jardins, comme dans l'Ahaggar voisin, étaient absents dans tout l'Adrar. De fait ni Kidal, capi­tale de l'Adrar en même temps que pénitencier, ni Tessalit, à la tête du Tilemsi, ne sont des centres de culture.

Pasteurs, les Ifoghas sont aussi commerçants; dans des temps moins tragi­ques, ils pouvaient accomplir de très longs déplacements, vendant le petit bé­tail dans le Tidikelt et même le Touat, et vers le sud, accompagnant leurs bo­vins jusqu'en Nigeria où ils les échangeaient, ainsi que du sel de Taoudenni, contre du mil, des produits vivriers divers et des objets manufacturés (tissus et quincaillerie). ­ G. Camps

Histoire du peuplement

Le peuplement historique de l'Adrar des Iforas résulte de migrations suc­cessives de populations berbères. D'après Richer (1924), s'appuyant sur les écrits d'Ibn Khaldoun, des groupements de Lemta et Houara se seraient dé­placés très tôt, peut-être avant l'ère chrétienne, vers le Touat, l'Adrar et l'Aïr. Les peintures et gravures rupestres de l'étage des chars, présentes dans l'Adrar, confirment que les Paléoberbères ont atteint le pays plusieurs siècles avant Jésus-Christ; selon Lhote (1956 p. 405), il y trouvèrent des « pasteurs issus de la grande vague "hamitique" qui couvrit tout le Sahara », et peut-être des sédentaires, rien n'étant prouvé à ce sujet.

A la fin du VIle siècle, lors de la conquête islamique, une seconde vague venant de la Tripolitaine descend vers le sud; tandis qu'une partie demeure dans l'Adrar, l'autre continue jusqu'au fleuve Niger et se serait fondue avec les Songhaï pour former la dynastie des Zâ ou des Diâ, thèse contestée par plusieurs auteurs (Basset). A cette époque, le noyau des Touaregs de l'Adrar aurait été déjà nettement constitué (Richer). Dans les siècles qui suivent, les Berbères s'étendent progressivement vers la boucle du Niger et entrent en compétition avec les Songhaï.

La capitale de l'Adrar, Tademekkat (appelée aussi Essouk « marché») est alors un centre commercial florissant (ses ruines aujourd'hui se situent à 45 kilomètres au nord-ouest de Kidal). On sait par les géographes arabes (el-­Bekri, az-Zahri) qu'à la fin du Ville siècle ou au début du IXe siècle, les rou­tes les plus importantes qui reliaient Ouargla et tout le Maghreb central au Soudan ainsi qu'au Gana, « pays de l'or », passaient par Tademekkat (Lewic­ki 1983). Beaucoup plus tard, au milieu du XIVe siècle, Ibn Khaldoun relève à son tour l'importance de cette ville (qu'il appelle à tort Takedda, Lhote 1955) et mentionne, en l'an 1353, le passage d'une caravane de 12000 cha­meaux chargés venant de l'Orient (III: 287).

Fuyant sous la pression des Arabes, au Xe siècle (comme plus tard aux XIIe et XIIIe siècle avec les invasions des Beni-Hassan) de nouveaux éléments ber­bères arrivent. Les groupes les plus faibles de l'Adrar doivent s'exiler (Uda­len, Idnan, fractions des Imededaghen).

A partir du XIe siècle, l'expansion des cultivateurs Songhaï vers l'Adrar, d'après Richer, se serait poursuivie, et les incursions de l'armée de Gao au­raient abouti entre 1470 et 1480 à la destruction de Tademekkat et à l'imposi­tion d'un tribut aux Touaregs. Richer voit pour preuves de l'installation Song­haï dans le massif de l'Adrar les ruines de villages situées le long des oueds dans tout le pays, ainsi que des vestiges de poteries, meules et instruments di­vers, témoignant d'une activité agricole. En conclure cependant qu'il s'agit là des traces d'anciens colons Songhaï est une extrapolation qui paraît hâtive, d'autant que des sites et débris archéologiques de même nature se retrouvent de la Mauritanie jusqu'au Nil et que l'on ne peut mettre en cause cette fois une extension de l'empire Songhaï. Comme le remarque Lhote (1956), on ne voit pas non plus ce qu'aurait pu faire une population de cultivateurs et de pêcheurs (dont la force principale était d'ailleurs une flotille de pirogues) dans les montagnes arides de l'Adrar.

Relatés selon Richer par la tradition non pas touarègue en fait, mais Koun­ta, la destruction de Tademekkat ou Essouk par les Songhaï ainsi que l'éta­blissement de leur « suprématie» sur l'Adrar, restent également hypothé­tiques. L'auteur lui-même, du reste, remarque que les chroniques de Gao et Tombouctou (Tarikh el-Fettach, et Tarikh es-Soudan), qui s'étendent longuement sur la dynastie des Diâ, restent muettes sur ce point.

