Adjuh n tahlé

Adjuh n tahlé (tendon d'Achille de la tahlé) : typha elephantina Roxb. ou massette)

Nom d'un clan touareg Kel-Ulli tributaire de la confédération des Kel-Ahaggar (voir Foucauld 1940 : 67). Les Adjuh-n-tahlé se donnent comme première origine la Mekke, sans pou­voir expliquer comment leurs ancêtres sont arrivés au Sahara central. Cepen­dant, leur tradition orale précise que les ancêtres des Adjuh-n-tahlé séjour­naient, il y a trois siècles environ, en Aïr dans la région d'In-Gall. Ils s'appe­laient alors Tédjehé-n-Elimen (descendance des sœurs d'Elimen). « Pour échapper aux brimades d'un tyran local, une partie des nomades de ce groupe vint demander la protection des guerriers Ahaggar. Ils furent donc assimilés aux tribus vassales et payèrent l'impôt à l'amenukal. Un jour de guerre, du­rant une alerte importante, ils déménagèrent brusquement, laissant sur le terrain deux vieilles femmes.

Ces dernières, ayant échappé par miracle aux coups de l'ennemi, survécurent un mois durant en mangeant des pousses de tahlé. Leurs familles, qui les croyaient mortes, les retrouvèrent saines et sau­ves. Depuis ce jour on appelle les gens de cette tribu Adjuh-n-tahlé, c'est-à­dire « le tendon d'Achille de la tahlé », autrement dit: ceux qui ont tiré leur force de la tahlé » (M. Gast, 1968: 240-241). Duveyrier, dans son livre Les Touaregs du Nord (1861), parle des Tédjehé-n-Elimen sans citer le nom actuel d'Adjuh-n-tahlé. Cette remontée récente vers le nord des Adjuh-n-tahlé est d'autant plus conservée vivante dans les mémoires que ceux-ci disent encore que leurs parents restés en Aïr se nomment aujourd'hui Kel-Aghefsa, comme l'un des lignages actuels présents en Ahaggar. A tel point que des litiges con­cernant un héritage de bestiaux faisaient encore l'objet de discussions entre eux dans les années 50 (voir Lhote 1955 : 228).

Cependant l' Aghefsa étant une région de l'Ahaggar (limitée au nord par la Tazult, à l'est par le Serkut, au sud par le désert entre l'Ahaggar et l'Aïr, à l'ouest par le Wa-halledjen et l'A­nedjjir (voir Foucauld, 1940: 219), il est fort probable que ces populations aient préalablement séjourné en Ahaggar avant d'aller se fixer en Aïr pour re­venir en partie en Ahaggar. Cet aller-retour est d'autant plus plausible que les Kel-Aïr surnomment les Kel-Aghefsa vivant chez eux Ihaggaren : « gens de l'Ahaggar» (hypothèse présentée aussi par Lhote 1955: 228). D'après M. Benhazera, qui enquêta en 1905 dans l'Ahaggar, ce fut l'amenukal Moham­med El-Khir qui reçut la soumission des Tédjehé-n-Elimen (entre 1765 et 1780). Son fils, Sidi ag Mohammed El-Khir, les sépara en deux groupes lors du partage des tributaires auquel il procéda à cette époque entre les trois ett'ebel (Kel-Ghela, Taytoq, Tédjehé-Mellet) (voir Benhazera, 1908: 106-108). Le premier groupe attribué aux Kel-Ghela fut appelé Adjuh-n-tahlé, le second attribué aux Taytoq se nomme Tédjehé-n-Efis. Ces deux groupes qui se savent issus d'une même parenté, n'ont cependant pas gardé de relations d'alliance et semblent avoir épousé les antagonismes de leurs suzerains respectifs.

