Adrar de Mauritanie

Cette vaste région de Mauritanie dont la surface est estimée à 215000 km2 est appelée aussi Adrar occidental. Les principaux centres sont Atar, Chin­guetti et Ouadane (Wadan). L'Adrar mauritanien occupe la partie méridionale de ce que les géologues ont appelé la « dorsale des Regueibat ». Il est constitué de plateaux bordés de longues falaises de grès et de conglomérats primaires reposant sur le socle antécambrien. Il s'agit des restes d'un immense synclinal primaire qui, vers l'ouest, s'étendait jusqu'à Taoudeni.

L'Adrar enserre la double dépression du Makteir au nord et du vaste erg Ouaran au sud-­est. Il domine au sud et à l'est, par une côte de grés ordovicien, les pays bas de l'Aouker et du Hodh. Vers l'ouest, une côte semblable donne sur la dépres­sion de l'Amsaga.

Occupé dès le Paléolithique inférieur (Acheuléen d'El Beyyed, de Ouadan, de la région d'Atar), l'Adrar connut aussi un peuplement important à l'Atérien (Oued Varichi, Tengharada...) et surtout au Néolithique (vestiges nombreux autour d' Atar, au nord et au voisinage de Zouérate). Les populations néolithi­ques, sans avoir, semble-t-il, connu le développement quasi urbain de celles de la région de Tichit, plus au sud, subirent plus rapidement les méfaits de l'as­sèchement. Leurs descendants furent chassés par l'arrivée des « Equidiens », conducteurs de chars dont l'appartenance au stock paléoberbère ne fait guère de doute aujourd'hui.

On ne sait si les Bafours (Bavur), auxquels les Maures attribuent la cons­truction de très nombreux ksours aujourd'hui ruinés et sites diversement amé­nagés en bordure de falaise, sont les descendants des Néolithiques négroïdes ou des Paléoberbères avant leur islamisation. Certains auteurs voient en eux des populations blanches déjà islamisées mais peut-être kharedjites. Quant aux Gangara (Wangara), ce sont sûrement des populations noires qui occupaient le Tagant avant l'expansion almoravide du XIe siècle.

Dans l'ensemble des si­tes bafours, R. Mauny a reconnu aussi bien des villages authentiquement néo­lithiques (Tentaïchot, Tinzak...) que des ksours ruinés d'époque médiévale (Tiftelle, Tin Labbe...) ou des habitats d'époque indéterminée dont beaucoup semblent postérieurs au XVIe siècle. Ces ruines révèlent, quel que soit leur âge, le recul des populations sédentaires devant le désert et les rezzous mau­res. Ainsi Azugi, citadelle « almoravide », fut-elle occupée jusqu'au XVIIIe siècle. Les premières vagues berbères ont contribué à la fois au peuplement blanc et au développement de l'élevage tandis que les rares oasis de l'Adrar (Ouada­ne, Chinguetti) continuaient à être cultivées par des Noirs.

Ces oasis, surtouf Ouadane, ont entretenu des relations régulières avec les cités caravanières du Nord (Sijilmasa, Marrakech) et les vallées des fleuves, Sénégal et Niger, au sud. Cette importance du commerce explique le rôle prépondérant de Chin­guetti et des palmeraies d'Atar et de Awjeft. L'islamisation des populations de l'Adrar fut l'œuvre des grandes tribus guerrières berbères, principalement des Lemtuna, chez qui se forgea le mou­vement almoravide. L'Adrar était entièrement berbérophone et islamisé lors­que les Arabes Beni Hassan (ou Doui Hassan) firent leur apparition. Cette tribu du groupe Maaquil était arrivée dans le sud du Maroc au XIIIe siècle.

Leur migration vers le sud, par infiltration de petits groupes, se fit surtout à partir du XVIIe siècle et se poursuivit jusqu'à nos jours. Les Awled Bû Sba, d'origine marocaine, refoulés par les Regueibat, occupent l'Adrar, tandis que ces derniers pénètrent au cours des premières années du XXe siècle dans le Tagant et le Hodh.

Au XVIIIe siècle se constitua dans l'Adrar un émirat à l'imitation de ceux établis dans le sud, au voisinage du fleuve Sénégal. Le fondateur en est Àt­man, un Arabe Hassan dont le commandement s'exerça de 1745 à 1785 (?). Ses successeurs, d'abord son frere Lgr' (le chauve) puis son fils Sidi Ahmed, s'appuyèrent sur trois tribus Hassan, les Awled Àmmoni, les Awled Askar et les Awled Qaylan qui étaient, en fait, surtout les derniers, composés d'élé­ments d'origines diverses, en majorité arabe mais aussi zenaga (berbère).

Au cours de la lutte qui opposa Sidi Ahmed à son oncle, les Awled Qaylan profi­tèrent de leur rôle prépondérant pour imposer certaines règles de succession des émirs qui furent choisis dans la lignée d'Àtman par une jemaà dans la­quelle les Awled Qaylan étaient majoritaires (« Réforme des Trois Moham­med »). L'émirat de l'Adrar étendit, au XIXe siècle, son influence vers l'est, entrant dans un long conflit avec les Kunta qui ne s'acheva qu'avec la conquê­te française au début du XXe siècle. Pendant toute la durée de l'émirat, les tribus Hassan continuaient à combattre pour leur propre compte, contribuant ainsi à l'arabisation de plus en plus marquée de l'Adrar.

Aujourd'hui, comme dans le reste de la Mauritanie, ces populations sont confondues sous l'appellation de Beydan (les « Blancs») et forment une so­ciété très hiérarchisée à la tête de laquelle se situent les descendants des Ara­bes Beni Hassan et les familles maraboutiques, voire chérifiennes, bien que souvent d'origine berbère zenaga ; les ksouriens, noirs, constituent la majorité de la population dont le total est estimé à 55 000 personnes.

Source Initiale : Encyclopédie Berbère,Livre II

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