Divers auteurs du Moyen Âge (Aboulféda, el-Omari, Ibn Khaldoun, cités par Lhote, 1955) donnent des informations très contradictoires sur la situation de l'Adrar entre 1320 et 1350. Lhote en conclut que la mainmise des Songhaï sur le pays n'a dû être que de courte durée et toute relative, se limitant proba­blement au versement d'une légère redevance, et s'apparentant davantage àune alliance qu'à une domination. Commentant les écrits de Barth, S. Bernus (1972) conteste également la thèse de l'avancée des Songhaï cette fois vers l'Aïr et de leur implantation autoritaire au milieu des populations touarègues. Lhote (1955 et 1956) avait déjà montré que les Songhaï n'ont pas fait d'expé­dition contre l'Aïr avant 1500 et que leur domination sur les Touaregs n'a pu être qu'épisodique.

Nulle part enfin dans les différentes versions de l'histoire orale que nous avons pu recueillir chez les Touaregs de l'Adrar (Claudot et Hawad 1984), la conquête d'Essouk par les Songhaï n'est citée, pas plus d'ailleurs qu'il n'est fait allusion à leur empire. Plusieurs destructions de la ville sont pourtant re­tenues. Au début, le pays a_rait été habité par les Imededaghen (littéralement « ceux de l'Adagh »). Leur chef se nommait Koseilata. Puis arriva le prédica­teur islamique Oqba ben Naffa qui avec sa troupe détruisit Essouk et conver­tit ses habitants après une longue guerre où beaucoup d'entre eux périrent. Plusieurs tribus s'enfuirent.

Certains missionnaires restèrent dans l'Adrar où ils firent souche; ils sont à l'origine de divers groupements. Koseilata, fait prisonnier, fut emmené de force par les Arabes. Voilant alors son insoumis­sion, il ne manifesta que sa conversion à l'Islam. La troupe arriva le jour de la fête du mouton (tafaské) à Biskra (ou selon d'autres versions à Ghât ou Dja­net). Le chef Oqba pour humilier Koseilata lui ordonna d'égorger un mouton. Ce dernier ne dit rien, mais quand Oqba se mit à prier, il lui planta un cou­teau dans le dos. Les compagnons d'Oqba poursuivirent Koseilata qui s'était enfui dans les Aurès et le tuèrent. Quelques versions mentionnent alors l'arri­vée de Sadawnata, venue également des Aurès, qui aurait été reine d'Essouk pendant onze ans. Sadawnata, dite encore Taghaydet (la « cabrette »), est con­sidérée comme l'ancêtre fondatrice de certains groupes devenus ensuite tribu­taires (imghad). Essouk aurait été détruite une deuxième fois par les Iwellem­meden. Les Ifoghas ne seraient venus que tardivement.

L'histoire de Koseilata, connue dans différents groupes de l'Adrar sous des formes variées, se trouve également relatée par Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères) avec des détails parfois si proches que l'on ne doit pas écarter, pour ces récits oraux, l'hypothèse d'une source livresque qui aurait été introduite par les lettrés. Ibn Khaldoun donne des informations intéressantes sur la situa­tion politique du pays à l'époque de la conquête musulmane. Parmi les tribus berbères, les Awreba (Auréba) occupaient le premier rang. Koceila ibn Lemezm devint leur chef et « fut aussi chef de toutes les autres tribus descendues de Bernès » (I : 286), c'est-à-dire les Houara, Les Sanhadja, les Ketama... En 675, Koceila se révolta contre les envahisseurs mais, vaincu, il embrassa l'Islam pour éviter la mort. En 681, Oqba reprit le commandement de l'Ifriqiya fai­sant de Kairouan sa capitale, il témoignait beaucoup d'antipathie à l'égard de Koceila qu'il maintenait captif et trainait dans ses expéditions jusqu'à l'épiso­de du mouton à égorger.

Epaulé par ses parents et alliés qui l'avaient suivi, Koceila aurait alors anéanti Oqba et sa troupe d'environ trois cents guerriers. S'installant à Kairouan, il gouverna l'IfrIqiya pendant cinq ans, jusqu'à sa défaite contre les Arabes en 687 à Mems dans la province de Kairouan. Les Awreba se fixèrent alors dans l'ouest de l'Afrique du Nord vers Fez. La puissance des Berbères se trouvait brisée (voir Ibn Khaldoun, 1: 211-213 et 286-290).