En revanche, les Adjuh-n-tahlé, dont les terrains de parcours qui leur furent attribués voisinent ceux des Dag-Rali (de Tamanrasset à l'oued Wa-halledjen, de l'Atakor à Afrawin et Tamaghin) ont pratiqué de nombreuses alliances ma­trimoniales avec ceux-ci et aussi avec les Kel-Ghellayddin. Le capitaine Flori­mond, chef de l'annexe du Hoggar en 1938-40, écrit dans son gros rapport de 1940, p. 56: « Apparentés aux Dag Rali depuis l'année de « Ouan Banko » (1838) ; trente hommes des Issandaten furent tués à Banko (nord de Tahoua) par les Oulliminden de Tahoua. Les autres hommes moururent de soif. Oraz, des Dag Rali, recueillit les femmes et les enfants qui naquirent et reconstituè­rent la tribu. Les Adjuh-n-tahlé ont perdu leurs principales traditions antérieu­res à cette année.

Ils sont aussi apparentés aux Issandaten et Kel-Rafsa. Apparentés aux Ghe­layddin à Tamanrasset et Motylinski (Tarhawhawt) ; des tentes ghelayddin sont mélangées à celles des Adjuh-n-tahlé. Apparentés aux Tédjehé-n-Efis de la région d'Amsel et de l'Agalella », Quel que soit le clan majeur auquel appartiennent les Kel-Ahaggar, l'on dé­signe des segments lignagers, voire des familles isolées pâturant de préférence dans les mêmes massifs ou vallées, par le nom de ces monts ou vallées. C'est ainsi qu'on distingue chez les Adjuh-n-tahlé: les Kel-Adjalella ou Kel-­Taghhawhawt, les Kel-Aghefsa ou Kel-Ezarunfat, les Issendan (ou Issendaten) ou Kel-Tahifet.

Les Adjuh-n-tahlé ont été les suzerains et initiateurs de la totalité des jar­dins de Tahifet, Taghhawhawt, In-Dâladj et en partie de ceux d'Amsel, Talan, ­Taydit, Tamanrasset. Ils pratiquaient, souvent en association avec les Dag-Rali, le commerce caravanier du sel (de l'Amadror) en échange du mil du Damergou (Niger).

Le recensement de 1949 leur attribuait environ mille dromadaires, la plu­part en pâturage au Tamesna, 1 200 à 1 400 chèvres en Ahaggar, pour une population d'environ 750 personnes (voir Lhote 1955: 229). Très souvent en conflit interne ou externe avec leurs homologues, leurs su­zerains ou leurs jardiniers, les Adjuh-n-tahlé ont été à travers leur histoire, un clan avec lequel le pouvoir local a dû toujours compter. En mai 1963, croyant que le temps des rezzous et de la chevalerie touarègue était revenu avec l'in­dépendance de l'Algérie, ils ont participé à un raid meurtrier à Outoul contre des jardiniers qui ne reconnaissaient plus leur tutelle et leurs droits sur l'ex­ploitation de la terre (voir Gast 1981, note 9 : 133).

Aujourd'hui, ils gardent leurs positions dans les centres de cultures où ils ont construit des huttes et des maisons, travaillent à Tamanrasset et dans la plupart des chantiers de la wilaya.

BIBLIOGRAPHIE

  • BENHAZERA M. Six mois chez les Touaregs du Ahaggar, A. Jourdan, Alger, 1908, 233 p.
  • FLORIMOND Cap. Rapport annuel 1940, Archives d'Outre-mer, Aix-en-Provence, 156 p.
  • FOUCAULD P. CH. DE Dictionnaire abrégé touareg-français de noms propres, Larose, Paris, 1940, 364 p.
  • FOUCAULD P. CH. DE. Dictionnaire touareg-français, Dialecte de l'Ahaggar, 4 vol., Imprimerie Nationale, 1951-52, Paris.
  • GAST M. Alimentation des populations de ['Ahaggar, Mémoire du C.R.A.P.E. VIII, 1968, A.M.G. Paris, 458 p.
  • GAST M. La société traditionnelle des Kel Ahaggar face aux problèmes contemporains, in : Islam société et communauté, Anthropologie du Maghreb, sous la direction de E. Gellner, C.R.E.S.M., C.N.R.S. Paris, 1981, 107-139.
  • LHOTE H. Les Touaregs du Hoggar, Payot, Paris, 1955,467 p.

Source initiale : Encyclopédie Berbère,Livre II

M. GAST

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