La description de ce contexte qui entoure l'épopée de Koceila permet éga­lement d'imaginer qu'aux VIIe et VIIIe siècles, les Berbères nomades n'étaient sûrement pas dispersés en troupes anarchiques comme cela a été souvent écrit, mais organisés en grandes confédérations ayant à leur tête un chef choisi dans le clan dominant. Le pouvoir venait alors manifestement des Aurès d'où sont issus Koceila et les Awreba, tout comme plus tard la Kahéna, cités par Ibn Khaldoun, ou encore selon la tradition touarègue Sadawnata, reine d'Es­souk.

Les groupes de l'Adrar faisaient partie probablement d'un ensemble beaucoup plus vaste que celui décrit par Richer (1924). Le lien entre des tri­bus apparemment très éloignées spatialement n'a rien de surprenant quand on connaît la mobilité des Sahariens qui parcourent des milliers de kilomètres pour acheminer une caravane, monter une expédition de pillage ou plus sim­plement rendre visite à un parent. Cette structure fédérative, souple et exten­sible en fonction des circonstances, était du reste toujours présente au mo­ment de la colonisation française chez les Touaregs qui contrôlaient un terri­toire immense. Un tel cadre était tout à fait favorable à la diffusion des nou­velles et des modes ou à la transmission des chansons et des poésies par exem­ple qui voyageaient aisément de l'Adrar à l'Ahaggar ou l'Aïr.

A la fin du XVIe siècle, la prise de Gao (1591) au sud par les Marocains met un terme à l'empire Songhaï. L'Adrar semble alors organisé en une confé­dération plus étroite de tribus appelées Ilemtéen, Kel-Adrar, Kel-Tade­mekkat ou Kel-Essouk (Richer 1924) ; en fait, on ignore pratiquement tout de leurs rapports avec les tribus voisines.

Vers 1600, plusieurs récits relevés par différents auteurs relatent l'arrivée dans l'Adrar d'un étranger venu selon les versions de Oualata ou des pays de l'ouest proches de la mer... Appréciant sa bravoure, le chef des Kel-Tade­mekkat, Alad, lui donne sa fille (ou sa sœur) en mariage. Alad disparaît sans laisser de successeur; son gendre est amené au pouvoir. A la mort de ce dernier, une crise éclate au sujet de la succession. Deux partis s'affrontent violemment.

L'un, celui des Kel-Tademekkat, revendique pour la transmis­sion de la chefferie la règle matrilinéaire traditionnelle; l'autre, celui des fils de l'étranger, dirigé par l'aîné d'entre eux, Ur-Illemmed (littéralement, « il n'apprend pas », « il ne se soumet pas »), est partisan de la patrilinéarité, se référant au Coran. Finalement, en 1653, après de nombreux combats, les Kel-­Tademekkat sont vaincus et s'exilent vers le fleuve tandis que les Iwellemmeden (descendants de Ur-Illemmed) dominent l'Adrar. En 1700, attirés par les richesses de la région du fleuve, ces derniers quittent à leur tour la montagne. La rivalité entre Kel-Tademekkat et Iwellemmeden se réactive cette fois au sud de l'Adrar, mais les Iwellemmeden l'emportent et au début du XIxe siè­cle, leur hégémonie s'étend du nord de l'Adrar au sud du fleuve, de Ménaka à Tombouctou. Ils constituent une puissante confédération rassemblant les éléments qui avaient émigré isolément de l'Adrar quelques siècles plus tôt (Richer).

Lhote (1955) conteste cette reconstruction historique. Il remarque notam­ment que Tombouctou est attaquée par les Iwellemmeden dès 1647 (Tarikh es-Soudan). A son avis, « ce sont en réalité les Iwellemmeden qui durent quitter l'Adrar les premiers sous la poussée des Kel-Tademekkat : une pério­de de rezzous et contre-rezzous s'ensuivit, et plus tard les Iwellemmeden, de­venus très forts, battirent les Tademekkat en plusieurs circonstances ».

C'est alors que craignant les incursions des Iwellemmeden et ne se sentant plus en sécurité dans l'Adrar, les Kel-Tademekkat dépêchent en 1655 une délégation auprès du pacha Mohamed ben Ahmed pour lui demander de s'installer dans le voisinage de Tombouctou (Tarikh es-Soudan).

Dans l'Adrar, s'affirment alors les Ifoghas qui prennent la tête de la confédé­ration. Ils se disent issus d'un chérif arabe venu du Maroc, origine qui leur confère une auréole maraboutique. Les descendants de cet homme auraient épousé des femmes de la noblesse locale (Idnan, Kel-Telabit...) jusqu'à ce qu'ils deviennent les plus forts et soient à leur tour « Ifoghas », appellation donnée aux dominants. Les Ifoghas collectent un tribut destiné en réalité aux Iwellemmeden qui demeurent les maîtres du pays (Claudot et Hawad, 1984). Vers 1860 pourtant, le grand ensemble Iwellemmeden vascille et se scinde. Les suzerains de l'Ahaggar tentent alors de dominer l'Adrar sans beaucoup de succès. A la fin du XIXe siècle, l'armée française intervient. En 1903, les Iwellemmeden et les Ifoghas doivent rendre les armes.

En 1905, les limites sont tracées entre l'Algérie et l'Afrique Occidentale, découpant, suivant l'avancée des troupes militaires, le pays touareg. En 1907, les Ifoyas de l'Adrar sont dé­clarés indépendants de toute autre tribu, Iwellemmeden ou Kel-Ahaggar. Désormais, c'est aux Français qu'ils paient l'impôt.

Au début du XXe siècle, les Kal-Adghagh se composent de trois unités politi­ques (ett'ebel)relativement autonomes: les Ifoghas, les Taghat-Mellet et les Id­nan, avec une prépondérance des premiers sur les autres. Chaque unité comprend plusieurs groupes de descendance (tawsit) patrilinéaires, organisés entre eux hiérarchiquement (nobles, tributaires). Comme dans la plupart des autres groupes touaregs, l'économie de cette so­ciété est basée sur l'élévage et le trafic caravanier. Le plateau granitique que constitue l'Adrar est entaillé de plaines où les eaux s'infiltrent en abondance.

Généralement, le pays est riche en pâturages, bénéficiant d'une végétation constante. Aussi, pendant les périodes sèches, les nomades habitant plus au nord dans l'Ahaggar avaient-ils l'habitude d'affluer vers cette région plus hos­pitalière (voir par exemple Textes Touaregs en Prose, n.O 14). C'est contre des moutons sur pied, de la viande séchée, du beurre et du fromage que les Kel-­Adghagh obtiennent au Touat (In Salah, Aoulef) des dattes, du tabac, des cou­vertures et des tapis. Ils extraient le sel des mines de Taoudenni et l'échan­gent à Gao, Mopti ou encore Kano contre du mil, des étoffes, du tabac, des parfums... D'autres caravanes se rendent également à Agadez, célèbre pour son artisanat.

En 1913, la sécheresse et la famine déciment la zone sahélienne. Le pays se ranime en 1914 puis 1916 par la révolte des Iwellemmeden dirigés par Firhoun (Fehrum). Cependant, les insurgés, écrasés, doivent faire leur soumission en juillet 1916. La « pacification» du pays s'organise lentement tandis que les rezzous qui opposent Kounta, Maures et Touaregs, attisés par cette situation de troubles et de dissensions, se poursuivent très tard.

L'administration coloniale divise le cercle de Kidal en sept arrondissements. Les nomades sont répartis en sept grandes tribus comprenant chacune de nombreuses fractions.

Il s'agit des :

  • Kel-Effelé
  • Kel-Taghlit
  • Ifergumessen
  • Kel-­Telabit
  • Ibettenaten
  • Taghat-Mellet
  • Idnan

En 1957, la confédération des Ifoghas est estimée à 16.697 personnes et 3.232 tentes (Kaufmann, 1964) ; ce­pendant, les chiffres de ces recensements établis en général pour relever l'im­pôt sont souvent inférieurs à la réalité.

En 1963, après l'indépendance des Etats africains, les Touaregs de l'Adrar, intégrés à la jeune République du Mali, ont le sentiment d'être spoliés et défi­nitivement exclus du pouvoir. Une rébellion éclate dans la région; la répres­sion est sanglante. Des familles s'exilent alors vers d'autres contrées touarè­gues (en Algérie, en Libye, au Niger) ou complètement à l'étranger (au Nigé­ria, en Arabie Saoudite). L'Adrar devient une zone militaire interdite aux étrangers.

Aujourd'hui, l'économie de l'Adrar reste essentiellement pastorale. Entravé par les droits de douane instaurés aux frontières, concurrencé par les véhicu­les à moteur et le marché extérieur, le trafic caraval11er de Taoudenni vers le sud est très amoindri mais subsiste encore (en 1984, une barre de sel se vend dans le sud 15.000 Francs CFA, soit trois fois plus cher qu'à Kidal). Une ou deux caravanes tentent encore annuellement de s'acheminer vers le Touat et plus récemment vers Tamanrasset.

La sécheresse de 1973-1974 cumulée avec les mauvaises années de 1982 à 1984, l'absence quasi totale d'assistance à cette population soupçonnée longtemps de rébellion, l'interruption des activités tra­ditionnelles la dégradation de la faune et de la flore, le demantellement de la communauté, ont pour l'instant réduit les nomades de l'Adrar à une réelle mi­sère.

H. CLAUDOT-HAWAD

Source Initiale : Encyclopédie Berbère,Livre II

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